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France Gall (Presse)

L’article retranscrit

En 1963, j’ai 14 ans, élève médiocre je maudis chaque jour ce Sacré Charlemagne qui un jour, inventa l’école.

Leçons de français, de mathématiques, l’enseignement dispensé au lycée Jean Puy de Roanne ne suscite guère mon intérêt qui batifole et s’égare sur des sentiers bien éloignés du célèbre théorème de Pythagore ou de formules algébriques rébarbatives.

Une adolescence quelconque guidée par la musique diffusée chaque fin d’après-midi par l’Oncle Dan dans notre émission fétiche « Salut Les Copains ». Johnny, Eddy, Dick, Sylvie, bien entendu, dont je conserve, tel un trophée, la précieuse dédicace offerte lors d’un récent passage au célèbre Palais des Fêtes de Roanne, situé à quelques encablures de la gare et du réputé restaurant étoilé Troisgros.

Un élan du cœur nuancé dès le 9 octobre 63, date où l’auditeur attentif découvre “Ne Sois Pas Si Bête” par une jeune interprète nommée France Gall, dont le patronyme n’est pas sans évoquer une rencontre sportive réputée. Une future “révélation” dont je m’empresse d’acquérir le disque Au Petit Mozart, Place du Maréchal Foch à Roanne.

“Elle a 16 ans, elle aime le jazz, les slows un peu tristes, le rythme des twisteurs américains … Elle chante depuis toujours pour son plaisir en s’accompagnant au piano ou à la guitare et prépare son premier disque depuis un an … “

Une invitation décidément séduisante pour découvrir le riche univers musical de cette nouvelle artiste qui s’illustra dès l’été 1961, à l’issue d’un concert de Vince Taylor, dans un club de l’île de Noirmoutier, La Potinière, en remportant un premier prix de danse en se trémoussant frénétiquement sur des rocks endiablés.

Un trophée peu goûté par ses parents qui découvrent, deux jours plus tard, sur le journal local la rayonnante jeune fille nantie d’une coupe en métal brillant ! Comme aimantée par la musique, on la retrouve également quelques mois plus tard au sein d’un groupe éphémère (constitué de ses frères jumeaux et de ses cousins), les Atlas, dans lequel elle défend avec brio et conviction les succès à la mode en prévision d’éventuelles prestations dans des surboums ou, pourquoi pas, sur les plages durant la saison estivale.

Un éveil artistique décidément précoce sans doute favorisé par sa famille qui lui enseigne dès son plus jeune âge les rudiments de la musique. Une discipline essentielle pour la famille Gall comme l’atteste le parcours atypique de son père, Robert Gall, tour à tour chanteur lyrique puis de variétés avant de se consacrer à l’écriture en troussant d’habiles couplets pour Magali Noël, Annie Cordy, Félix Marten, Edith Piaf, Hugues Aufray, Marie Laforêt sans oublier “La Mamma” pour Charles Aznavour, en 1963, qui lui apporte une évidente notoriété.

Volontiers fantasque, amateur des derniers gadgets à la mode qui apparaissent sur le marché, il semble alors noyer son inquiétude chronique dans des plaisirs frivoles tout en nouant une évidente complicité avec sa fille qu’il entraîne volontiers dans des sorties nocturnes au détriment d’une scolarité plus en accord avec son jeune âge. Plus discrète, sa mère, Cécile Berthier, est la fille de Paul Berthier, cofondateur de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Virtuose du violoncelle, elle semble pallier l’absence de son mari dont l’inspiration insouciante et colorée favorise néanmoins de nombreux cachets dans divers cabarets parisiens sous l’œil amusé de la fillette délurée qui découvre prématurément les coulisses du Paris By Night.

Isabelle : un “bébé d’amour”

Que retenir de cet automne 1947 où l’on écoute à la radio Patrice et Mario, Charles Trenet, Edith Piaf, Georges Ulmer ou encore Bourvil avec le souriant “A Bicyclette”.

Un automne clément où l’on relève des records de températures relatés dans la presse quotidienne soucieuse de suppléer à une actualité décidément très discrète qui ne s’attarde pas, le jeudi 9 octobre, à la naissance avenue du Général Bizot à Paris, d’un futur “bébé d’amour”, enregistré à l’état-civil sous le nom de Isabelle, Marie, Anne, Gall. Un évènement qui comble la famille Gall après la naissance de jumeaux Patrice et Philippe en mai 1946. Une fillette très éveillée qui étudie dès l’âge de cinq ans le piano tout en s’adonnant avec ses frères à son sport favori : le football. Une véritable passion pour Isabelle consacrée meilleure joueuse de son lycée.

