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France Gall, albumscopie de Babacar

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S’arrêter sur la face A d’un 45 tours, c’est bien, mais se plonger dans l’univers d’un artiste à travers un album, c’est encore mieux !

“Babacar”, fruit de l’association artistico-conjugale Berger-Gall inaugure cette nouvelle rubrique “longue piste”.

N’était-ce pas justice car le retour d’une number one chanteuse bête de scène représente un évènement auquel on ne doit, ni ne peut échapper. “Babacar” est donc passé au crible de Graffiti. 9 titres signés paroles et musiques de Michel Berger, enregistrés à Lark recording. Recording studios (Carimate Italie) et au studio Gang (Paris) avec les participations exceptionnelles pour les choeurs de Laurent Voulzy et de Jean-Jacques Goldman. “Babacar”, un album conceptuel par essence dans la mesure où Berger l’auteur, ne peut s’empêcher d’aborder toujours et encore les mêmes chevaux de bataille.

Quelques joyaux : “Evidemment”, “Ella elle l’a”, “La chanson d’Azima”. Des tubes certainement, “Papillon de nuit” et “Babacar” qui déjà a recruté l’accueil populaire qu’on n’attendait pas forcément. Berger écrit, compose dans son coin, puis soumet à son interprète favorite, les notes et les mots qu’il lui fera chanter. Pour cet album, seule une chanson a été censurée par France Gall car le thème évoquait un passé sur lequel elle n’avait pas envie de s’étendre.

Ensuite, le duo pénètre le studio, Berger omniprésent, joue alors les grands “Manitous” arrangeur, producteur, instrumentiste et choriste.

9 nouveaux titres qu’on retrouvera à la rentrée au Zénith, alors en attendant Gall sur scène, retrouvons-là sur vinyle «qualité rythme» …

Un papillon de nuit

“Ce qui compte, c’est d’avoir envie”. Rythmée, cette chanson ouverture de l’album résume tout à lait la philosophie de l’inspiration selon Berger : il faut vivre nous dit-il au risque de brûler ses ailes, et tanpis pour la longévité, France et Michel optent pour l’intensité. Simple potentiel, ce titre dansant fera certainement le prochain 45 tours extrait du 30 cm. On y retrouve en effet toute la pêche et tout le feeling cuisinés à la sauce Berger. Le refrain insistant pénétra très avant notre mémoire, et parlons que ce titre «évident» déchaînera les énergies au Zénith.

Dancing Brave

«Vole», des invitations au combat dignes de «résiste» ou de «débranche» «Dancing brave» une formule anglosaxisonnisée afin de décrire le boyard des temps modernes, qui préfère «danser sa vie debout plutôt que couché !». Morceau mineur, ni raté, ni complètement réussi mais que l’on digère sans aigreurs d’oreilles. Au niveau du texte et de la musique, ça swingue et ça sonne mais ça ne décolle pas malgré les chœurs de l’ami Voulzy.

Babacar

Une chanson qui TAPE, qui cogne. Du coup de foudre d’une femme chanteuse pour un bébé sénégalais baptisé Babacar. Une tranche de vie, une page émotionnelle, que l’interprète France a racontée à son auteur de mari dès son retour à Paris. Lui a trouvé les notes et les mots justes pour mettre en chanson cet épisode. Pudique, sobre, le rythme évite l’écueil de la sensibilité gratuite : on devine, car rien n’est expliqué, l’art de suggérer signé Berger trouve sa force et sa raison d’être à travers ce titre. France pousse haut dans les aigus, les orchestrations sont chiadées comme «personne». «Babacar où es-tu ? Où es-tu ? Il est dans ce refrain.» «Je n’ai pas manqué de courage pour sortir en single, cette chanson pas «cousue tube» et qui en est devenue un. Comme quoi, l’originalité habillée de talent paye toujours. «Babacar» une des chansons fétiches de France l’humanitaire girl.

