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Je n’ai pas envie de me cacher si je peux connaitre à nouveau le bonheur

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L’article

Elle chante Michel Berger dans un disque émouvant et raconte sa vie avec ses enfants après un long exil aux Etats-Unis

France Gall : ” Maintenant, je vais bien … »

Jean-Luc Godard tourne en Suisse, près de chez lui, au bord du lac Léman, le premier clip de sa carrière. C’est à France Gall, et à la chanson de Michel Berger « Plus haut », qu’il a dit oui. « Plus haut », que France a choisi pour premier extrait et pour titre phare de son nouvel album, entièrement enregistré aux Etats-Unis, commence par ces mots : “Celui que j’aime est dans un monde plus haut”. Une émotion à fleur de peau, pareille à celle qui ressort de l’interview qu’elle a donnée à « Spécial Télé », à son retour des Etats¬Unis, où elle s’est exilée depuis plus d’un an.

D’abord parce qu’on ne vous a pas vue depuis longtemps, ensuite parce qu’on se souvient de vos graves ennuis de santé, comment vous portez-vous ?

Maintenant, je vais bien.

Votre retour est lié à la sortie d’un nouvel album consacré aux chansons de Michel Berger. En exergue du disque, vous écrivez : « J’allais pas lâcher comme ça, même s’il était mort ». Lâcher quoi ?

Sa musique, son œuvre. C’est le patrimoine qu’il nous a légué, à moi, à ses enfants et au public. Dans les chansons de Michel, je me sens chez moi.

Vous m’avez dit un jour, qu’après la mort de Michel, faire de la scène vous avait permis de renaître. Comment, depuis un an et demi, avez-vous pu vous en passer ?

Après la renaissance, il reste à vivre. Et ma vie n’est pas sur scène. Même si, face au public, l’amour est là, réconfortant, comme un résultat immédiat.

N’avez-vous pas eu peur que ce soit, pour vos enfants, une rupture de plus ?

Je ne serais jamais partie s’ils ne l’avaient pas souhaité. Mais ils le désiraient comme des fous. Raphaël voulait être américain et Pauline, bilingue ! On partageait tous les trois une envie de changer de paysage.

Et alors ? Ils sont revenus bilingues?

Raphaël, c’est moyen. Mais Pauline, tout à fait.

Et la solitude, vous ne la redoutiez pas ?

Nous sommes partis sans peur, sans se poser de questions. Nous sommes arrivés un jour de décembre dans cette grande maison vide qu’avait habitée Doris Day, et l’aventure a commencé. Je mentirais si je vous disais que le réveillon a été le plus heureux de notre vie. Nous ne connaissions personne. Nous nous retrouvions à l’autre bout du monde et nous trouvions les Américains aussi différents que des Chinois. On savait qu’il nous faudrait un temps d’adaptation. On se sentait protégés par notre volonté commune.

A Los Angeles, comment s’organisait l’existence ?

D’une façon très régulière. Beaucoup plus qu’ici, où c’est toujours un peu le chantier ! Là-bas, tout est programmé. Il y a peu de place pour l’inattendu. Toute la semaine, les enfants allaient au lycée français et moi, au studio. Huit heures par jour … comme au bureau ! Le week-end, on allait à Venice, au bord de la mer. On faisait notre petit sport : patins, basket. On déjeunait toujours dans le même restaurant, puis je me faisais masser le dos sur la plage devant tout le monde. C’était nouveau pour moi de vivre comme ça, en liberté, protégée par l’anonymat.

Vous aviez amené là-bas vos affaires, vos meubles ?

Des malles entières, oui. Je voulais apporter un peu de mon décor. Des tonnes de vêtements, notamment. Totalement inutiles d’ailleurs, car nous n’avons porté que ceux achetés sur place (rires). Pour les meubles, nous avons tout loué là-bas. Chacun s’est créé son univers. La chambre de Raphaël était toute noire, celle de Paulin toute blanche.

En juillet, comment avez-vous vécu votre retour en France?

Nous étions plutôt contents de rentrer mais, une fois arrivés nous avons trouvé que tout était un peu … petit. L’espace, les arbres les couleurs pastel, la végétation somptueuse, avaient disparu. Heureusement, les vacances nous ont permis de retrouver tout ça.

Dans votre maison du Midi où vous avez connu l’horreur arrivez-vous à y vivre sereinement?

J’aime cette maison. Elle une âme. Une vraie. Mais il faut avouer que je n’y ai pas encore passé un été réussi. C’est la saison bannie, celle du pire souvenir. J’attends avec impatience le premier été où je m’y sentirai bien.

Aujourd’hui, vous êtes amoureuse?

Seul le temps répondra cette question. Il y a trois ans et demi que Michel est parti. Je n’ai pas envie de me cacher si je peux avoir du bonheur avec quelqu’un mais il faut de la patience pour savoir si cette personne est devenu essentielle.

Comment vos enfants réagiraient-ils face à un nouvel amour ?

Chaque enfant réagit différemment. Surtout s’il s’agit d’un garçon et d’une fille. L’important, c’est d’être la plus heureuse possible pour les aimer le mieux possible. Et puis, un nouvel amour ne chasse pas le précédent. A 20, 30 ans, on aime pour construire. Plus tard, quand tout est déjà construit, on aime pour retrouver une certaine … légèreté, se reposer un peu et vivre sa vie de femme.

Aujourd’hui, France, comment voyez-vous votre futur ?

Je ne sais pas ce que je vais faire dans l’avenir et je m’en vante. J’ai appris que s’y projeter ne servait à rien et que la vie se moquai bien de mes projets. Alors, et cela me change un peu, je me contente de vivre dans le présent.

Trois ans et demi après le départ de Michel, outre ses chansons, que vous reste-t-il de lui?

Tout ce qu’il m’a donné. Notamment la force qui m’anime.

Propos recueillis par Alain Houstraete-Morel

Magazine : Spécial Télé (Belgique)
Date : Juin 1996
Numéro : 73

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