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France Gall, une muse française

Enfant de la balle, France Gall a été une interprète majeure de la chanson française.

Dans les années 1960, elle triomphe avec les chansons de Serge Gainsbourg. À partir de 1974, elle devient l’inspiratrice de Michel Berger, auquel elle n’a jamais manqué de rendre hommage.

Elle s’est éteinte hier à l’âge de 70 ans.

« France Gall a rejoint le paradis blanc le 7 janvier, après avoir défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer. » C’est par ces mots, transmis à nos confrères de l’AFP par sa chargée de communication Geneviève Salama, que l’on a appris la disparition de la chanteuse, dimanche dans la matinée. France Gall avait été admise à l’hôpital américain de Neuilly avant les fêtes de Noël pour une infection sévère. Son absence lors des obsèques de son ami Johnny Hallyday, au côté duquel elle était apparue une dernière fois sur scène en 2000, avait suscité l’inquiétude. Après avoir été une des chanteuses françaises les plus populaires de son époque, France Gall aura passé les vingt dernières années de sa vie dans la plus grande discrétion. Ayant vécu par et pour la musique, cette femme refusera d’apparaître au cinéma ou d’écrire son autobiographie. « Qu’il reste quelque chose de moi m ‘indiffère », déclarait-elle avec modestie.

Pourtant, ses tubes ont accompagné la vie des Français pendant au moins deux séquences : le milieu des années 1960, puis l’ensemble des années 1980. Simple interprète, elle se sera mise au service d’autres, auteurs et compositeurs. Les plus marquants resteront Serge Gainsbourg et, surtout, Michel Berger, auprès duquel elle construira non seulement un répertoire, mais aussi une famille.

Née Isabelle Gall dans le 12e arrondissement de Paris le 9 octobre 1947, elle avait passé son enfance dans un foyer très marqué par la chanson. Son père, Robert, chanteur lui-même, avait signé des textes à succès pour Edith Piaf (Les Amants merveilleux) ou Charles Aznavour (La Mamma). Sa mère, Cécile Berthier, était quant à elle la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la croix de bois. Piano à 5 ans, guitare à 11, elle aura toujours été encouragée par son père à pratiquer la musique. Celui-ci lui fait sécher l’école les lendemains de première de Piaf, Aznavour ou Bécaud. À la maison, elle fréquente les artistes croisés dans les coulisses de L’Olympia Hugues Aufray, Marie Laforêt ou Claude Nougaro. Dès l’adolescence, avec ses deux petits frères (les jumeaux Patrice et Philippe), elle forme un premier orchestre. Son caractère buté lui vaut le surnom de « Petit Caporal ».

C’est l’année de ses 16 ans, en 1963, qu’elle est signée chez Philips, après une audition au Théâtre des Champs-Élysées organisée par Denis Bourgeois, un ami de la famille. À peine sous contrat, on lui suggère de changer de prénom pour ne pas subir la concurrence d’une autre jeune chanteuse, Isabelle Aubret. Ses premières chansons sont enregistrées avec Alain Goraguer, compositeur et arrangeur proche de Vian et Gainsbourg. C’est le jour même de ses 16 ans que la chanson Ne sois pas si bête est diffusée pour la première fois à la radio. Son directeur artistique la présente à un de ses poulains : Serge Gainsbourg. Chanteur à l’insuccès chronique malgré un talent indiscutable, ce dernier lui écrit ses premiers tubes : N’écoute pas les idoles et Laisse tomber les filles, en 1964. Mais c’est l’année suivante qu’elle triomphe avec Poupée de cire, poupée de son, qui lui vaut le grand prix de l’Eurovision.

Contrairement aux chanteurs de la vague yé-yé, France Gall défendra toujours un répertoire original, et non des adaptations de succès anglosaxons. Gainsbourg s’amuse à confectionner à cette femme enfant une image de Lolita plus sexuée, jusqu’à l’excès : Les Sucettes, en 1966, un texte dont elle avouera des années plus tard n’avoir pas saisi le double sens pendant longtemps ! À la ville, elle est la fiancée de Claude François. Leur relation orageuse dure – avec des interruptions – de 1964 à 1967. En guise de rupture, il écrit Comme d’habitude, futur standard international.

Après les années Philips et Gainsbourg, France Gall entame une traversée du désert qui durera jusqu’au milieu des années 1970. Des auteurs de la trempe de Jacques Lanzmann ou Étienne Roda-Gil sont convoqués pour lui écrire des chansons qui demeurent confidentielles. En 1972, Gainsbourg est rappelé, mais les deux singles qu’il lui offre, Frankenstein et Les Petits Ballons, ne brillent ni pour leur qualité ni pour leur audience.

C’est en entendant la chanson Attends-moi à la radio, un jour de 1973, qu’elle a le coup de foudre pour Michel Berger. Avec La Déclaration d’amour, celui-ci relance sa carrière en beauté l’année suivante. Avec cet auteur-compositeur surdoué, qui vient de lancer la carrière de son grand amour, Véronique Sanson, elle opère un retour au premier plan. France Gall devient une des plus grandes stars de la scène française, à grands coups de singles à succès et de spectacles marquants.

Son premier album sort l’année de son mariage avec son nouveau Pygmalion, et son retour sur scène (au Théâtre des Champs-Élysées) précède de quelques mois la naissance de leur premier enfant, Pauline Isabelle, en 1978. En 1979, elle participe à la première mouture de la triomphale comédie musicale Starmania, écrite par Luc Plamondon et composée par Michel Berger, qui reste un mois à l’affiche du Palais des congrès.