Scolarisée au lycée Paul Valéry elle se montre volontiers dissipée et peu concernée par les études qu’elle abandonne finalement en novembre 1963. Une décision sans doute encouragée par son père qui semble percevoir, au fil de leurs sorties nocturnes, un élan artistique en gestation confirmé durant les vacances de Pâques où elle enregistre au studio des Champs-Élysées : “Parce Que Tu Sais”, “Il A Le Truc”, “Donne Tes Seize Ans” et “Ne Boude Pas” d’après “Take Five” de Dave Brubeck.

Une maquette réussie qui retient toute l’attention de Denis Bourgeois, fondateur des Éditions Musicales Bagatelle et directeur artistique chez Philips qui, sous la houlette de Jacques Canetti, a signé Serge Gainsbourg en 1958.

Une audition chez Philips est finalement retenue pour le jeudi 11 juillet 63, au studio des Champs-Élysées. Isabelle y défend avec conviction trois titres issus de sa maquette étoffés de “Pardonne-Moi De Vivre” (demeuré inédit) et “J’Entends Cette Musique”, un adagio composé en 1945 mais publié en 1958 par Remo Giazotto, attribué à tort à Tomaso Albinoni. Un titre parolé par Robert Gall dont on peut apprécier le texte limpide d’une pureté absolue.

Accompagnée par Alain Goraguer (piano), Léo Petit (guitare), Christian Garros (batterie) et Pierre Michelot (contrebasse), elle semble prendre confiance au fil des morceaux et place sa voix encore fragile “qui révèle un sens inné du rythme et un swing naturel”.

Contrat en poche, notre future Lolita, que n’aurait pas reniée Vladimir Nabokov, peut enfin poursuivre ses vacances à Noirmoutier avant de rejoindre début septembre les studios pour enregistrer son disque.

Première désillusion, son prénom Isabelle est en concurrence directe avec une vedette du label Philips, Isabelle Aubret, dont le succès n’est plus à démontrer.

Après bien des discussions, le nom de France Gall est finalement retenu, au grand dam de cette dernière, en clin d’œil au célèbre match de rugby qui oppose chaque année les deux pays dans le cadre du Tournoi des Cinq Nations.

Une rencontre remportée en 1963 par la France au stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes.

Le titre Ne sois pas si bête est une adaptation par Pierre Delanoë du titre Stand a Little Closer interprétée plus tôt en 1963 par The Laurie Sisters.

Ne sois pas si bête

Orné d’un superbe visuel signé Jacques Aubert, c’est en novembre que l’on découvre le premier opus de France Gall, encore brune, avec en titre phare l’adaptation de “Stand A Little Closer” des Lauries Sisters, devenu sous la plume de Pierre Delanoë : “Ne Sois Pas Si Bête”.

Un titre qui traduit avec pertinence l’éveil sentimental des adolescentes. “Ça Va Je T’Aime” (paroles françaises de Claude Carrère et André Salvet), “J’Entends Cette Musique” (Robert Gall/Jacques Datin) et “Pense A Moi” (R. Gall/J. Datin) calqué sur “Take Five” de Dave Brubeck, complètent ce 45 tours orchestré par Alain Goraguer et produit par Denis Bourgeois, qui se hisse fin novembre à la 44e place du hit-parade de l’incontournable Salut Les Copains.

Un essai réussi comme le relate avec ferveur Le Progrès de Lyon en décembre : “une vraie jeune fille, rieuse, insouciante, sans problème et vivant chez ses parents, telle est France Gall dont on espère faire une vedette de la chanson, bien qu’elle n’ait encore que seize ans. Son père Robert Gall est aussi l’auteur de “La Mamma” ; immédiatement séduit par la voix de sa fille, dont le registre est très étendu, il lui écrivit deux chansons. Pour l’une d’elle, France avait une idée : faire mettre des paroles sur le fameux adagio d’Albinoni, devenu grâce à Robert Gall “J’Entends Cette Musique”.

Cet adagio 64 correspond précisément au caractère d’interprète de France Gall dont la voix et le style témoignent d’un moderne romantisme, frais et tendre.

Pour France la chanson est encore un jeu passionnant mais la musique sous toutes ses formes : classique, moderne, jazz l’a toujours passionnée, “surtout le jazz, dit-elle, car avec mes deux frères jumeaux qui jouent de la guitare on joue ensemble, on chante, on danse mais aussi nous jouons au football. Quand je suis seule, je lis les romans de la Comtesse de Ségur ou je m’amuse avec mon petit chat car j’adore les animaux.”

Grâce à son père, aux amis musiciens de la famille, dont le jazzman Alain Goraguer auteur des arrangements, et aux meilleurs techniciens de prise de son, ce premier disque, particulièrement soigné, atteint une qualité technique et artistique rarement accordée à une débutante !

Une débutante que les téléspectateurs découvrent enfin le lundi 10 février 1964 dans l’émission de Jean-Christophe Averty : “Les Raisins Verts”. Une émission souvent décriée mais appréciée pour les prouesses techniques de sa réalisation futuriste.

