Dossier France Gall

Les photos

L’article

France est née le 9 octobre 1947 à Noirmoutier. Elle connaît une enfance heureuse, choyée au sein d’une famille qui fait dans la musique depuis des générations.

Entre père, mère, frères, sœurs, chien et chat, Babou (c’est alors, son surnom) évolue dans trois demeures. La première est la propriété de Pourrain, dans l’Yonne. La deuxième, comme un refuge, n’est qu’une vieille caravane ancrée dans un jardin, à Noirmoutier.

Mais France vit surtout dans l’appartement des études parisiennes, pas loin de Vincennes, et où son père aime recevoir des copains : Bécaud, Aznavour, Nougaro, Gainsbourg … Il faut dire que papa Gall écrit les textes que chantent ces messieurs ! A cinq ans, la fillette semble déjà plus intéressée par les coulisses de l’Olympia que par ce qu’on apprend à l’école !

Ainsi entourée d’oreilles attentives, elle est toute à la musique. Elle commence à chanter à 15 ans, et c’est l’année suivante, en 1964, que débute sa carrière avec « Sacré Charlemagne », qui lui vaut une ribambelle d’admirateurs convaincus, et le surnom de « La petite ».

Mais Monsieur Gall n’écrit pas que pour Aznavour (« La Mama »), il garde quelques textes pour sa star de fille, et l’orchestre est dirigé par un de ses amis : Alain Goraguer. Très vite, le second 45 tours, “Les rubans et la fleur”, atteint le treizième rang du palmarès des ventes.

Petite sœur d’Alice au pays des rythmes et des lumières, France n’a que 17 ans quand elle se retrouve cinquième au tableau d’honneur des cracks, derrière Johnny, Richard Antony, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell…

Sa mère, elle, lui sert de secrétaire et ce n’est pas une sinécure : l’interprète de « Ne sois pas si bête » reçoit en moyenne cinq cents lettres chaque matin!

France est déjà une travailleuse d’un perfectionnisme devenu légendaire aujourd’hui. Gainsbourg lui écrit même deux textes : « Poupée de cire, poupée de son » et « Les sucettes à l’anis », qui font d’elle une véritable Lolita de la chanson.

En 1965, elle atteint son premier million de disques vendus, à 18 ans ! Mais quitter ainsi les vraies poupées de son enfance, passer à l’âge adulte sans transition, être un « Bébé requin » qui doit montrer les dents … France se sent mal dans la peau d’une poupée de cire à qui on rêverait de couper le son ! Jusqu’à 25 ans, France vit chez ses parents parce qu’elle y est bien, très bien. Ce sont eux qui l’encouragent à voler de ses propres ailes, et ce sont eux qui finissent par partir !

Au début, elle a du mal à se débrouiller seule. Elle ne produit rien depuis longtemps, rien qui corresponde vraiment à ce qu’elle a au fond d’elle-même. Quand on a connu un tel succès aussi jeune, il faut rester au niveau, et c’est loin d’être facile. Ainsi entre 23 et 26 ans, France traverse une grande période de doute et envisage d’abandonner le métier. En 1973, elle entend une chanson intitulée « Attends-moi», d’un certain Michel Berger, qui écrit alors pour Véronique Sanson, Françoise Hardy … Elle va à sa rencontre et lui demande de composer pour elle. « La déclaration » est le point de départ d’une collaboration ou plutôt d’une complicité entre l’auteur-compositeur et son interprète.

Alors qu’elle était à deux doigts de « décrocher » du monde de la musique. France entame une seconde carrière et sort, en 1975, son premier 33 tours, qui est presque aussitôt disque d’or. Un carton pour « La déclaration », et deux ans plus tard d’autres cartons, mais d’invitation à un mariage cette fois : celui de France et de Michel, discrètement, mais pas secrètement. Tous deux veulent vivre à l’écart du show-biz, tout en ne parlant que de musique.

1976 : à 29 ans. France est devenue une vraie star de la chanson française. Il y a un « style » France Gall, à la fois décontracté et tout à fait recherché. Les Berger se sont installés près de Paris dans une isba, maisonnette folklorique russe, édifiée pour l’Exposition universelle de 1889. A l’intérieur, tout est meublé par France qui adore dénicher, dans les brocantes ou aux puces, de beaux objets 1930. Ils s’achètent même une Lincoln de 7 mètres, avec bar et télé couleur … la même que celle du président Kennedy !

Pour France, 1977, est une année de consécration avec un nouvel album classé premier de l’année : « Dancing Disco » ; les paroles et la musique sont signées … Michel Berger ! Il n’y a entre Michel et France aucun rapport de force, mais une adoration et un respect mutuels. France vend beaucoup de disques, Michel, lui, écrit tout autant. L’équilibre entre eux est parfait.

En avril 1978, Michel monte le spectacle de France pour le Théâtre des Champs-Elysées. Dix-huit filles sur scène pendant une semaine : un vrai triomphe ! France enregistre sur un double qui sort en 1978 les meilleurs morceaux de ce spectacle. Sa voix est chaude et très haut perchée, mais le timbre est clair. En décembre de la même année, elle met au monde une petite fille, Pauline.

1979 : c’est l’année de « Starmania », l’opéra-rock géant qui réunit entre autres Daniel Balavoine, Fabienne Thibault et Diane Dufresne au Palais des Congrès. Encore un succès hors gabarit !

A partir de 1979, France sort un disque d’or par an. Dans “Paris France” (1979), on trouve de superbes chansons dont le tube « Aime-là ». L’année suivante, le couple s’amuse même à se placer en alternance, et pendant des semaines, numéros 1 et 2 des ventes de disques, avec « Mademoiselle Chang » pour Michel et « Il jouait du piano debout » pour France. Elle prépare alors un nouvel album qui sort en 1981 : « Tout pour la musique» est disque d’or … quinze jours après sa mise en vente !

