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Faire revivre les chansons de Michel Berger c’est merveilleux ! (Presse) Télé Poche

Depuis le 4 novembre, « Résiste », la comédie musicale imaginée par France Gall en hommage à Michel Berger, triomphe au Palais des Sports de Paris.

Une preuve, s’il en fallait, que la complicité de ce duo a survécu à la disparition du chanteur…

La salle est debout, comme celui qui jouait du piano … Ce soir encore, elle « résiste » à tue-tête devant la troupe de la comédie musicale imaginée par France Gall. Après une heure et demie d’un spectacle total, c’est le moment des rappels : Tennessee (Gwendal Marimoutou), coupe afro et salopette rouge, et Mandoline (Élodie Martelet), chemise rutilante sur tenue blanche, façon France Gall, s’avancent et mènent pour le plaisir la reprise de « Résiste », le tube que Michel Berger écrivit en quelques heures, à son piano magique, une nuit de 1981.

À cet instant-là, dans la douce euphorie de la foule, on imagine France Gall, en coulisses, transportée elle aussi, ne tenant pas en place comme à son habitude, souriant à ce nouveau bonheur partagé avec celui qui reste l’homme de sa vie. Peut-être se souvient-elle, qu’ici même, en 1982, dans ce Palais des Sports parisien, elle a triomphé avec les chansons de l’album « Tout pour la musique » qui venait de sortir. Parmi elles, « Résiste ».

« France traverse le miroir, butine au Pays des Merveilles. Rien n’est calibré, rien n’est agencé, seulement de la vivacité », écrivait à l’époque Patrice Delbourg, écrivain et chroniqueur, sous le charme de la petite pile électrique blonde. France Gall était alors au sommet, formant : un duo unique avec Michel Berger : elle l’inspire, il écrit, elle chante … Aujourd’hui, France ne chante plus – elle n’est jamais remontée sur scène depuis 2000 et son duo avec Johnny sur « Quelque chose de Tennessee » ! à l’Olympia – mais elle vibre toujours sur la rythmique irrésistible des mots et des mélodies de Michel. L’homme qui a transformé son existence, qui l’a apaisée. Depuis sa disparition brutale le 2 août 1992, France Gall n’a cessé de faire vivre son amour, son souvenir et sa musique au fil de compilations, d’intégrales et d’ouvrages. Et un beau jour, à Londres, devant la troupe du musical d’ABBA, « Mamma Mia », c’est le déclic : elle veut rendre hommage à Michel en écrivant une comédie musicale. Un défi et un comble : Berger n’aimait ni les hommages ni les comédies musicales, préférant le « tout pour la musique » de ses opéras rock (« Starmania » et « La Légende de Jimmy »). Mais « le petit caporal », comme la surnommait affectueusement son père (Robert Gall, auteur et chanteur, ndlr), résiste ! Laisse parler son cœur qui insiste et, le 2 août 2012, annonce son projet : « Construire une histoire en se servant des chansons de Michel et des miennes, c’est merveilleux. »

De « Quelques mots d’amour » à « La groupie du pianiste », la troupe et ses neuf personnages principaux interprètent vingt-cinq tubes signés Berger. Des chansons qui résistent, comme France, au temps qui passe, aux modes qui s’évanouissent, à la nostalgie, aux souffrances intimes. Même les inédits de Berger-il en reste encore plusieurs, comme l’a confirmé la chanteuse-parviennent à toucher juste, des années plus tard. Ainsi « Un dimanche au bord de l’eau », enregistré au début des années 1980, mais jamais diffusé depuis, ponctue joliment le spectacle, dans sa version chantée par Michel Berger, accompagnée par les chœurs, enregistrés tout spécialement par sa muse.

La force de l’exemple pour les jeunes chanteurs et danseurs de la comédie musicale. Jamais peut-être avant « Résiste », France Gall n’avait saisi les rênes avec autant de force et de certitudes pour inspirer les autres. Une fois l’histoire de Maggie, poupée de son de la discothèque Lola’s, écrite avec son compagnon Bruck Dawit – depuis son père au milieu des années 1960, elle a toujours travaillé avec les hommes qu’elle aime -, « Babou » a supervisé, conseillé, coaché. « Michel a inventé une rythmique, un balancement dans les mots, la phrase qu’il faut savoir prendre. »

Et pas question pour Léa Deleau (Maggie) et ses camarades de se cacher. Sur scène, France marchait de part en part, sautait, riait, balançait la tête, habitait ses tubes, menait une sorte de « combat », comme elle dit. Sa troupe fait de même. Thierry Suc, le producteur de « Résiste », chorégraphié, excusez du peu, par Marion Motin (Stromae) et mis en scène par Ladislas Chollat (« Momo », avec Muriel Robin au Théâtre de Paris) résume l’engagement de France Gall ainsi : « Elle vit ce spectacle comme si elle jouait dedans.»

« Bats-toi, signe et persiste »: France n’a pas oublié les paroles de son tube. Ses fans non plus. Après deux mois de succès à Paris, la comédie musicale va partir en tournée à partir du 8 janvier avant de revenir au Palais des Sports, pour un mois, en juin. France, elle, va en profiter pour retrouver son Afrique chérie et l’île de N’Gor, à quelques encablures de Dakar, au Sénégal, où l’attendent sa maison et son restaurant de plage. Allongée face à l’Atlantique, elle repensera peut-être à cette soirée du 17 novembre. Quatre jours après les attentats qui ont frappé Paris, « Résiste » reprenait, et n’avait jamais si bien porté son titre. À l’issue d’une représentation inoubliable, elle rejoignit sa troupe et, au bord des larmes, lança à la foule à l’unisson : « Merci d’être avec nous ce soir, je vous aime ! On a voulu nous enlever ces moments de bonheur, et bien, c’est raté ! Parce que ce soir, on a résisté tous ensemble. » Arpentant quelques minutes la scène comme aux plus beaux jours, France Gall leva alors un poing frondeur.

Il nous disait : « Résiste, cherche ton bonheur partout, va, refuse ce monde égoïste … »

Magazine : Télé Poche
Par Olivier Cabrera
Date : 21 décembre 2015
Numéro : 2602

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