Les années 1980 la voient se consacrer à des projets humanitaires, notamment Action Écoles, auprès de Daniel Balavoine, tout en enregistrant des albums aussi populaires que Paris, France ou Débranche. Palais des sports, Zénith, Bercy : elle remplit les plus grandes salles parisiennes avec des shows ambitieux et modernes. Raphaël Michel, né en 1981, agrandit le clan Berger, qui apparaît comme une des familles les plus soudées du show-business. Ce bonheur volera en éclat avec la mort accidentelle de Michel Berger, qui succombe à une crise cardiaque au cours de l’été 1992. Ensemble, Berger et Gall venaient d’enregistrer leur premier album à deux voix, Double jeu, qui aurait dû être suivi d’un spectacle en commun.

En avril 1993, la chanteuse est opérée avec succès d’un cancer du sein avant de monter sur la scène de Bercy afin de défendre le répertoire de l’homme de sa vie, auquel elle ne manquera jamais de rendre hommage. C’est encore le cas à Pleyel en 1994 et à L’Olympia en 1996. Cette même année, elle enregistre, avec des musiciens américains – notamment des accompagnateurs de Prince – , un album de chansons de son mentor, sur des arrangements très soul et funk.

La mort prématurée de leur fille Pauline, qui succombe à une mucoviscidose à l’âge de 19 ans, lui fait abandonner son métier de chanteuse définitivement. Elle refait sa vie avec l’Américain Bruck Dawit, ingénieur du son, compositeur, arrangeur et producteur, passe six mois par an au Sénégal, où elle s’est fait construire une maison. Avec lui, elle écrira le spectacle Résiste, évocation réussie du répertoire qu’elle avait constitué avec Michel Berger. À la première parisienne, le 4 novembre 2015, elle apparaît sur scène lors des rappels, émue et fière du succès recueilli par cet hommage à l’homme auquel elle devait tant.

Réactions du monde de la culture et de la politique

Julien Clerc / France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi.

Emmanuel Macron / France Gall a traversé le temps grâce à sa sincérité et sa générosité. Elle laisse des chansons connues de tous les Français et l’exemple d’une vie tournée vers les autres, ceux qu’elle aimait et ceux qu’elle aidait.

Pierre Lescure / J’avais beau savoir que France était affaiblie ces temps derniers, je pleure comme un môme. Parce que France Gall avait de la grâce, une des plus grandes et belles voix de France.

Jane Birkin / France était très proche de ma fille Kate qui l’aimait tant. À sa mort, elle a été tout près de nous. Elle était surprenante, candide, mystérieuse.

Françoise Nyssen / Icône de la chanson française, intemporelle, France Gall n’appartenait pas à une génération : elle a su s’adresser à toutes. Elle a affronté des combats personnels en donnant tout pour la musique. Elle nous quitte mais évidemment on dansera encore sur des accords qu’on aime tant.

Stéphane Bern / Tristesse et émotion alors qu’un nouveau deuil nous frappe tous avec la disparition de France Gall. Notre jeunesse s’envole avec elle mais sa voix et ses chansons rendront son souvenir toujours présent.

Fabienne Thibeault / Triste façon d’entrer dans les 40 ans de Starmania, après Johnny la série noire continue.

Hugues Aufray / Elle chantait avec une petite voix très juste. Elle était très simple, charmante, pas du tout « star ».

Lara Fabian / Elle avait ce tout petit supplément d’âme, cet indéfinissable charme, cette petite flamme.

Nicolas Sarkozy / C’est tout autant l’artiste merveilleuse et talentueuse que la personnalité engagée, passionnée, entière que j’aimais chez France Gall. Ses mots et ses mélodies resteront à jamais dans nos cœurs. Pensées pour les siens.

Tatiana de Rosnay / Je me souviens, j’étais le souffle de vent le matin, et le sable et la terre et leur parfum, et le bruit du soleil qui connaît son chemin et j’étais bien.

Gérard Larcher / Elle incarne une génération. Des souvenirs du lycéen avec Poupée de cire, Poupée de son. Et puis un moment assez étonnant qui est cette rencontre avec Michel Berger et La Groupie du pianiste. Tout ça nous marque et ça reste une référence transgénérationnelle.

Xavier Bertrand / Juste deux ou trois mots d’amour, hommage à celle que la France a tant aimée, à cette voix unique qui a marqué la chanson française.

Christophe Castaner / Ils ont de la chance les anges, ils viennent d’être rejoints par une étoile. S’ils pouvaient lui dire « quelques mots d’amour » de ma part, ce serait chouette. Au revoir.

Anne Hidalgo / C’était une artiste et une femme exceptionnelle qui a marqué la chanson française. Une femme d’une grande douceur et d’un très grand courage. Mes pensées vont à son fils, à sa famille et à ses proches.

Amir / Ton cœur reste gravé dans tes chansons … pour l’éternité. Adieu poupée de cire.

Clémentine Autain / Ses chansons m’ont accompagnée, comme tant d’entre nous, depuis mon enfance … Un refrain : Cherche le bonheur partout, va, refuse ce monde égoïste …

Marlène Schiappa / Je t’envoie comme d’un papillon à une étoile … quelques mots d’amour.

Merci à Élisabeth.

Magazine : Le Figaro
Date : 8 janvier 2018
Numéro : 22 832

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