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Message personnel

France Gall est à l’Olympia du 5 au 17 novembre.

Elle nous a reçus (Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel) dans le studio mythique où Berger a créé ses œuvres et nous a révélé les années Berger.

Elle nous a aussi parlé de celles qui ont précédé comme de celles qui ont suivi.

La scène c’est l’endroit où vous vous sentez le mieux ?

Professionnellement, oui. La scène et aussi le studio. Côté privé, Je me sens aussi très bien à la campagne.

D’où l’idée de reconstituer ce studio sur scène sous les lumières de Jacques Rouveyrollis …

Jacques est le plus grand artiste de la lumière que je connaisse depuis des années et Je ne me vois pas travailler avec quelqu’un d’autre. Quant aux décors, ils sont dus à un ami architecte, Jean-Louis Berthet. Mais depuis Bercy 93, c’est moi qui mets en scène, même je sais que Bernard Schmitt – que j’ai pris pour filmer et qui va me réaliser le clip de Message personnel – acceptera de m’aider. Personne ne pourra jamais me mettre en scène Michel ne le faisait jamais. Il suggérait des dispositions, des ambiances.

Vous avez toujours beaucoup de grands musiciens autour de vous sur scène

Grands mais humbles : Michael Bland à la batterie et Sonny T. à la basse, qui tra­vaillent avec Prince, David Sancious qui joue avec Sting et qui, pour moi, va faire le multi-instrumentiste : clavier, guitare et basse … li n’y aura que cinq musiciens sur scène, dont Kamil Rustam et son insolence. C’est son grand retour, parce qu’on a travaillé ensemble au Zénith 84, depuis je ne l’ai pas vu ; il vit à Austin au Texas.

En quoi cet Olympia sera t-il différent ?

A travers les spectacles que Michel a pen­sés et conçus pour moi, je voulais faire passer le mieux possible l’énergie et l’émotion. Depuis que j’ai dû m’occuper de moi-même, je me suis rendu comp­te que mes spectacles étaient exactement le reflet du moment dans lequel j’étais. Cet Olympia, je le fais pour aller au bout de l’histoire de l’album France, avec une entrée en scène que je vais être la pre­mière au monde à oser …

Y aura-t-il beaucoup de chansons sur scène qui ne sont pas dans L’album “France” ?

J’inclus toujours des medleys pour faire chanter le public et il y aura quatre ou cinq titres de Michel qui ne sont pas dans l’album et que je n’ai jamais enregistrés. Je ferai aussi une version de “Les Uns contre les autres” complètement différente de l’original, que j’ai failli faire en duo avec Seal sur l’album.

Après les grandes salles, vous revenez à des lieux plus modestes. Ça ne vous gêne pas ?

Ce n’est pas une volonté. Mais je suis contente de faire l’Olympia. C’est vrai que, quand on s’est habitué à ne faire que des grandes salles, c’est très diffici­le de redescendre. J’aime avoir mes aises sur scène et celle de l’Olympia est une des plus petites du monde.

Au niveau budget, votre Olympia doit être cependant lourd …

On a de telles charges sociales avec les musiciens français qu’en prenant des Américains, ça nous coûte moins cher et on les paie mieux. Cependant, ils veu­lent toujours être accompagnés par un “coach”, qui porte et qui prépare leurs instruments.

Comment qualifieriez-vous le Bercy 93 et le Pleyel 94?

Bercy était un spectacle blues, lourd et assis. J’avais les cheveux relevés. C’était noir, gris, blanc, rouge. Ce premier spec­tacle, seule, était difficile. Un an après, à Pleyel, c’était la fête, une bande de copains qui chantaient, dansaient. Ce que je vivais : une histoire d’amour-amitié avec un groupe de quatre garçons, les Gosbo. Ils avaient 20-21 ans. Avec eux, je suis partie en vacances, en week-end, ils pouvaient dormir à la maison … On a vécu ensemble pendant un an. Ces gens m’ont redonné le sourire.