N’écoute pas les idoles

En mars 1964 est commercialisé le second 45 tours de France Gall proposé sous deux pochettes avec “Ne Dis Pas Aux Copains” (Maurice Tézé/Guy Magenta), “Les Rubans Et La Fleur” (Robert Gall/André Popp), “Si J’Étais Garçon” (Pierre Cour/Jean Claudric) et en titre principal “N’Écoute Pas Les Idoles” signé par Serge Gainsbourg. Un hit fédérateur qui flirte très rapidement avec le succès peu après une nouvelle incursion télévisée, le 12 mars, dans” Top A Jean-Pierre Cassel”, concocté par les ingénieux Maritie et Gilbert Carpentier.

Une émission qui lui ouvre les portes de la presse nationale à l’image de Paris Match consacrant dans son édition du 21 mars un article enthousiaste à la jeune chanteuse :

“Gardons-nous du néopaganisme, mes bien chers frères, gardons-nous de l’idolâtrie. Suivons plutôt l’exemple de cette jeune fille que vous avez vue à la télévision. Elle a seize ans, elle est chanteuse, la providence l’a placée sur un piédestal, d’où elle eût pu, comme tant d’autres, célébrer à l’envi les louanges de Satan. Au lieu de cela, elle a choisi de chanter la vertu et la simplicité. “N’Écoute Pas Les Idoles”, tel est le titre de sa récente chanson à succès. Telle est France Gall, “l’idole-anti” au seuil de sa carrière. Le papa a écrit “La Mamma”, le grand-père a lancé les Petits Chanteurs A la Croix de Bois … toute une famille veille désormais sur la petite dernière dont la voix acidulée nourrit tous les espoirs face à ses concurrentes.” Plus nuancés, ses débuts sur scène, où elle est accompagnée par Patrick Samson et les Phéniciens, se déroulent à l’Ancienne Belgique de Bruxelles, le vendredi 10 avril, en lever de rideau de Sacha Distel.

Une brève prestation qui révèle quelques faiblesses et maladresses, d’où sifflets et quolibets de la part du public acquis de Monsieur “Scoubidou”.

“La première fois que j’ai chanté sur scène, à L’Ancienne Belgique je chantais faux, j’avais trois titres, j’ai tout chanté faux ! J’avais un trac épouvantable que j’ai par la suite appris à gérer, à dominer mais cette série de galas a été une rude épreuve malgré la gentillesse de Sacha Distel qui m’encourageait à poursuivre” confiait-elle en mars 2015 à Christophe Giltay sur RTL.

Un revers vite oublié avec la parution en mai d’un nouvel EP d’inspiration plus jazzy comme le démontre “Jazz A Gogo” signé Robert Gall/ Alain Goraguer. Une réussite selon le magazine des mélomanes Diapason “avec une incursion dans un domaine plus sérieux où elle va puiser ses notes dans des aigus insoupçonnés” tout en évoquant par ailleurs “l’entrain communicatif de son jeune répertoire composé d’agréables mélodies dans le vent : “Mes Premières Vraies Vacances” (Maurice Vidalin/Jacques Datin), “Soyons Sages” (R. Gall/G. Magenta) et “La Cloche” (adapté par A. Salvet) qui bénéficie d’un scopitone coloré réalisé par Jean-Marie Isnard, mettant en valeur sa douce frimousse juvénile.

Le gala de Couhé

A la Une du magazine Salut Les Copains en juillet portant un tee-shirt à l’effigie de son signe astrologique, la jeune notoriété de France Gall semble peu à peu s’épanouir, le dimanche 5 juillet, avec le gala de la CGT, à Montreuil, où elle côtoie Lucky Blondo, Danyel Gérard, Eddy Mitchell et les Fantômes. Une brève prestation avant de figurer en tête d’affiche le dimanche 9 août 1964 au grand Meeting aérien de Couhé qui propose de très nombreuses attractions et un grand gala de variétés.

Située au sud-ouest du département de la Vienne, cette charmante cité féodale compte alors 1948 habitants heureux d’assister à cette grande fête aérienne organisée par l’union des commerçants et artisans dont le dynamique Jean-Pierre Lemasson qui se souvient avec nostalgie du déroulement de ces festivités.

“Accompagnée de ses parents et de ses frères qui géraient l’installation du matériel, France Gall portait une légère robe blanche évasée et accepta volontiers de se soumettre à quelques photos à proximité de l’Hôtel du Château de Couhé. Une jeune fille toute simple et très abordable qui avait la lourde tâche de terminer le gala de variétés où se succédaient Joël Holmès, Jacques Courtois et sa marionnette Omer, Jean Valton, Michelle Sarna et Pierre Wells.

Soutenue par les Gimmics (Patrick Samson), elle était très à l’aise sur scène mais impressionnée par le public, estimé à environ 500 personnes, qui lui réserva de chaleureux applaudissements.