1981 : année de consécration et de bonheur puisque France met au monde un petit garçon : Raphaël.

France et Michel, ensemble ou séparément, sont à ce moment sur toutes les ondes radio, télé, dans les journaux. France travaille dix heures par jour à la préparation du show qu’elle donne au Palais des Sports, en 1982 : cours de danse, répétitions, interviews. Ce sera un spectacle de musique avant tout : pas d’effets extraordinaires ni de multiples changements de costumes, mais douze musiciens et une première, France au saxophone ! Quatre semaines de triomphe desquelles elle sort complètement épuisée.

Pour l’instant, France veut des vacances, des vraies, au bout du monde, pour réaliser un vieux rêve : découvrir, s’enchanter, se reposer. En Chine, endroit miraculeux, où sa célébrité n’a pas de prise. Pendant trois semaines, Michel et France s’y “ressourcent”. De ce voyage, France rapporte un album live mixé au Japon, qui sort en octobre 1982, en même temps qu’un film sur son dernier passage au Palais des Sports. Elle a aussi, dans ses bagages, le fil conducteur d’un nouvel album et de son prochain spectacle au Zénith ! Mais elle se donne auparavant deux ans pour faire une foule de choses en attente depuis trop longtemps : répondre à ses fans, assister Michel dans son travail, s’occuper de Pauline et de Raphaël. Pour eux, elle choisit une nouvelle maison, dans les bois, loin des regards indiscrets, où elle aime recevoir des amis. L’album « Débranche» sort en 1984. Enregistrées à Los Angeles, les paroles et la musique sont, comme toujours, de Michel. Quelques « grosses pointures » des studios américains y ont apporté leur collaboration, et le disque fait un malheur !

Entre Paris et Honfleur, France prépare pour septembre son spectacle au Zénith. Elle était d’ailleurs à l’inauguration de ce temple de la musique, assise entre le président de la République et Coluche (parrain de son fils Raphaël). Le thème du spectacle : « L’incommunicabilité ». A travers des chansons comme «Résiste», «Débranche», France veut lutter aux côtés des jeunes qui souffrent d’un monde déshumanisé et froid.

« Je crois, dit-elle alors, que le progrès a fait de nous des êtres souvent insensibles, qui ont perdu le goût des joies simples. »

Sur scène, il y a dix musiciens, trois choristes, cinq danseurs, un acrobate, des clowns et d’autres personnages fantasmagoriques. Après quatre semaines de triomphe, France prend la route pour une grande tournée. Quand elle revient, elle a beaucoup donné et s’accorde à nouveau un répit tandis que Michel fait ses disques et prépare un album pour Johnny.

Ensemble, ils s’engagent aux côtés de Daniel Balavoine et de Richard Berry dans une lutte qui leur tient à cœur depuis longtemps. Bien plus qu’une œuvre de charité, l’enjeu d’Action Ecole est d’offrir des mains et des cerveaux pour résoudre les besoins en eau, en écoles et en hygiène des pays sous-développés.

Après la mort accidentelle de « Bala », France reprend la direction d’Action Ecole et s’y consacre le plus possible. L’opération nommée «Delta» (très organisée, sur réseau minitel) la conduit au Sénégal et au Mali. Là, dans un village très pauvre, elle rencontre la très jeune Fatou, qui lui offre son bébé ! Ici, un enfant sur cinq meurt, et Fatou, étudiante, n’a pas de ressources. Bouleversée, France décide, malgré son envie, de laisser le bébé à sa mère et de leur permettre à tous deux de vivre mieux ensemble : elle prend donc en charge les études de Fatou à Dakar et l’avenir de Babacar, qui viendra en France, s’il le veut, quand il sera grand. De cette aventure naît une bien jolie chanson écrite par Michel, qui fait aussi de « Babacar » un clip vidéo.

1987 : c’est l’année France. L’album « Babacar » est sorti en avril, et elle nous prépare un nouveau spectacle, au Zénith (à partir du 12 novembre). Entre Michel et France, déjà treize ans de travail commun, dans la réussite et l’épanouissement de soi. Le bonheur, quoi !

Et s’il arrive parfois à France de murmurer qu’elle envisage d’arrêter de chanter, elle sait qu’elle ne quittera jamais le monde de la musique. Il n’est pas impossible qu’elle se lance dans la production : aider les jeunes, chercher de nouveaux talents, cela fait partie de ses projets.

A 39 ans aujourd’hui, France nous offre l’image simple d’une femme à la fois pudique, exigeante et énergique.

« C’est peut-être parce que je suis physiquement fragile, alors il faut que je donne le change. »


Elle a dit …

“Le sport est la meilleure préparation à la scène : une carrière de chanteuse est aussi une course de fond.”

“Comme je ne veux chanter que la musique que j’aime, je ne me vois pas chanteuse de Rock à 50 ans.”

“Quand je marche dans la rue et que quelqu’un m’arrête ou me fait un signe, c’est merveilleux.”

“J’aime bien avoir de longues périodes de calme pour me préserver du danger de ce métier : se donner trop et passer à côté de la vie.”

“Je ne peux être entourée que de gens qui sont des amours, sinon il y a un malaise.”

“Je ne peux pas dire pourquoi je me suis engagée à fond dans ACTION ECOLE, mais comment aurais-je pu ne pas le faire ?”

France Gall

Magazine : Les grands de la Variété
Date : Juin 1987
Numéro : 5

À découvrir

À découvrir