Vous connaissiez déjà ces garçons à Bercy ?

Oui, j’avais commencé par en choisir tren­te pour Bercy. Ils m’ont apporté leur gaie­té, leur langage … une manière de s’habiller qui était proche de ce que j’ai­mais. Sur leur musique, je pouvais dan­ser, me défouler …

Les musiciens de cet Olympia 96 vont-ils entrer dans votre vie comme ceux-là ?

Non. Cette fois, c’est monstrueusement pro, sans être hyper sophistiqué et froid. Sonny T. joue un peu comme Jannick Top.

Justement pourquoi, après Bercy 93, a-t-il disparu?

Deux mois avant Pleyel, Jannick Top, Serge Pérathoner, Claude Salmieri, Denys Lable m’ont quittée. C’est tombé comme ça. Comme ils étaient un peu mes “béquilles”, que c’était une très grande histoire entre nous, la rupture ne pou­vait qu’être très violente. Après avoir pleu­ré un bon coup, j’ai pris le problème à bras-le-corps. Et j’ai été aidée par cette bande de jeunes qui vivaient avec moi. En huit jours, tout s’est arrangé.

Pour Bercy, il y avait eu deux “Live” et même un mini-CD de Mademoiselle Chang, pour Pleyel : rien. Vous êtes passée d’un extrême à L’autre !

Mademoiselle Chang, c’était un peu spé­cial, puisqu’on avait mis en place dix ou vingt mille singles seulement. L’idée, venue d’un ami journaliste, était surtout de le faire en vingt-quatre heures. Mais je n’aime pas cette version. Je devais vrai­ment avoir le blues ! Quant à Pleyel, j’ai éprouvé le besoin de faire un spectacle pour montrer l’état d’esprit dans lequel j’étais, habiller les chansons de Michel. .. sans avoir d’obligations. En revanche, il y aura un “live” de cet Olympia 96.

Vous avez fait de la scène à Paris très tard. Au milieu des années 60, votre manager, Maurice Tézé, nous a raconté que vous n’aimiez pas ça.

Non, mais c’est parce que j’en ai fait beaucoup. Pendant deux ans (Ndlr : de 1964 à 1966), neuf mois sur douze ; j’étais malheureuse. Cela n’avait aucun sens pour moi. Je détestais ça car j’étais entièrement guidée par des adultes.

De 1963 à 1966, on a fait de vous une idole yéyé chantant “Ne sois pas si bête”, “N’écoute pas les idoles”, “Laisse tomber les filles”, “Sacré Charlemagne”, “Poupée de cire”, “Les Sucettes” … ne parlant que de futilités.

Bien sûr, mais cela pouvait être également des choses qui paraissaient futiles et qui ne l’étaient pas. Par exemple, lors de la guerre du Vietnam, j’ai fait une émission de radio. Tout à coup, l’animateur, sans prévenir, a dévié la conversation sur cette guerre. Là, panique! Il m’a demandé ce que je pensais de ce conflit et j’ai répondu : “La guerre du Vietnam, c’est loin …” Je me suis faite assassiner : “Mais quelle conne ! Elle n’a vraiment rien d’autre à dire !” (Rires.) En fait, j’ai dit ça parce que c’était ce que je ressentais, comme tous les Français qui n’étaient pas intéressés par cette guerre.

Vous étiez consciente de votre image ?

Le personnage que les gens avaient de moi n’était pas génial. Comme j’étais mignonne, je ne pouvais être qu’idiote !

Vous faites toujours celle qui feint d’oublier l’idole yéyé qu’elle fût. Vous n’aimiez pas vos chansons ?

J’adorais certains titres de cette époque, comme “N’écoute pas les idoles”, la première chanson que Serge Gainsbourg m’a écrite.

Après l’Eurovision que vous gagnez en 1965 pour le Luxembourg avec “Poupée de cire”, vous adaptez cette chanson de Gainsbourg en Japonais et en allemand, et vous devenez une chanteuse internationale.