Son répertoire sur scène n’était encore pas très étendu, une dizaine de chansons tout au plus dont “N’Écoute Pas Les Idoles” ou le romantique “Christiansen” dont elle réserva la primeur au public de Couhé conquis par sa disponibilité et sa gentillesse.”

Un pari très audacieux, se souvient Jean-Pierre Lemasson, car “elle était encore une débutante et remplaça Hugues Aufray qui était pressenti pour animer ce gala se déroulant en soirée sous un immense chapiteau érigé place du Champ de Foire”.

Ce super 45 tours contient les titres Laisse tomber les filles, seconde chanson écrite et composée par Serge Gainsbourg.

Laisse tomber les filles

Sur un riff de guitare alerte de Léo Petit c’est début août que l’on découvre le tonique “Laisse Tomber Les Filles” dont le leitmotiv lancinant est un gage de succès.

Un conseil inattendu formulé avec une certaine ironie par Serge Gainsbourg, très inspiré par la jeune interprète, dont la blondeur illumine un film scopitone réalisé par Gérard Sire.

“Christiansen” (M. Vidalin / J. Datin), “On T’Avait Prévenue” (R. Gall/Vline Buggy/ Guy Magenta) et “Le Premier Chagrin D’Amour” (R. Gall/C.-H. Vic) complètent ce nouvel opus orchestré par le fidèle Alain Goraguer et évoqué en septembre par Salut Les Copains consacrant à “Babou” un long article intitulé “Une escale au Pays de Gall” lequel s’attarde longuement sur son séjour estival à Noirmoutier où elle s’adonne volontiers aux plaisirs de la plage entre deux répétitions avec son groupe attitré : Patrick Samson et les Phéniciens.

Une brève récréation relatée avec lyrisme par Roland Gaillac surpris par le tempérament insouciant, voire désinvolte, de la jeune idole classée deuxième au grand référendum annuel de Salut Les Copains dominé par Sylvie Vartan.

Illustré par Jean-Marie Périer, le ton enjoué de ce reportage laisse néanmoins deviner son implication artistique tout en accordant une totale confiance à Serge Gainsbourg même si, sur son dernier disque, elle préfère “On T’Avait Prévenue”, “enregistré dans un style très américain” ! Son seul regret : “ne pouvoir se rendre comme chaque année dans l’Yonne, aux confins de la Bourgogne, à Pourrain, dans la propriété familiale.” Une petite bourgade animée de 900 habitants qui a bercé son enfance et où plusieurs de ses ancêtres ont exercé le mandat de maire.

Le tour de France

Désormais accompagnée par les Français de Mat Camison qui succèdent aux Phéniciens de Patrick Samson, c’est dans le cadre d’un grand Gala aux Etoiles, imaginé par Roland Hubert, que nous retrouvons notre douce égérie à l’affiche d’un opulent programme où se succèdent Michel Gaillard, George Holmes, Audrey, Claude Ciari et Richard Anthony.

Un programme de choix débuté le 29 octobre au Grand Théâtre de Limoges avec des escales à Châteauroux, Périgueux, Toulouse, Rodez, Castres, Narbonne … qui, chaque soir, recueille tous les suffrages du public. L’occasion également de découvrir dans le luxueux programme édité à cette occasion, outre un rappel discographique, une bien jolie dédicace de Françoise Hardy :

“Encore une fille qui a gagné ! France Gall fait partie de ces jeunes filles qui savent gagner. La première fois que j’ai entendu “Ne Sois Pas Si Bête” j’ai trouvé cette chanson charmante et surtout il m’a semblé que la voix fraîche qui l’interprétait allait nous apporter quelque chose de neuf, d’important : une vraie gaieté. Par la suite “N’Écoute Pas Les Idoles” et “Mes Premières Vraies Vacances” vinrent confirmer cette attente.

France Gall n’est-elle pas à présent l’une des plus gentilles, des plus talentueuses vedettes féminines de la chanson. Grâce à son charme (qui est évident) et à ses mélodies, elle aura encore longtemps, j’en suis sûre, un bien agréable succès.”

Un succès qui semble d’ailleurs se conforter en décembre avec “Sacré Charlemagne”, vendu à plus de deux millions d’exemplaires mais qui se révèle un véritable cauchemar pour France qui tente, en vain, d’interdire la publication de ce disque plus spécialement destiné aux enfants. Ce que confirment les trois autres chansons : “Au Clair De La Lune” (R. Gall/A. Goraguer), “Nounours” (M. Tézé /G. Magenta) et “Bonne Nuit” (R. Gall/Alain Goraguer).

Ce fils de Pépin le Bref lui donne décidément beaucoup d’ennuis, aussi c’est bien volontiers qu’elle maudit, avec aigreur, ce “Sacré Charlemagne” qui, un jour, inventa l’école ! Un titre qu’elle s’efforce d’oublier mais vite sollicité par le public de l’Olympia lors d’un Musicorama, le mardi 12 janvier 1965, aux côtés de Ria Bartok, Baris Manço, Claude Ciari, les Missiles et Adamo puis celui de la province qu’elle retrouve dès le 14 février au Théâtre municipal de Douai en première partie de Richard Anthony.

