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Je suis au mieux avec mon époque (Presse)

Article retranscrit

“J’aime France. Car derrière la femme sensuelle se devine encore la petite fille. Savoir rester une enfant est une source formidable d’énergie. Voilà son jardin secret”.

Elisabeth Depardieu : j’ai entendu à la télévision votre chanson « Cézanne peint ». C’était d’une grâce foudroyante. Je vous ai vue, épanouie et nous faisant parvenir une émotion d’une subtilité incroyable. Votre bonheur sensuel devant l’œuvre d’un artiste m’a gagnée. Est-ce dû à votre talent ou êtes-vous vraiment amoureuse de Cézanne ?

France Gall : pour chanter, je dois être complètement amoureuse. Quand Michel (Berger) m’a joué la première fois cette chanson au piano, j’ai pleuré. Et je l’ai immédiatement bien chantée car j’ai éprouvé instantanément une immense tendresse. Et ce n’était pas facile de parler d’un peintre comme Cézanne.

ED : Dans d’autres chansons, votre féminité est plus ou moins distillée ; dans « Cézanne peint », elle éclate littéralement.

FG : Peut-être parce que je parle de quelqu’un de connu, ce qui permet d’abandonner plus facilement sa pudeur que dans des chansons intimes. En général, j’ai envie de m’adresser à un public de seize à vingt-trois ans. Or, cette chanson touche tout le monde. Bernard-Henri Lévy m’a même demandé de la chanter dans son « Grand Échiquier » et Françoise Giroud a écrit un article tout à fait gentil sur moi.

ED : Ce qu’on reçoit en pleine gueule dans cette chanson, c’est votre côté femme-femme.

FG : Mis à part les bonheurs familiaux, je ne suis jamais plus heureuse que lorsque je chante. Alors, bien sûr, ce bonheur doit passer dans mes chansons.

ED : Comment vous sentez-vous dans votre vie de femme précisément ?

FG : Je pense être au mieux de ce qui peut être à notre époque. J’ai voulu moins travailler pour essayer de construire ce qui me semblait le plus important, c’est-à-dire un couple, une famille, une maison. Entre cela et mon métier, c’est la vie des femmes au quotidien, autrement dit cinquante mille choses par jour. Je suis constamment débordée. Il n’y a qu’un moment où je suis tranquille : la nuit, lorsque les enfants sont couchés et que je suis sous le même toit qu’eux, je sais qu’il ne peut rien leur arriver. Alors – mais alors seulement – je me décontracte un peu.

ED : Parlons de votre façon de vous habiller. Le décalage entre votre féminité et la façon « ironique » dont vous vous habillez est incroyable.

FG : Je suis pourtant très coquette, le summum de la coquetterie étant, pour moi, un gros pull-over. Je crois que c’est mon extrême pudeur qui m’empêche de dévoiler la moindre parcelle de mon corps.

ED : Je ne vous ai jamais vue habillée en « femme », comme je n’ai jamais vu une photo dévoilant votre corps.

FG : Je fais un métier où je me montre mais, en même temps, je déteste qu’on me regarde. De même lorsqu’on me photographie sans que j’y sois préparée. Je trouve que c’est un viol.

ED : Vous cherchez donc à vous protéger ? Alors que vous êtes la féminité et que votre façon de vous habiller est, au fond, érotique ?

FG : Il m’arrive de porter des talons et une jupe. Je change. De la même façon, je ne comprends pas qu’une femme utilise le même parfum toute sa vie.

ED : Nous sommes, vous et moi, des petites. Comment le vivez-vous ?

FG : D’en bas ! (Rire) La quarantaine pour une femme, c’est soit accepter de vieillir, soit lutter par la gymnastique et les soins esthétiques. Ce qu’il faudrait, c’est changer de métier. Ou prendre sa retraite.

ED : Vous avez peur de vieillir ?

FG : Atrocement.

ED : Quand vous travaillez, comment cela se passe avec vos enfants ?

FG : Pas bien. Quand je pars en tournée, Michel prend le relais …

ED : Il y arrive ?

FG : Je vais sans doute me mettre tous les hommes à dos, mais je n’ai aucun exemple d’homme qui réussisse à faire le travail de la mère. (Elle rit.)

ED : Est-ce bien d’être femme ?

FG : Je me pose souvent la question. Je crois que les hommes sont plus « peinards ». Et lorsque je me sens submergée, j’aurais tendance à vouloir en être un, mais c’est comme faire une prière à Dieu dans un cas désespéré.

Magazine : Elle
Par Elisabeth Depardieu
Photo de Jean-Claude Deutsch
Date : 1985
Numéro : Inconnu

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