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France Gall “super french star”

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Près de six mois après son triomphe au Zénith où elle a fait le plein tous les soirs pendant cinq semaines.

France, l’étoile de Berger est vraiment devenue la star de tous.

Ses disques se vendent comme des petits pains aussi bien aux petits qu’aux très grands. Il faut dire que si les amoureux de “Poupée de cire” ont pris de l’âge, leurs enfants ont toutes les raisons de craquer pour la “Poupée” des sons superbes et efficaces qu’on attend dans “Hong-Kong Star” ou “Débranche”. Cool a fait le point avec elle.

Avec le recul, qu’est ce qui t’es resté du Zénith ?

Je tiens tout d’abord à dire qu’il est merveilleux et fantastique que cette salle existe et qu’il y a bien longtemps que tout le monde l’attendait. Cela vaut aussi pour Bercy pour des concerts plus importants, mais moi je ne me sentirais pas capable d’y passer. Je ne supporterai pas que mon public m’aperçoive comme un petit point sur la scène … ce qui est arrivé quand je suis allé au concert de Phil Collins. Au Zénith c’était parfait. Ce fut pour moi une re-découverte de la scène et aussi des … coulisses car s’il est un endroit dont on parle rarement dans un concert ou plutôt dans l’après et l’avant concert, ce sont les loges. Et celles du Zénith sont très spacieuses et très agréables. Quand on est une équipe nombreuse, il est important que tout le monde puisse circuler sans se bousculer pendant les changements et ensuite se reposer et décompresser dans un endroit agréable.

Sur scène, tu ne t’extériorise pas tellement, on a l’impression que tu restes un peu froide à l’accueil du public ?

C’est ce qu’on me dit souvent, pourtant c’est absolument faux. Peut-être pense-t-on ça, parce-que j’ai horreur de parler sur scène, bien que je crève d’envie de dire aux gens que je les’ aime. Je ne le fais pas car je trouve ça démagos, d’où mon mutisme. A la dernière j’étais tellement émue de voir que j’allais les quitter et ne plus les revoir jusqu’au prochain spectacle, que je hoquetais… une incroyable envie de pleurer. Il est vraiment impossible pour un artiste de rester insensible à un public qui vient l’écouter, connait ses chansons par coeur, l’acclame et attend tellement de lui !

Ce public compte beaucoup pour toi ?

C’est presque une obsession chronique. Je me rends compte à la fin de mes concerts qu’il me manque énormément surtout quand je me retrouve après toute seule dans ma salle de bains.

Si le public te manque autant, pourquoi, malgré le succès as-tu voulu décrocher?

Parce que pour être heureuse, il faut que ce succès sanctionne ce qu’on aime. Tu fais allusion à une époque où les chansons qu’on me proposait ne me correspondaient pas. Je ressentais un vide, je ne me sentais pas concernée par ma carrière et je préférais aller vivre à la campagne avec mes bêtes. Tu sais, pendant les cinq années passées à chanter du Gainsbourg, je n’ai vu Serge que pour: lui dire au revoir et bonjour. Je ne l’ai jamais vraiment connu. Mon producteur décidait tout. En, cinq minutes, on réglait la tonalité du morceau et je n’avais plus qu’à enregistrer ma voix, une fois la bande musique terminée. Pas très motivant !

Qu’est ce qui t’a fait changer d’avis ?

Sans doute l’amour du métier qui, avant de partir, m’a poussée à me produire moi-même. Et puis bien sûr et surtout le fait que cette “ultime” production m’a fait rencontrer non seulement Michel Berger mais aussi sa superbe chanson “Ma Déclaration”. Et c’est là que tout a commencé vraiment !

Un titre symbolique pour une collaboration idéale sur tous les plans … c’est ce qu’on appelle un miracle ?

Peut-être. Mais alors un miracle c’est tout simple. Il suffit de rencontrer quelqu’un qui soit à ton écoute, qui comprenne ce que tu as envie d’exprimer, qui devine ce que tu ressens. J’avais des manques, Michel les a comblés car nous avons la même sensibilité. Et puis j’aime réellement ses musiques et ses textes autant que je l’aime. Dans ses chansons, il parle du quotidien sans niaiserie, en valorisant l’essentiel… c’est ce qui me touche.

