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France Gall, toujours le même punch

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La baby-star acidulée des années soixante a prouvé depuis belle lurette qu’elle n’était plus une “poupée de cire” parfait cadeau juvénile ballotable à merci au gré des fantaisies des machos qui feignent de s’ignorer et de l’inspiration plus ou moins fumeuse de producteurs en niai de tubes pris dans le raz-de-marée du yéyé.

Elle vient, en septembre 1984, de “faire” le Zénith !

Assez nombreux sont les grands noms du show-biz qui s’y sont plantés pour qu’on reconnaisse à France Gall un triomphe qui a parfois pris des allures de pari insensé lorsque l’on repense à ses vingt ans de carrière!

“Tout pour la musique”, ca n’a pas traîné ! le virus l’a saisie en 1962. En classe de quatrième, au lycée d’Auxerre, elle monte son premier groupe avec ses deux frères. Un an plus tard, elle enregistre son premier 45 tours, “Ne sois pas si bête”. Tout un programme ! Qui a pu signer des paroles aussi profondément « nunuches » que redoutablement efficaces ? Je vous le donne en mille … Monsieur Pierre Delanoë ! Surtout, ne rangez pas ce tube dans la catégorie des plaisirs désuets. Ça vaut vraiment le coup d’être réécouté …

Rien d’étonnant à ce que France se tourne très tôt vers la musique ! Toute son enfance en a été nourrie. Son père écrivait des chansons, et non des moindres. « La mama », c’est lui. Sa mère, quant à elle, chantait à la cathédrale d’Auxerre. Son grand-père, cofondateur des “Petits chanteurs à la Croix de Bois” y jouait de l’orgue … A peine un an après son premier succès, elle enregistre un deuxième disque, “Poupée de cire, poupée de son”, lui vaut le prix de l’Eurovision en 1965.

« C’était une chanson très moderne et très révolutionnaire pour l’époque. A la répétition générale, je me suis fait huer et j’ai eu zéro »… le maître d’œuvre de ce couronnement inattendu n’est autre que Serge Gainsbourg. Il faut dire que, dans la série “J’ai rencontré les plus grands de la chanson française”, France Gall a toujours fait très fort. Elle a dix-sept ans, Gainsbourg a déjà pas mal de métier dans les pattes. Très vite, il subodore que, parmi ses fans, à peine un sur cent écoute les paroles particulièrement mièvres de ses tubes. Alors là, il s’en donne à cœur joie. France chante “les sucettes à l’anis” sans vraiment savoir de quoi il retourne. Plus de vingt ans après, la chanson reste un chef-d’œuvre d’innocence perverse qu’aucun autre mariage d’inspirations n’aurait pu permettre!

L’Eurovision sera pour France un cadeau empoisonné. Trois millions et demi de disques vendus, numéro un aux hit-parades du monde entier pendant deux ans … Et, très vite, le revers de la médaille : « J’ai commencé à faire absolument n’importe quoi, des choses qui n’avaient rien à voir avec la chanson. On me mettait des perruques bicolores, je posais avec des concombres sur la figure ! ». Dans la foulée, elle représente des produits de beauté, pose pour des photos de mode … En 1970, à force d’avoir été utilisée, elle arrête tout ! Dans l’ombre de Julien Clerc, dont elle partage la vie, elle remet ses pendules à l’heure. Ras le bol d’être manipulée, elle choisit de résister !

Le trou noir dure quatre ans, la dépression, elle n’a pas fait que la frôler. “Oui, j’ai fait une dépression. Quant tout a marché très fort et que ca ne marche plus … Certains se réfugient dans la drogue, d’autres se jettent par la fenêtre, quelques-uns font une dépression et s’en sortent. Je suis quelqu’un de très équilibré et je crois que je m’en suis tirée parce que j’ai eu une enfance très heureuse et choyée”.

Une enfance idyllique, ca vous donne la pêche pour toute la vie. Un jour, France entend à la radio une chanson de Michel Berger.

“Je me suis dit : ce sera lui ou personne d’autre. Ça a été dur de le convaincre mais il a essayé de comprendre. Après plusieurs mois de travail dans l’ombre, il a fini par m’écrire “la déclaration” qui relatait en trois minutes la vie que j’avais eue”. Elle vend 100.000 disques, mieux qu’un come-back banal. Mais il lui faudra des années pour imposer son style, son identité, pas la nouvelle, la vraie. Alors, elle s’accroche sur les musiques que compose amoureusement pour elle Michel Berger.

Sa chance, celle d’être enfin elle-même, elle la tient. Enfin, elle respire et ca crache. Autant que ca communique à grands coups d’angoisse et de tendresse dans ce couple rare. “Entre nous, pas de guerre, pas de rapport de force !

La seule différence, c’est que chacun de nous est dix fois plus angoissé lorsqu’il s’agit du spectacle de l’autre … ».

Patrick LAVALLE

Magazine : Télé Magazine
Date : 6 au 12 juillet 1985
Numéro : 1548

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