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Je suis dans une période faste, tout me réussit

Une première : France Gall, qui sera du 5 au 17 novembre à l’Olympia, ouvre les portes de son appartement parisien, où elle vécut avec Michel Berger.

Un geste lourd de signification : pour elle, c’est une page de sa vie qui se tourne.

En chemise et caleçon, pieds nus, sans autre sophistication qu’un collier et des bracelets d’argent, elle éclaire de son sourire un appartement déjà lumineux. Un décor qui lui ressemble, comme une chanson de Michel Berger …

France Gall : Une maison, c’est le reflet intime de soi-même. Et pour avoir envie d’en ouvrir les portes à tous les regards, il faut n’avoir que de bonnes nouvelles à annoncer. Aujourd’hui, c’est le cas. Je suis dans une période faste. Tout me réussit dans trois domaines essentiels: mes enfants, ma vie et la musique.

Gala: Dans cet ordre-là?

F. G : Absolument. Même si la musique a pris une place ahurissante à laquelle je ne m’attendais pas.

Gala : Est-ce une des raisons pour lesquelles vous faites l’Olympia ?

F. G : Oui. Je voulais être sur scène dès cette rentrée et y refaire – entre autres – mon dernier album. Pas question d’attendre. Vous n’imaginez pas le plaisir que je vais prendre. Les gens doivent sortir du spectacle en se disant : « C’est son meilleur ! » Ne vous offusquez pas : on ne peut pas avoir d’humilité quand on prépare une scène.

Gala : Comment acquérir cette confiance en soi ?

F. G : En osant le face-à-face avec soi-même. Quand on se retrouve seule avec tout à assumer, mais avec un héritage aussi exceptionnel que celui laissé par Michel, il faut s’y mettre, trouver ses solutions, avoir sa propre vision des choses. Humainement comme artistiquement. Quelques semaines avant sa mort, Michel m’a légué, par testament toute son œuvre. Je n’aurais jamais pu m’imaginer que cet honneur me reviendrait et, en même temps, c’est une grande tristesse pour moi.

Gala : Vous ne pouvez pas vous en tenir au répertoire de Michel Berger, il n’est pas inépuisable !

F. G : Le trésor est immense. Mais j’ai envie d’écouter ceux qui me poussent à écrire moi-même. Je suis suffisamment lucide et sévère sur mon travail pour faire cet essai sans me fourvoyer. L’idée de m’installer un jour, seule, dans un endroit comme ma maison de Dakar et, pour ne pas m’y ennuyer, de m’y mettre à écrire, est un rêve fou.

Gala : Cette maison est votre oasis de paix …

F. G : Elle me permet de respirer. La première fois que je suis allée à Dakar, je devais avoir vingt ans, j’habitais un hôtel face à une petite île qui me faisait rêver. Par la suite, j’y suis revenue très souvent, notamment avec Michel et Daniel Balavoine et, chaque fois, je fantasmais sur cet îlot qu’on ne peut atteindre qu’en pirogue. Un jour, j’ai traversé et j’ai vu une pancarte « à vendre » sur une maison. C’était une ferme normande ! Mais je m’en fichais, car je savais que je changerais tout. Ça me fait rire d’avoir une maison là. Ce n’est quand même pas ce qu’il y a de plus pratique !

Gala : Vous travaillez beaucoup et vous avez de nombreux projets de départs lointains. Comment vos enfants vivent-ils cela?

F. G : Après la tournée française et les vacances de fin d’année, il est possible que je parte au Japon, au Brésil ou au Canada, afin d’y exporter la musique de Michel. Avec Pauline et Raphaël, nous nous préparons psychologiquement à ces séparations. Nous alternons les absences avec de longues périodes quasi fusionnelles. Cet été, par exemple, on a passé deux mois à Ramatuelle en osmose totale. J’ai même passé une semaine à Venise avec Pauline.

Gala : Vos enfants vont bien ?

F. G : Merveilleusement. Il y a peu de temps encore, c’était quasiment inespéré. Ils m’émerveillent.

Gala : Il paraît que Pauline a des dons en dessin et que Raphaël chante …

F. G : C’est vrai. Mais Raphaël est comme moi, dur avec lui-même. Il faisait aussi beaucoup de piano et il vient de renoncer à tout cela pour ne pas souffrir de la comparaison avec son père.

Gala : Comment vivez-vous à Paris ?

F. G : Après m’être bien étourdie et avoir fait la fofolle pendant quelque temps, je n’ai plus du tout envie de sortir. Finie la danse jusqu’à 5 heures du matin. Je ne vais plus au théâtre ni au ciné. Je suis hyper heureuse de rentrer chez moi avec mes enfants et leurs copains. Avec mes objets et la musique. Et puis, je travaille énormément.

Gala : Après la mort de Michel, avez-vous beaucoup modifié votre appartement ?

F. G: Pas plus que d’habitude. J’ai toujours tout changé tous les six mois. Un décor, il faut que ça bouge. En ce moment, j’ai tendance à vider, mais je reste fidèle aux objets qui comptent. On en a acheté pas mal avec Michel. Ils sont chargés de souvenirs mais, avant tout, ils sont beaux. Et puis, je suis en pleine période d’accrochage ! Dans ma chambre, j’ai accroché trente-six photos d’Indiens signées Curtis. Des merveilles. Mes amis me demandent comment je peux dormir avec ces vieilles têtes d’indiens ridés. Eux, ça leur fait peur. Moi, ça me calme.

Gala : Il y a quelques mois, à la question « Êtes-vous amoureuse ? », vous répondiez que seul le temps donnerait son verdict.

F. G: C’est vrai. Mais notre histoire n’a qu’un an et je ne suis pas encore en veine de confidences. Un an, c’est un peu court pour énoncer des certitudes. Et quoi qu’il en soit, mon actualité, mon urgence, c’est mon spectacle. C’est pour cela qu’on se voit.

Gala : Est-il vraiment difficile de concilier sa vie privée avec un amour passionné pour son métier ?

F. G: Plus ça va, plus je pense qu’un homme dans ma vie ne peut pas être quelqu’un d’étranger au métier. J’ai eu une petite histoire avec un type qui n’avait rien à voir avec la musique. Je savais qu’à la longue, ça ne pouvait pas durer. Très vite, on ne sait plus de quoi parler.

Gala : Par amour, pourriez-vous renoncer à la musique ?

F. G: Non. Je ne crois pas qu’un mec pourrait me faire quitter ce métier. Et puis, comment m’enticher de quelqu’un qui se soucierait aussi peu de mes passions ? De toute façon … je ne cherche personne.

Gala: Comment envisagez-vous l’avenir?

F. G : Le temps qui passe, la solitude me font moins peur. J’ai de plus en plus soif de vie, de connaissance, de rire. Mais ça va quand même être vraiment difficile, car j’ai le sentiment d’avoir perdu mon vrai rire. Cela m’embête beaucoup. Autour de moi, en tout cas, on me trouve sereine.

Gala : Que vous inspire cette phrase de Michel : « On garde cette blessure en nous … qui ne change rien, qui change tout » ?

F. G : J’ai juste envie de répondre par le titre de la chanson dont elle est extraite: Évidemment.

Gala : Dans Résiste, il écrivait : « Prouve que tu existes. Cherche ton bonheur partout. »

F. G : Il a aussi écrit « Bats-toi». Cela fait partie des petits conseils qu’il envoyait à travers ses chansons.

Magazine : Gala
Par Alain Morel
Photos :Marianne Rosenstiehl
Date : 17 octobre 1996
Numéro : 175

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