L’allemand était ma seconde langue, mais comme j’ai arrêté l’école à l’âge de 15 ans, après avoir redoublé ma 6ème, et ma 3ème, je n’étais pas très au point. Mais c’est vrai que j’ai chanté “Poupée de cire” en allemand, en japonais phonétique, et aussi en espagnol, en anglais, en italien … ! (Rires.)

Y a-t-il des chansons de Gainsbourg que vous aimez encore ? Seriez-vous capable de les rechanter sur scène ?

Oh, oui ! Je les aime toutes, mais je ne pense pas pouvoir les rechanter un jour. Pas à cause du rythme, mais plutôt des paroles …

Vous trouvez que les textes de Gainsbourg sont stupides ?

Mais pas du tout ! lis ne me correspondent plus, tout simplement.

“Teenie Weenie Boppie” pourrait être chanté au deuxième degré …

Ça, c’est vraiment une peinture de l’époque, mais quel texte magnifique, génial. Cela n’a pas marché du tout et c’est là qu’on s’est séparés avec Serge, parce qu’il n’aimait pas les échecs. En plus, c’est l’autre face, Bébé requin, un titre formidable écrit par Joe Dassin, qui a marché. Serge était plutôt vexé.

Pourquoi Dassin n’a-t-il pas continué à écrire pour vous ?

Il écrivait très peu pour les autres et puis sa carrière marchait formidablement bien. Est-ce qu’il n’y avait pas, en plus, un problème de droits d’édition ?

Vous avez aimé sortir des duos sur disques …

Oui, avec Elton John en 1981, Donner pour donner …

Je parlais de ceux de 1967 avec Maurice Biraud puis Mireille Darc.

(Silence.) Ça, c’était autre chose … Mireille Darc me disait toujours: “A côté de toi, j’ai l’air d’une mère maquerelle !” (Rires.)

C’est étonnant que dans les années 60 vous n’aimiez pas la scène, étant très intime avec des chanteurs comme Claude François puis Julien Clerc …

Non, j’ai toujours eu plus de plaisir à regarder.

Dans les années 60, choisissiez-vous vos chansons ?

Mon père qui travaillait dans ce métier m’a beaucoup dirigée pendant les cinq premières années. Ensuite, j’ai arrêté pendant cinq ans.

Pourquoi dites-vous toujours que vous avez arrêté de 1969 à 1974 ? Après les années Philips, vous avez enregistré à La Compagnie, chez Atlantic et chez Pathé. Sans parler de vos enregistrement en allemand chez BASF. Vous n’assumez pas ?

Oh la la, quelle horreur ! J’ai volontairement sorti cette période de ma mémoire ! Les filles oublient facilement ce qui les gêne.

Avez-vous souffert du creux de la vague ?

Qu’est-ce que je n’étais pas bien ! C’est assez angoissant à 20 ans de ne pas avoir d’argent, surtout quand on en a eu beaucoup à 16.

La Compagnie avec Norbert Saada et Hugues Aufray, c’était une galère ?

Galère, c’est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée au festival de San Remo défendre L’Orage avec Gigliola Cinquetti. Là, j’ai même chanté avec Little Stevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise.

Vous avez aussi fait beaucoup de pubs de produits hallucinants dans des magazines pour adolescents ?

Aïe, aïe, aïe ! Pendant dix ans, j’accep­tais tout chez Filipacchi : Salut les Copains et Mademoiselle Age tendre. Mes parents avaient souffert de la guerre et du manque d’argent et m’avait inculqué cette peur. Ces pubs étaient une maniè­re de gagner de l’argent et de les aider. C’est cependant la première chose que Michel m’a demandé d’arrêter quand on s’est rencontrés. Il m’a dit : “Les concombres sur la figure et les couver­tures habillée en short, c’est fini !” (Rires.)

Auparavant, vous acceptiez tout ce qu’on vous proposait ?

