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Le coeur gros mais plein d’amour (Presse)

L’article retranscrit

“Et pourtant, il faut vivre, survivre” … C’est ce que chantait il y a quelques années Daniel Balavoine, ami cher du couple Berger-Gall.

Pour vivre, justement, au nom de Raphaël, son fils, après tant de drames, France avait pris le large au début du mois de juillet.

Mère et fils ont sillonné les eaux de Corse et de Sardaigne. Et puis … Et puis, même quand on navigue, même loin de tout, le calendrier est là, qui s’impose: 2 août. li y a six ans, Michel Berger disparaissait tragiquement dans leur maison de Ramatuelle, victime d’un arrêt du cœur. Chaque été depuis, France et ses enfants se recueillaient à l’endroit même de sa mort, tentant d’apprivoiser leur peine.

Mais cette année, après la tragédie du décès de Pauline, France a décidé que pour vivre, pour survivre, c’est loin de cette maison trop emplie de souvenirs douloureux que Raphaël et elle se réfugieraient. Au mois d’août donc, c’est aux États-Unis, à Hollywood, dans une superbe demeure et entourée d’amis très proches, que France et son fils ont élu domicile.

Bien sûr, là-bas, il est. plus facile de vivre et de survivre. Ici, on parle une autre langue, on respire un Co m autre air. Pas celui du passé, même si la mémoire se fiche bien du pays dans lequel elle se trouve …

Ici, au bord de la piscine, France a vécu dans une véritable bulle de protection. Un peu de musique, beaucoup d’amitié, et toute la tendresse et l’amour qui peuvent exister entre une mère et son fils, surtout quand ceux-ci ont en commun la douleur que l’on sait.

Ici, France et Raphaël ont pu un peu se reposer de leur peine, se ressourcer, s’adonner au soleil et aux superbes plages qui bordent l’océan.

Mais avec les jours qui raccourcissent, le mois d’août commençait à parler de septembre. Septembre, qui marque une échéance douloureuse, celle du choix déchirant devant lequel France s’est soudain trouvée.

Fantômes

Car les premiers jours de ce mois rappellent inévitablement le recommencement des choses. La rentrée, la reprise des études pour Raphaël. Pour France, qui a pris le parti de la vie malgré tout, mais surtout au nom de son fils, la question du choix s’est soudain posée. Allait-elle continuer à demeurer en retrait, dans cette bulle? Allait-elle du même coup proposer à Raphaël de commencer son année scolaire à Los Angeles (il est bilingue), ce qui s’était d’ailleurs passé avec ses deux enfants lorsqu’elle enregistrait l’album hommage à Michel Berger, “France” ?

Ou alors, allait-elle retrouver Paris et l’appartement, Paris et ses fantômes ? Entre ces deux modes de vie, radicalement opposés, son choix était déchirant. Rester, se protéger, ou partir et affronter la réalité ?

Courageuse jusqu’au bout, France a très vite pris sa décision. Pas question pour elle de se dérober. D’ailleurs, elle ne l’a jamais fait. Elle a toujours abordé les épreuves avec une dignité incomparable, acceptant de s’exprimer avec une franchise bouleversante sur les terribles deuils qui ont traversé sa vie. Et cette fois encore, France a dit oui.

Elle a dit oui au ciel parisien même s’il n’est pas aussi bleu que celui de Los Angeles. Oui à cette ville dans laquelle elle a connu tant de bonheur, celui d’être mariée à un homme qui la comprenait et la soutenait, celui d’être la maman-tendresse qu’elle avait toujours rêvé d’être. Cette ville dans laquelle elle a aussi tant souffert. Le cœur gros, certes, mais plein d’amour, résolument tournée vers l’avenir, France a décidé de rejoindre Paris, prête à affronter tout ce qui l’attend.

Par amour pour Raphaël, pour son équilibre, elle a été fidèle à la ligne de conduite qu’elle s’est fixée depuis toujours : rendre à son fils la vie la plus normale possible. Cette philosophie, Michel et France, et puis France toute seule ensuite, l’avait déjà appliquée alors que Pauline était malade. Elle avait tout fait pour que sa fille ressemble à toutes les autres jeunes filles, et elle avait si bien réussi. Voilà pourquoi, France est rentrée. Parce qu’elle se doit de rester debout.

En milieu de semaine, un avion l’a fait passer d’un continent à l’autre, d’une vie à une autre. Bien sûr, comment ne pas penser à ce qui l’attend dès la fin de l’automne ? France sait qu’elle devra affronter une nouvelle épreuve, mais il est clair que pour son fils, en mémoire aussi de ces deux êtres chers qu’elle a perdus, elle fera face, encore une fois.

En France aussi, ce pays dont elle porte le nom, il y a tous ces gens qui l’aiment, qui l’admirent pour son travail, et qui l’attendent.

Revenir à Paris, c’est certes revenir à des lieux, des pièces d’un appartement pleines de souvenirs douloureux. Mais pour France, c’est aussi revenir à elle, et à cette priorité qu’elle a faite sienne : la vie …

Magazine : France Dimanche
Par Nathalie Bertaud
Date : 4 au 10 septembre 1998
Numéro : 2714

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