Présentée par le fantaisiste Michel Gaillard, la presse se montre unanime et élogieuse pour saluer la prestation de France Gall comme le relate Paris Normandie lors de l’étape au Havre, le dimanche 7 mars, où deux représentations sont prévues. “Si Richard Anthony, tête d’affiche de ce gala, fut à la hauteur de sa réputation, France Gall, par son charme évident et ses jolies mélodies, a obtenu un bien agréable succès. Malgré son jeune âge, elle possède déjà une présence indiscutable sur scène, ce qui est un atout supplémentaire pour cette chanteuse. En interprétant d’une voix fraîche “Laisse Tomber Les Filles”, “N’Écoute Pas Les Idoles”, “Christiansen”, “Jazz A Gogo”, “La Cloche”, “On T’Avait Prévenue” et “Sacré Charlemagne”, elle a montré qu’elle apportait quelque chose de nouveau et une vraie gaieté (… ) chaperonnée par son papa, célèbre auteur de “La Mamma”, les Gall constituent l’entreprise familiale française type : papa écrit et fifille chante. Cette famille est décidément bien sympathique.

Dans les coulisses, le papa rythme du pied les refrains et tend à la douce interprète de 17 printemps un verre d’eau fraîche suite aux vocalises de “Jazz A Gogo”.

Une vraie performance vocale et scénique plébiscitée par les Havrais de toute tendance.”

Lille, Roanne, Bourges, Aix-en-Provence, Toulon, Avignon, Marseille, Montpellier et Nice figurent également sur la feuille de route de ce long périple qui prend fin le jeudi 8 avril au Grand Casino d’Alès.

L’eurovision

En marge de cette tournée marathon, c’est le samedi 20 mars que nous retrouvons France Gall, à Naples, où elle représente le Luxembourg lors du dixième Concours de l’Eurovision de la chanson qui oppose 18 pays dont la France où un jury a dû départager, lors de longues éliminatoires, 55 concurrents. Un choix difficile qui sourit finalement à Guy Mardel (qui se classa troisième de ce Concours avec “N’Avoue Jamais”), face à de nombreux candidats éconduits : Michèle Torr, Fauvette, Franck Fernandel, Jean-Claude Damai, Lisette Jambel, Christine Fontane, Sophie Darel, Marjorie Noël, Jacqueline Danno …

Malgré quelques incidents lors des répétitions, France Gall est proclamée lauréate de cette compétition avec le tonique “Poupée De Cire, Poupée De Son” signé par Serge Gainsbourg, très inspiré de la Sonate pour piano N°1 en Fa mineur, opus 2/1 de Ludwig van Beethoven.

Un succès planétaire pour notre jolie poupée blonde dont la joie est ternie par sa relation sentimentale houleuse avec Claude François qui perçoit mal sa victoire.

Une liaison tenue secrète tout en louant dans la revue Music-Hall, avec une innocence convenue, les vertus de la famille : “Je suis une jeune fille sage, entre mes galas je sors très peu sauf pour faire des courses ou aller à mes cours de chant chez Jean Lumière. Le soir, dans mon lit après dîner, je lis mon courrier ou encore “La Petite Fadette”, “Le Grand Meaulnes” … fini les livres pour enfants car je suis une grande fille maintenant.”

Déposé à la SACEM le 18 février 1965 puis enregistré au studio Blanqui à Paris, c’est début mars que “Poupée De Cire, Poupée De Son” est commercialisé avec une superbe photo de Patrick Bertrand, ami de longue date. Un texte fluide, limpide, alliant avec élégance la métaphore ; tous les ingrédients semblent réunis pour découvrir “sous le soleil de ses cheveux blonds” notre adorable “poupée de son”. Le 45 tours nous offre, par ailleurs le jazzy “Le Cœur Qui Jazze” (Robert Gall/Alain Goraguer), le mélancolique “Un Prince Charmant” (M. Vidalin/J. Datin) et !’enjoué “Dis A Ton Capitaine” (Guy Magenta/M. Tézé). Un titre que l’on retrouvera en 1966 en fond sonore du film policier de Pierre Schoendoerffer : “Objectif 500 Millions”.

Le grand cirque de France

Avec un cachet d’un million d’anciens francs par gala et afin de répondre aux attentes d’un public de plus en plus nombreux, c’est sous un vaste chapiteau de 4 000 places que se déroule dès le mois de juin la tournée estivale de notre “ange blond”.

Une lourde infrastructure nécessitant huit semi-remorques et plus de vingt employés chargés de la logistique du “Grand Cirque de France”.