Complètement. J’ai même fait un roman-photo ! J’ai d’ailleurs une anecdote à ce propos. Lors du tournage, j’ai appris la mort de De Gaulle (Ndlr : en 1970), ce qui m’avait fait beaucoup de peine. Le problème, c’est que mon partenaire détes­tait De Gaulle et disait tout le temps: “Tant mieux ! On en est enfin débarrassés.” Je l’avais pris en horreur et je me disais : “Quelle honte !” Pour moi, ce roman-photo, c’était la déchéance. L’étape d’après aurait été de faire un film porno. (Rires.)

Chez Pathé, en 1972, il y a eu un retour Gainsbourg avec Frankenstein …

Oui, parce qu’au bout de deux ou trois ans (Ndlr : cinq en fait), je me suis dit qu’il fallait retourner voir Gainsbourg, car ce que je faisais était vraiment trop nul.

Quand vous dites que les Allemands sont demandeurs de votre dernier album, c’est en souvenir de ces années où vous chantiez “A Banda” en allemand ?

Et aussi grâce à “Ella, elle l’a” ! Depuis les années 60, ils ont toujours cru que j’étais une chanteuse allemande.

Vous vous souvenez donc de tout …

… Bien sûr ! Juste avant “La Déclaration”, j’ai même enregistré un 45t qui s’appelait “Par Plaisir”, une chanson signée Thomas et Rivat, dans laquelle je faisais un vibra­to à la Véronique Sanson. (Rires.)

Vous avez rencontré Michel Berger vers 1972 …

Non, je l’ai vraiment connu en 1974, et on s’est mariés en 1976. Je l’avais croi­sé quelquefois auparavant quand il était avec Véronique Sanson, avec laquelle j’étais assez amie. C’était quelqu’un de très agréable à écouter parler, c’était merveilleux d’avoir une conversation avec lui. Mais lui et moi n’étions pas dis­ponibles. Ensuite, de 1974 à 1992, j’ai parlé avec lui pendant dix-huit ans. Cela m’a permis de passer de la fille qui ne parlait pas à celle qui s’exprime.

A partir de 1974, Michel vous a surtout beaucoup forcée à travailler …

Absolument. Je suis une très grosse pares­seuse. Michel m’a donné des coups de pied au cul tout le temps … Mais qu’est-ce que c’était bien !

Deux duos que l’on trouve dans le coffret Berger : A qui donner ce que j’ai et Au Revoir Angelina proviennent d’une comédie musicale qui ne s’est jamais montée …

C’était quand on s’est rencontrés. Tout de suite, il m’a emmenée à Los Angeles, au mois d’août 1974. Pour cette comé­die musicale, dont l’histoire partait de l’enlèvement de Patty Hearst, on a même enregistré pratiquement tout un album avec les musiciens de Toto. Ensuite, il a trouvé que ce n’était pas assez fort et a tout mis de côté. C’est durant ce voya­ge qu’il a écrit le début de Starmania et qu’il a découvert Diane Dufresne, puis fait la connaissance de Luc Plamondon.

Quel est le Starmania que vous avez préféré ?

Celui de 1979. Ce n’est peut-être pas le meilleur, mais je crois que c’est celui qui laisse le plus de souvenirs à ceux qui l’ont vu. C’était le chantier, mais c’était extra­ordinaire. Soixante-dix personnes sur scène, Daniel Balavoine, Fabienne Thibeault … et beaucoup de souffrance. Je me souviens du metteur en scène, Tom Hogan, un Américain qui avait fait Hair, Jésus-Christ Superstar, un dieu.

Vous revoyez les gens de cette époque ?

Non. J’ai des relations extrêmement pas­sionnelles et fortes autour d’un projet, et puis après, je passe à autre chose.

Vous souvenez-vous de la deuxième version de Starmania à Paris en 1988 ?

J’étais dans la salle tous les jours des répé­titions et je regardais Michel mettre en scène. Quel bonheur ! C’est la version que j’ai préférée. Maurane et Renaud Hantson étaient fabuleux.

Les comparaisons qui ont pu être faites entre Renaud Hantson et Daniel Balavoine vous semblent-elles fondées ?

