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Brève rencontre avec France Gall – Tout par coeur …

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Elle a de la persévérance, France. Elle a de l’or­gueil. Elle a ce supplément d’âme qui lui fait porter haut, plus haut, la musique de Michel Berger.

Elle a la flamme. Elle l’a ! Elle l’a ! France Gall ne joue pas de piano, mais elle sera debout, à !’Olympia, du 5 au 17 novembre.

Le Nouvel Observateur. Reprendre le réper­toire de Michel Berger, c’est replonger dans le deuil ?

France Gall. – La beauté prend la place de la douleur. Je me suis mis la tête dans sa musique deux jours après sa mort. Avec les enfants, le soir, on écoutait, on chantait, on connaît tout par cœur. C’était important de ne pas se cacher les choses. On n’échappe pas à son destin. Il me reste cette musique, et je sais maintenant ce que je dois faire.

N. O. – Quand vous êtes partie pour Los Angeles, vous pensiez à enregistrer votre album, « France », ou vous vouliez fuir ?

F. Gall. – Fuir la fin d’une vie, fuir une fin de vie. J’avais l’impression de voir le deuil de Mi­chel dans le regard de tous, le deuil et ma mala­die. C’est vrai que je me suis dit aussi : “Qu’est-ce que je pourrais faire à Los Angeles pour ne pas me suicider pendant que les enfants sont à l’école ?”

N. O. – Vous avez débuté très jeune. 15 ans, c’est tôt pour quitter l’école …

F. Gall. – Je ne voulais pas avoir une vie nor­male. Et je ne voulais pas redoubler ma troi­sième. C’était facile, au temps des yé-yé : un essai de voix et le disque était fait.

N. O. – Vous avez de mauvais souvenirs de ces an­nées.

F. Gall. – J’ai été très très malheureuse. On chantait dehors, dans la boue, on entendait (A poil !), Et puis Gainsbourg qui arrive là-des­sus ! Il était adorable, Serge. Hyper bien élevé, très timide, très généreux déjà et doué ! Ça a été une période perturbée pour lui aussi. Il passait d’un coup du chanteur qui ne marchait pas fort à Poupée de cire poupée de son. Il a eu honte. En même temps, il a gagné tellement d’argent que ça lui a plu. Au bout de cinq ans, on s’est dit qu’on était allé au bout et on s’est sé­paré. Tout ça sans s’être jamais tutoyé, avec des rapports très … corrects. J’ai du mal à m’expri­mer parce qu’il reste quelque chose de pas réglé entre nous. J’ai souffert, j’ai dû lui en vouloir.

N. O. – C’est vrai que vous n’aviez pas compris les paroles des “Sucettes à l’anis” ?

F. Gall. – Évidemment et je m’en vanterai jus­qu’à la fin de mes jours. Je n’étais pas la petite salope que tout le monde imaginait. J’étais cette gamine, cette Annie. Je n’ai plus osé sortir de chez moi pendant des mois.

N. O. – Vous avez grandi, depuis.

F. Gall. – Jusqu’à la mort de Michel, j’étais une petite fille.

N. O. – Vous avez pensé à chanter d’autres chan­sons que celles de Michel Berger ?

F. Gall. – Jamais. A !’Olympia, je n’interprète que des tubes, mais ce sera du jamais entendu avec le démentiel groupe funky que j’ai là : le batteur et le bassiste de Prince, un choriste et le clavier de Stevie Wonder. Ah si ! On va rendre un hommage à James Brown avec “Sex Ma­chine”. Mais ce n’est pas moi qui le chanterai.

N. O. – Vous avez un autre homme dans votre vie ?

F. Gall. – Oh ! Je l’ai demandé (elle lève les yeux vers le ciel) très très fort. Je ne sais pas où ça va aller, mais oui ! je suis bien.

N. O. – La force que vous avez aujourd’hui, elle vous vient d’où ?

F. Gall. – C’est une force que je ressens physi­quement, vous comprenez. J’ai ressenti une force à l’intérieur de moi après la mort de Mi­chel. Elle ne m’a plus jamais quittée.

C. D.

Magazine : Le Nouvel Observateur
Date : 31 octobre – 6 novembre 1996
Numéro : 1669

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