Participes-tu a l’élaboration de tes disques? .

Oui, car de plus en plus j’apprends ce métier. Je n’ai pas la plume d’un auteur mais je suggère des idées, des thèmes et Michel les traduit avec son langage. Par exemple pour Diego, je lui avais demandé un texte sur les injustices dans le monde, les enfants qui meurent de faim. En fait, j’aiguille sa sensibilité sur des sujets où je me sens concernée.

Te permets-tu de dire à Michel “non, cette chanson ne me plait pas” ?

Tout à fait : Soyons francs, ça m’arrive une fois sur vingt, mais je lui donne mon avis sur un couplet ou un refrain, qu’il faudrait changer, un mot ou une phrase. Et puis, de faire des critiques sur son travail ça lui évite d’être paresseux et de ne pas se renouveler !

S’il n’y avait pas eu cette seule et unique personne qui écrive pour toi, qui d’autre ?

Je ne vois pas. J’ai de l’admiration pour beaucoup de compositeurs comme Randy Newman, Balavoine, Michel Jonasz mais je ne m’imagine pas du tout en train de chanter (et elle me le fredonne) “Je voulais te dire que je t’attends”.

Michel va produire le prochain album de Johnny Hallyday (paroles et musique). Est-ce une première trahison ?

Pas du tout, si Michel l’avait fait pour une jeune chanteuse, peut-être que cela aurait été difficile à accepter car il a sa patte, son style qui font que cela aurait pu être la mort de la carrière de l’une ou de l’autre. Mais pour en revenir à Johnny, c’est quelqu’un de très différent de lui. Michel s’investit en ce moment, totalement dans cet album. Pour lui, il va habiller de neuf le mythe Johnny et c’est une grande entreprise. D’ailleurs Michel a même repoussé son concert qu’il devait donner au Zénith en octobre. Je ne t’en dirai pas plus là-dessus car actuellement ils sont en studio et ni Nathalie Baye, ni moi-même n’allons les espionner.

Justement puisque nous parlons de Johnny, voilà une star du disque qui va jouer à l’écran notamment le dernier Godard. Est-ce que cela ne t’aurai pas tentée?

Ça ne me branche pas vraiment. Peut-être parce-que je pense être une lamentable comédienne. Ne parlons pas de rôle de composition. Mais d’un rôle de femme-enfant, ou de marrante. Pourquoi pas ? (elle réfléchit un instant) Oui, peut-être alors avec l’équipe du Splendid, ils sont branchés côté humour, et puis il y a Elie Chouraqui, j’ai vraiment bien aimé ses deux films. Un metteur en scène (ça y est la voilà partie) qui m’a beaucoup plu aussi Eric Rohmer dans “Les nuits de la pleine lune”.

Les preuves d’amour du public, tu t’en rends vraiment compte dans le courrier. Est-ce que tu en reçois beaucoup ?

Oh! là! là ! Ne m’en parle pas : je croule sous les lettres et j’ai beaucoup de retard. Je n’arrive pas à répondre à plus de dix lettres par jour. Et puis il y a des lettres très touchantes qui me prennent plus de temps que d’autres mais … malheureusement mon emploi du temps ne me permet pas d’en écrire plus.

Qu’est-ce qu’on te raconte dans ce courrier ?

En général ce sont les 17-18 qui m’écrivent. Ils me parlent de leur vie, de leurs problèmes, ils me considèrent un peu comme la grande sœur ou l’amie qu’ils n’ont pas et j’ai droit aux confidences les plus secrètes c’est-à-dire celles qu’on ne fait pas aux parents.

Notre France au Canada, belle la formule non ! Est-ce que tes succès franchissent enfin les frontières ?

Oui, ça commence par les pays francophones et notamment Montréal, un concert unique le 15 avril et tout ça suite à “Débranche” bien placé dans tous leurs hits !

Bon voyage France et reviens-nous vite !

Magazine : Numéros 1
Date : Septembre 1985
Numéro : 30

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