La petite histoire du grand prix de l’Eurovision

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L’histoire du concours Eurovision est passionnante.

Pour s’en convaincre, il suffit d’en parcourir le palmarès depuis l’origine, il y a 38 ans.

Et si l’on pousse un peu plus loin la curiosité, les surprises sont nombreuses. car il y a ceux qui ont gagné, mais également ceux qui s’y sont cassé les dents, avec ou sans conséquence pour leur carrière. Auteurs, compositeurs, interprètes, les plus grands noms y ont pris part. A une époque, il est vrai, l’Eurovision était une carte de visite, un formidable outil de promotion à l’échelle du continent entier. Les années ont passé et l’institution a pris des rides. Si l’émission TV reste l’une des plus regardées de l’année, passés les lauriers du soir même le lauréat retombe dans l’anonymat presque instantanément. Et les compagnies de disques n’essaient même plus d’imposer l’artiste sur la mention Grand Prix Eurovision, autrefois fièrement exhibée et synonyme de grosses ventes. Avec l’arrivée massive des pays de l’Est, le concours change à partir de cette année. survivra-t-il à ce chamboulement, lui qui semble figé depuis ses origines. Les interrogations et les craintes sont nombreuses dans le microcosme des collectionneurs d’Eurovision. car !’Eurovision se collectionne ! Et le fanatique se donne beaucoup de mal pour compléter sa série. Dénicher la sélection finlandaise de 1966 ou la version italienne de la chanson anglaise de 1968 relève du tour de force! ce mois-ci, Juke Box Magazine remonte aux origines du concours et en retrace l’histoire jusqu’en 1965 : des prémices aux premiers véritables frissons; les lauréats, les autres, des anecdotes et l’inventaire des disques, plus ou moins rares, en pressages français uniquement.

1965 – France Gall à Naples

Pour sa dixième édition, le concours affiche un record de participation : 18 délégations se retrouvent le 20 mars 1965 dans la Sala Di Concerto de la RAI, à Naples. La soirée est animée par Renata Mauro et les interprètes ont pour toile de fond le fameux sigle étoilé de l’Eurovision. Ce dixième anniversaire marque un virage. La proportion de titres rythmés est plus grande. Le tout reste bon-chic bon-genre mais un nouveau courant se fait jour, exception faite de la Suède qui déconcerte tout le monde avec le baryton Ingvar Wixell. Sa chanson “Annorstades Vals” (10e), moitié en suédois, moitié en anglais, semble vraiment extraite d’un opéra. Les autres concurrents masculins misent sur le charme. Pour l’Italie, Bobby Solo, encore auréolé de son succès avec “Una Lacrima Sul Viso”, chante “Se Piangi, Se Ridi” (Festival FX 1429). Il termine 5e. Bobby en réalise une version française, “Si Tu Pleures, Si Tu Chantes” (Festival FX 1412). Pour la deuxième année consécutive, Udo Jürgens représente l’Autriche et persévère dans le slow chanté au piano, “Sag 1hr, lch Lass Sie Grüssen” (Vogue EPL 8341) se place 49. La persévérance d’Udo Jürgens est payante, puisque l’Autrichien triomphera l’année suivante avec cc Merci Chérie», de la même veine. La France a choisi un jeune espoir révélé à l’automne 1964 par “Si Tu N’Y Crois Pas”, Guy Mardel, qui a composé la musique de “N’Avoue Jamais” (DiscAZ 969), laissant à Françoise Dorin le soin d’en écrire les paroles. La chanson finit 3e et devient un tube immédiat dans l’hexagone, le plus marquant de la carrière de Guy Mardel, qui en enregistre des versions italienne (“Non Dire Mai”) et espagnoles (“amas, Jamas”). Parmi les autres francophones, Marjorie Noël représente Monaco avec “Va Dire A L’Amour” (Barclay 70772), un joli morceau, trop anodin toutefois pour faire mieux que 9e. Même commentaire pour le titre suisse, “Non A Jamais Sans Toi” (8e) par Yovanna, une chanteuse grecque ! La seule version de la Suisse parue en France est celle de Patricia Carli (Bel Air 211 327).

La sensation de la soirée, c’est bien sûr la prestation de la Luxembourgeoise de circonstance, France Gall. Avec ses cheveux blonds, son visage rond, ses yeux rieurs et ses 17 ans et demi, la jeune fille balaie en moins de trois minutes dix années de conformisme eurovisuel. Ecrit sur mesure par Serge Gainsbourg, “Poupée De Cire, Poupée De Son” (Philips 437 032, avec deux logos différents de l’Eurovision) possède un refrain et un couplet d’une même puissance. L’absence de temps mort et une orchestration cuivrée tranchent avec le violon, dont usent et abusent les autres titres en lice. En décernant à France Gall le Grand Prix, les jurys font peut-être également passer un message : assez de rengaines, du rythme ! “Le style pépée-poupée a battu la canzone/ta langoureuse ” titre France Soir. Pour la jeune idole, établie l’année précédente avec “Sacré Charlemagne”, c’est le début d’une carrière internationale menée tous azimuts. “Poupée De Cire, Poupée De Son” devient c”Das War Eine Schëne Party” en allemand et “lo Si, Tu No” en italien. Il en existe même une édition japonaise. Pour l’anecdote, on peut également s’enticher d’une version instrumentale façon ragtime, magistralement jouée par les Strapontins (Barclay 72653), et d’une autre par l’anglaise Twinkle (“A Lonely Singing Doll”, Decca 457 077) …

Dominique DUFFAUT

Magazine : Jukebox Magazine
Date : Avril 1994
Numéro : 80

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