Une décision qui semble guidée par une météo capricieuse relate Jours de France évoquant, en juillet, la rapide ascension de France Gall et sa belle notoriété acquise au fil de ses enregistrements dont le récent “Attends Ou Va-T’en”, sorti le 7 juillet, qui confirme sa fructueuse collaboration avec Serge Gainsbourg. Au menu de ce nouveau disque “Mon Bateau De Nuit” (Pierre Delanoë/A.Goraguer), “Et Des Baisers” (Robert Gall/Alain Goraguer) et “Deux Oiseaux” (Robert Gall/André Popp).

Relaté par Yves Salgues, ce reportage nous permet, par ailleurs, de mieux cerner l’univers de notre gracieuse “poupée blonde”.

“Si son équipe n’est ni la plus dispendieuse ni la plus pléthorique du music-hall contemporain elle est assurément la plus zélée, la plus sensible, la plus affectueuse en un mot car la réussite de France est celle d’une famille unie, la tribu Gall rassemblée autour de son enfant chérie. Dans le quartet instrumental qui accompagne France, aux côtés de Mat Camison (organiste), on trouve Guy (guitare solo), Rachid (batterie) et désormais son frère Philippe Gall à la basse.

C’est également Philippe qui conduit l’Austin Cooper, bleu turquoise, que France utilise pour ses déplacements. La mère supplée la secrétaire quand il s’agit de répondre à l’envahissant courrier que reçoit sa fille. C’est elle également qui a choisi la robe de scène de France. Une robe légère, au décolleté rond, taille princesse, légèrement évasée avec les plis partant de la poitrine. Pour apporter une note de fantaisie, Madame Gall en a fait exécuter des copies dans tous les tons de l’arc-en-ciel : orange, rose, indigo … Cependant le vrai ton, le ton quotidien est donné par Robert Gall, heureux parolier pour Edith Piaf et de la fameuse “Mamma” pour Charles Aznavour. Affirmer qu’il est un père prenant son rôle au sérieux serait trop peu : c’est un moderne patriarche, installé à la tête de la tribu comme un roi sur son trône. Personnage omniprésent, les fonctions de Monsieur Gall sont multiples et vont de celle de poète à celle de cerbère vigilant en étant chargé de protéger sa fille face au débordant enthousiasme de certains fans. En Maurice Tézé, le directeur artistique de Sacha Distel, Robert Gall a su trouver pour sa fille l’imprésario idéal, aussi compétent qu’honnête et dévoué (…) Le rideau s’ouvre. France prend place devant le micro. Un silence d’église règne aussitôt dans la salle. On l’écoute avec ferveur. C’est là son miracle grâce en partie à un répertoire éclectique où alternent jazz et yéyé.”

“Laisse Tomber Les Filles”, “Christiansen”, “Sacré Charlemagne”, “La Cloche”, “Attends Ou Va-T’en”, “Poupée De Cire, Poupée De Son”, “Jazz A Gogo” … autant de titres qui swinguent au son de la voix acidulée d’une réelle musicienne. Sa présence sur scène sait charmer le public à l’image de la grande Fête de l’Humanité qui se déroule au Havre le 4 juillet face à 15 000 personnes heureuses d’applaudir de multiples attractions dont les Frères Ennemis, Jack Merville, Little Bob et ses Red Devils, France Gall et Serge Lama. De nature plus modeste, un gala au Puy-en-Velay le 10 août semble également recueillir tous les suffrages et la totale approbation du quotidien L’Éveil De La Haute-Loire narrant avec lyrisme la prestation de notre blondinette lors d’un concert au Théâtre de Verdure, organisé par le comité des fêtes, où se succèdent en première partie Pierre Provence, Michel Mallory et Michel Paje. “Jolie poupée blonde, toute simple dans une robe blanche très sage, telle est apparue hier soir France Gall aux 940 spectateurs venus l’applaudir au Théâtre de Verdure du jardin Henri Vinay. Pour le public, les oreilles encore bourdonnantes des sons électriques d’une première partie très “dans le vent”, cette voix fraîche et limpide fit l’effet d’une rosée d’août sur un champ brûlé par l’été. France Gall apportait avec la jeunesse de ses 17 ans sa gentillesse, sa fraîcheur, ses chansons, ses inflexions chaudes et profondes qui ne laissent insensibles aucun garçon un soir de pleine lune quand “Christiansen” dort sur le sable. Les douze chansons interprétées hier soir par France Gall composaient un programme où se mêlaient la tendresse (“Le Prince Charmant”), la fantaisie (“Sacré Charlemagne”), le rythme (“Jazz A Gogo”, “N’Écoute Pas Les Idoles”, “Laisse Tomber Les Filles”, “Et Des Baisers”), la variété (“Les Rubans Et La Fleur”, “La Cloche”) et enfin le style d’une véritable identité artistique : “Poupée De Cire, Poupée De Son”. Une première grande tournée, soulignait par ailleurs le journaliste, de 70 dates où elle devra accomplir 28 000 kilomètres ! Cette escale au Puy-en-Velay précédant dès le lendemain une représentation sous chapiteau à la cité des Ducs de Savoie : Chambéry. Un périple épuisant débuté en juin à Strasbourg qui se poursuit jusqu’au 6 septembre avec des étapes à Nîmes, Frontignan, Palavas, Quillan, Gardanne, Sanary …