Il y a quelque chose dans l’émotion. Très rarement des chanteurs m’ont touchée comme eux.

C’est pour cette raison-là que Michel Berger l’a réengagé pour La Légende de Jimmy ?

Oui. Il n’y a pas beaucoup d’artistes qui chantent si bien. Dans La Légende, on a également repris Nanette Workman, onze ans après le premier Starmania, car cette fille fantastique est un monument.

Vous avez chanté sur le dernier album de Renaud Handson : Quatre saisons et Bof Génération, ce que vous ne faites jamais …

J’ai beaucoup de tendresse pour Renaud même avec son caractère de chien. Il est tout fou, il dit des conneries grosses comme des maisons, mais il est touchant. C’est le chanteur qui a le mieux traduit avec sa voix la musique de Michel. Même si quelquefois il prend des liber­tés. Par exemple, je ne suis pas toujours d’accord avec sa façon de placer sa voix.

Que pensez-vous de l’actuelle version de Starmania au Palais des Congrès ?

Je ne sais pas. Je suis complètement en dehors du projet. Je n’y retrouve pas le charme de la musique de Michel. L’année dernière, j’ai envoyé mes enfants la voir pour savoir si je devais y assister. Ils m’ont dit: “Pas encore.”

Avez-vous vu toutes les diverses moutures de Starmania au Québec et la version amé­ricaine sur disque, Tycoon, avec Céline Dion, Cindy Lauper?

Je n’en ai vu qu’une sur les trois du Québec, la deuxième, je crois, avec Martine St-Clair. En ce qui concerne Tycoon, le disque n’est jamais sorti ailleurs qu’en France, car les Américains n’étaient pas intéressés.

Quelle a été l’évolution de France Gall sur scène à Paris, depuis La première au Théâtre des Champs-Élysées en 1978 ?

J’ai eu le courage de refaire de la scène en 1978 grâce à un producteur, Claude Wild. J’avais vraiment peur, surtout à cause de mes souvenirs et Michel m’a poussée. J’ai accepté mais cela a été dur pour moi. La première idée avait été de faire ce spectacle avec Quincy Jones, malheureusement, il était très malade. La deuxième est celle qui a abouti : uni­quement des filles sur scène ! Dix-huit au total ! Je me souviens que Christian Vander, intrigué, venait voir répéter la fille qui jouait de la batterie …

Début 1982, c’est Le palais des Sports …

Le Palais des Sports a été le spectacle que j’ai préféré avec le Zénith 87. Cela avait été la perfection : des décors réa­lisés par le frère de Michel, d’excellents musiciens comme Claude Engel et un grand metteur en scène, en titre, car c’est Michel qui dirigeait tout. C’est la première fois que je me rendais comp­te de la dimension du public quand il se manifeste.

Vous êtes passée du Palais des Sports 82 au Zénith 84, et 87, puis à Bercy 93. Vous avez évolué de spectacles grands à immenses …

J’aime les grandes salles. Au Zénith 87, j’avais même dessiné les décors.

Après Le Zénith de 87 et jusqu’en 1990, on racontait que France Gall allait arrêter de chanter. C’était vrai ?

C’était vrai, mais je ne souhaitais pas le dire parce qu’on n’est jamais certain de rien. Je voulais partir au moment où j’étais au plus haut.

Cette envie de tout arrêter n’était pas liée à des problèmes personnels avec Michel Berger?

Oh, pas du tout. J’avais vécu une espè­ce de crescendo, jusqu’à Ella elle l’a et ce Zénith 87. Il y avait eu sur scène tout ce que j’aime, les Américains, les Africains ; c’était extraordinaire. Je pensais que je ne pourrais jamais faire mieux.

Cela n’a pas affecté Michel Berger que vous ne vouliez plus chanter …

Si. Ça avait déclenché chez lui une peine incroyable. Il s’est alors lancé dans plein de choses. Je n’avais pas compris que c’était aussi important pour lui que je chante. Michel n’était pas quelqu’un qui disait les choses.