J’irais où tu iras

«Bonne chanson tendre», avec à l’appui des mots qui frappent pour toucher sans choquer. «Je suis peut-être celle qui te fermera les yeux». «Peut-être qu’on est seul même quand on est deux». L’adversité existe, le malheur aussi, Gall-Berger les ont croisés mois puisqu’il faut foire avec, soyons stoïques et rebelles face à la douleur ! Vivre à deux, quelle force nous disent-ils! Bien que la lucidité nous Invite à penser que c’est souvent une faiblesse. Les choeurs présents, (France, Michel, Coco et Jean-Jacques Goldman) car à deux, c’est bien mois à quatre c’est encore mieux! «J’irai où tu iras» une fort belle page musicale et poétique.

Ella, elle l’a

Sans aucun doute, la chanson la plus forte de l’album. Là, Berger a complètement peaufiné son style, il déborde, joue, jongle avec les sons musicaux et phonétiques. C’est un plaisir de l’ouïe, «avec ce petit supplément d’âme» qui donne des ailes à la chanteuse Gall. «Cet indéfinissable charme aux allures tubesques» cette chanson «Ella, elle l’a» ! Bonjour les prouesses des arrangements guidés par les soins experts de Berger, le musicien qui sait aussi être un super technicien !

Evidemment

«Y’a des silences qui disent beaucoup», peut-être est-ce la phrase clé de cette chanson hommage à Balavoine. On ne prononce ni le mot, ni le nom «mais évidemment» on devine, on pressent, on est ému par tant de pudeur contenue. France, nous l’a avoué, elle a eu un mal fou à enregistrer ce titre, elle s’y est reprise à neuf fois, tant les larmes coulaient spontanément. Un adverbe, des indices, pour exprimer une tristesse, sans le moindre signe de révolte : C’est comme une fatigue, un dégoût, «comme une éclaboussure de boue», la vie continue, «on danse encore sur les accords qu’on aimait tant», «on rit», «mais pas comme avant», «effectivement», «évidemment», «no comment» …

La chanson d’Azima

(Quand le désert avance). Les décibels remontent, le rythme revient, insidieux, persistant, «qui avance» et nous prend. Cette chanson plus coup de coeur que coup de poing évoque sons didoutisme aucun, Action Ecole, toute cette mobilisation à l’attention de ceux qui meurent de soif alors qu’en bons européens privilégiés que nous sommes, nous buvons égoïstement. «Le désert avance» loin de nous mais il nous rejoint. «Dis-leur que la nuit tombe sur cette affreuse urgence que c’est sur nos tombes, que le désert avance». Beau titre, émouvant, qui évite les clichés chocs et le risque de la démagogie. Tout est dit, le message est reçu 5 sur 5. Alors espérons que le désert reculera et que la générosité avancera à grands pas dans nos contrées sourdes et aveugles. «Berger-Gall» montrent le chemin, suivons-les …

Urgent d’attendre

Jeu de mot, histoire de constater que l’attente est inévitable mais qu’il s’agit de la meubler activement. Rapide, ce titre invite au mouvement, sûr que France, la bête de show se défoncera au Zénith avec «Urgence» sur ce morceau !

C’est bon que tu sois là

La dureté du monde rend la plume de Berger mélancolique, on imagine l’impact de cette chanson sur scène ! Déjà, on visualise les briquets allumés et la douceur de ce titre «Love story», très déclaration d’amour sur les bords du fleuve tendresse. Dons la continuité de «j’irais où tu iras», Berger se penche à nouveau sur la nécessité du couple rédempteur! «Je remercie ma chance», en répétant tout bas «C’est bon que tu sois là». Pudeur, discrétion, obligent, on ne s’étale pas sur le sujet, on murmure, on ne clame pas car ces choses-là ne se crient pas sur les toits. L’amour d’après Berger-Gall constitue un sentiment et il ne s’agit pas d’en faire un Nègre via la chanson.

Magazine : Graffiti
Date : Juin 1987
Numéro : 31

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