Le temps de la rentrée

Publié en septembre 1965, peu après son marathon estival, sur son huitième microsillon “Le Temps De La Rentrée”, signé Robert et Patrice Gall, traduit malgré son tempo alerte une certaine mélancolie latente en phase avec ses préoccupations sentimentales. Une mélodie vite oubliée au profit de “L’Amérique” d’Eddy Marnay et Guy Magenta qui s’impose rapidement à l’hitparade en dépit des clichés racoleurs avec “effluves de country pour évoquer d’une voix criarde les Etats-Unis. Une chanson en forme de dépliant publicitaire pour agence de voyages” notera avec humour Jean-Éric Perrin dans son récent ouvrage : “France Gall de Baby Pop à Résiste”.

“On Se Ressemble Toi Et Moi” et « Nous Ne sommes pas des anges » complètent ce disque sans toutefois retrouver la vitalité et la qualité de ses précédents enregistrements. Notons pour l’anecdote que le tonique “Nous Ne Sommes Pas Des Anges” aurait été initialement proposé à Barbara et enregistré en re-recording sur la bande instrumentale arrangée pour France par son orchestrateur attitré Alain Goraguer en vue de l’édition, le 1er avril 1966, d’un album gag, produit par Claude Dejacques, où les vedettes du label Philips échangeraient leurs succès.

Un concept décalé hélas remisé aux oubliettes qui nous aurait permis de découvrir “Jolie Môme” par France Gall, resté inédit.

Le regretté biographe Gilles Verlant note par ailleurs que Barbara a bien enregistré “Nous Ne Sommes Pas Des Anges”, finalement publié en 2012 sur son intégrale, mais diffusé à la radio dès décembre 1969 lors de l’émission “Le Cahier De La Chanson”. Une petite énigme discographique qui n’altère en rien l’actualité féconde de notre jeune vedette que l’on retrouve du 31 octobre au 14 novembre au Salon de l’Enfance de la Porte de Versailles, puis Lyon, début novembre, au Théâtre des Célestins pour 3 concerts avant de s’envoler pour le Japon où “Poupée De Cire, Poupée De Son” caracole en tête des ventes de disques avec plus de 300 000 exemplaires écoulés en quelques mois.

Baby pop

Publié en janvier 1966 son nouveau disque nous propose “Baby Pop” (S. Gainsbourg), “Faut-Il Que Je T’Aime” (M. Vidalin/J. Datin), “Cet Air-Là” (R. Gal/ A. Goraguer) et “C’Est Pas Facile D’Être Une Fille” (Pierre Delanoë/Guy Magenta/J.P. Bourtayre). Bénéficiant d’un scopitone réalisé par Alain Brunet, “Baby Pop” renoue avec le succès en dépit d’un texte teinté de désespoir. Un texte qui semble plaire à notre douce égérie, dénonçant dans Jours de France le mixage trop aigu “qui lui donne une voix criarde de crécelle” !

C’est en Belgique qu’elle offre la primeur de ce nouveau titre lors d’une série de concerts du 12 au 26 janvier, à !’Ancienne Belgique, en première partie de Hugues Aufray. Ce dernier évoquant en janvier 2018 au micro d’Europe 1 le souvenir d’une fille charmante, d’une très grande simplicité, qui avait un grand talent. “Elle chantait parfaitement juste avec une voix qui ne cherchait pas à faire des prouesses techniques. Elle n’était pas véhémente, pas agressive et elle ne cherchait pas à jouer les stars. Son répertoire était certes inégal car imposé, aussi elle devait se soumettre sans broncher aux choix de son manager. Ce profil de Lolita l’amusait sans doute mais en fait elle était très pudique, voire innocente.”

En mars retour au studio Blanqui où toujours sous la houlette d’Alain Goraguer, quatre nouveaux morceaux sont enregistrés.

Le romantique “Quand On Est Ensemble” (R. Gall/Roger Berhier/Franck Pourcel/ Raymond Lefèvre), les dispensables “Ça Me Fait Rire” (M. Vidabn/J. Datin), “Je Me Marie En Blanc” (Jean Dréjac/Jean Wiener) et les sulfureuses “Sucettes” concoctées par un habile “Pierrot Gourmand”, nommé Gainsbourg, dont la plume coquine batifole avec aisance sur de gouleyantes confiseries au parfum de scandale qui ne tardent pas à provoquer la colère de “Babou”.

“Avec “Les Sucettes”, Serge s’est trompé, la chanson n’était pas à l’image de mon caractère.