En 1991, vous acceptez enfin de ressortir un album en duo avec Michel Berger, Double Jeu.

Non, c’est moi qui lui ai demandé. J’avais pris ma période de réflexion.

Vous n’avez pas permis qu’on sorte dans le coffret de Michel Berger des inédits de cet album?

Non et cela a été un gros problème pour moi de sortir des inédits, même si on m’a expliqué que … J’ai quand même limité la casse, car Michel n’aurait jamais voulu tout montrer.

Mais peut-être que ces quelques inédits sont intéressants dans son évolution ?

De Double Jeu, il y a des inédits que je n’ai pas voulus mettre dans le coffret. Pour chaque album, Michel en préparait treize et n’en gardait que douze. Cela dit, ça pourrait faire un jour un album rigolo. Parmi les deux ou trois “oubliées” de Double Jeu, i I y a une chanson sur les Indiens que j’aimerais beaucoup faire car elle me ressemble énormément. Nous ne l’avions pas finie car il a été impossible de trouver le groove.

Y a-t-il beaucoup de chansons de Michel Berger qui n’ont pas abouti et que vous pourriez chanter ?

Très peu. Il jetait tout de suite un titre quand je disais que je n’avais pas envie de le chanter. Un jour, il a voulu me faire interpréter une chanson qui s’appelait Avec le Nouveau Groupe. Je ne voyais pas pourquoi j’allais chanter ce morceau, alors, furieux, il l’a déchiré.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis, évoluer dans La vie ? Toutes vos rencontres ?

Non, ce ne sont pas les rencontres. C’est la mort de Michel en 1992, ma mala­die et toutes les choses que vous ne savez pas …

Vous trouvez que La presse a trop dit de choses sur vous ?

Vous savez, quand on a parlé de moi pour la première fois comme d’une femme, c’est à la mort de Michel. Avant, on parlait d’une chanteuse ; ce n’était pas très sérieux.

Avez-vous mal vécu la médiatisation de la mort de Michel Berger ?

Très mal. Mais je savais que si je n’ou­vrais pas les portes du cimetière à la pres­se, ce serait l’horreur avec tout ce que je déteste. Grâce à ça, on a pu faire un enterrement dans une dignité, un calme, une beauté extraordinaire. Évidemment, tout le monde a pu faire des photos, la presse entière en a pris l’habitude, et quand ma maladie est arrivée, ils m’ont envoyé à nouveau les paparazzis. Là, en revanche, j’ai éprouvé le besoin de faire des procès.

Comment ont-ils découvert votre cancer du sein ?

Par moi. Avant d’en arriver à l’avouer, je m’étais dit: “Plus aucun mec ne vou­dra m’approcher.” Une femme s’en fait un monde. J’ai cru que j’allais mourir ou être mutilée. Ensuite, comme je déteste le mensonge et qu’il fallait que j’annule Bercy, je devais donner une rai­son. Je n’allais pas dire que j’avais la jambe cassée; c’était ridicule. j’ai donc fait une annonce toute simple et ça a fait un truc monstrueux. J’ai été obligée de quitter ma maison, mes enfants vivaient chez des parents d’élève. Ce fut un véritable chamboulement. Heureu­sement, au final, rien n’a été changé physiquement.

Vous avez enregistré quelques morceaux de votre dernier album France à Minneapolis …

Au moment de Pleyel, je suis partie pendant trois jours en novembre 1994 aux USA. Si j’ai fait un disque avec les Américains, alors que je ne parlais pra­tiquement pas anglais, c’est pour faire connaître la musique de Michel dans le monde entier … C’est mon but aujourd’hui.

Selon le livret, Les enregistrements ont été éparpillé sur toute l’année 1995. “France” vous a vraiment pris un an ?

Oui. Il s’est préparé ainsi parce que c’était la première fois que je faisais un album seul. Un mois sur le choix des chansons, deux mois de pré programmation, les enregistrements … On a mixé, une première fois à Paris. Comme je n’étais pas satisfaite, on a remixé à New York.

Vous étiez dans le studio de Prince à Minneapolis. Vous l’avez rencontré ?

Non. J’ai cependant vu le grand stu­dio un jour où il l’avait réservé : deux mille bougies étaient allumées, de la cuisine chinoise était au chaud, les musiciens et un ingénieur du son atten­daient … C’est un fou qui n’a plus le sens des réalités. C’est parce qu’il veut faire un disque pour les enfants, que je peux aujourd’hui avoir ses musiciens. Ils ne veulent pas le suivre.

Pour “France”, vous n’aviez plus de mana­ger?

Je me suis séparée, il y a plus d’un an, de mon manager. J’ai alors demandé à un ami, Philippe Chatiliez, le frère d’Etienne, de m’aider. Il a lâché son boulot pendant des mois pour me suivre à New York. Il m’a aidée à aller au bout de mon disque. Pour la pochet­te, il a même demandé à son amie, Kate Barry, la fille de Jane Birkin, de faire la photo.

Pourquoi avoir repris sur cet album vos propres succès récents pour en faire de nouvelles versions ?

C’est une bonne question. Ce disque est un peu bâtard, car j’ai mélangé les choses. Il est destiné au marché fran­çais, mais aussi à l’étranger, même si je sais qu’il y a peu de chances qu’il sorte aux USA.

Pour Message personnel, le nouvel extrait de “France”, vous n’avez pas repris l’intro parlée par Françoise ?

Françoise me le reproche suffisamment ! C’est elle qui a écrit ce texte d’intro et il est fait pour elle. Jamais je ne pour­rai dire certaines phrases de Françoise. Impossible.

IL y a des chansons de Michel Berger que vous ne chanteriez pas ?

Oui, il y en a que je n’aime pas beau­coup : Mon Piano danse, Celui qui chan­te, Maria Carmencita … par exemple.

Vous ne vous verriez pas chanter vous-même en anglais du Berger, comme Céline Dion chante du Goldman ?

Non, pourtant j’ai essayé avec Tim Rice. J’ai commencé à enregistrer quatre textes en anglais pour la version inter­nationale de l’album France: La Lumière du jour, Evidemment, You Have To Learn To Leave, l’adaptation de Les Uns contre les autres pour Tycoon, et Message per­sonnel dont Françoise avait fait l’adap­tation en anglais. Comme j’ai dû faire un ou deux “scratches” vocaux, ça m’a découragée.

On ne vous oblige pas un peu à porter le lourd héritage de Michel Berger ?

Jamais personne ne me dit ce que je dois faire. J’ai pratiquement très peu parlé de Michel depuis sa mort. Je n’en ai jamais parlé autant qu’aujourd’hui.

Quel pourrait-être le prochain album de France Gall ?

Je ne pense pas faire de France 2 avec des chansons de Michel, donc je ne sais pas si je referais un disque.

Vous ne pourriez chanter personne d’autre ?

Je ne pourrai chanter les chansons de quelqu’un que si j’ai une relation forte avec cette personne. Il faudrait au mini­mum un truc monstrueux entre nous. Je ne serais pas capable de faire un truc en dessous de Michel. J’aime cepen­dant beaucoup ce que fait Youssou N’Dour que j’ai rencontré à Dakar.

Vous aimez toujours faire la promo pour la sortie d’un album, d’un spectacle?

Je n’aime pas le système actuel où pour faire une scène, il faut d’abord faire un album. A la télé, je ne trouve pas ma place dans ces espèces de grandes fêtes où il faut rire absolu­ment, un genre de bastringue où tout le monde chante Si maman si … si maman si … comme dans les fêtes de la bière de Munich, que j’ai bien connues. (Rires.)

Magazine : Platine
Propos recueillis le 24 septembre 1996
Par Jean-Pierre Pasqualini et Christophe Daniel
Date : 2 Novembre 1996
Numéro : 35

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