J’étais très pudique et je l’ai chantée avec une innocence dont je me vante (…) en fait, je pensais chanter l’histoire d’une petite fille, genre Sophie chez la Comtesse de Ségur qui adore les sucreries (…) par ailleurs, je savais que Serge raffolait des doubles sens (…) mais bon j’adorais la mélodie et je lui ai donc fait confiance, tout comme à mon équipe” (propos recueillis par Gilles Verlant).

Publiées en mai, “Les Sucettes” suscitent de nombreuses réactions, parfois violentes, qui écornent momentanément son image de candeur sans toutefois pénaliser un indéniable succès au hit-parade de Salut Les Copains puis à la télévision sous l’œil bienveillant de dame censure qui semble se délecter des sucettes pimentées au parfum de gingembre sans piper mot !

Le constat d’une évidente trahison pour France Gall que l’on retrouve néanmoins le dimanche 5 juin à J’affiche d’un grand gala en plein air dans la banlieue marseillaise, à Septèmes-les-Vallons, au parc ombragé de Fabrégoules.

Un spectacle organisé par la CGT qui draine de très nombreux spectateurs heureux d’apprécier un plateau attractif composé de Mireille Avril, Ramuncho, France Gall et Richard Anthony. Jeune révélation régionale, Mireille Avril, que l’on retrouvera en première partie de Johnny aux arènes d’Alès et de bon nombre d’artistes :

Sacha Distel, Claude François, Claude Nougaro, Enrico Macias …, se souvient avec précision de ce concert qu’elle débutait : ”Accompagnée de son père omniprésent, France Gall n’était pas d’une nature très expansive. Timide, réservée elle s’exprimait peu en coulisses mais sur scène elle était comme métamorphosée et gagnait au fil de ses chansons la totale approbation du public grâce à un répertoire qui alternait belles mélodies et titres plus enjoués dont “Poupée De Cire, Poupée De Son.”

Un souvenir bien ancré dans la mémoire de notre talentueuse vedette provençale, très courtisée dans le sud de la France, évoquant par ailleurs que cette prestation à Fabrégoules anticipe un séjour au Japon où France Gall est attendue en juin pour une série de douze récitals afin de répondre aux souhaits du public nippon.

Un emploi du temps qu’elle dénonce dans Jours de France en juin 66 : “Ma mémoire se perd dans ce calendrier bien trop rempli” où l’on relève, dès le dernier week-end de juin, une nouvelle incursion en Belgique, à Huy, dans le cadre de la troisième édition du Parapluie Des Vedettes où elle figure aux côtés d’Adamo, Tom Jones, Antoine, Dave Berry, Robert Cogoi, les Serpents Noirs …

Bonsoir John-John

Début septembre, un nouvel opus enregistré au studio Davout est dans les bacs sans toutefois rencontrer le succès escompté. “Bonsoir John-John” (Gilles Thibaut/Claude-Henri Vic), dédié au fils de John Kennedy, “La Rose Des Vents” (M. Vidalin/J. Datin), “La Guerre Des Chansons” (R. et P. Gall) et “Boom Boom” (Pierre Delanoë /P. Reinau/ M. Wessel) composent ce onzième 45 tours dont la pochette est une nouvelle fois confiée à Patrick Bertrand.

L’accueil mitigé de cette galette qualifiée par certains journalistes de mercantile encourage France Gall à débuter une carrière en Allemagne sous la houlette du compositeur et orchestrateur Werner Müller, avec le concours de Giorgio Moroder, futur pygmalion de Donna Summer.

Une collaboration qui se concrétise rapidement par la publication chez Philips d’un simple couplant une version écourtée de “Nous Ne Sommes Pas des Anges” (“Wir Sind Keine Engel” dans la langue de Goethe), à “Ich Trâume Jede Nacht”, favorisant par ailleurs de fréquentes incursions télévisées.

Une production régulière qui se poursuivra sous label Decca, dès 1968, avec une cadence soutenue d’enregistrements inédits.

Ce super 45 tours édité en juillet 1967 contient le titre Teenie - Weenie - Boppie composé par Serge Gainsbourg, ainsi que Chanson pour que tu m'aimes un peu, Bébé requin et Made in France.

Bébé requin

A la Une du mensuel des filles dans le vent, Mademoiselle Age Tendre, avec un superbe portrait signé André Berg, l’année 67 semble s’annoncer dans les meilleures conditions pour France Gall qui propose sur le petit écran, dans le cadre de l’émission décapante de Jean-Christophe Averty “Les Raisins Verts”, l’amusant “J’Ai Retrouvé Mon Chien” (P. Delanoë/A. Goraguer/M. Tézé). Un chien qui répond au nom de Charlemagne !

Une chansonnette joyeuse sans prétention associée à “Oh ! Quelle Famille” (R. Gall/G. Liferman), publié sur un rarissime simple convoité par de nombreux collectionneurs. Deux titres figurant sur l’album “FG” aux côtés de cinq autres inédits : “Tu N’As Pas Le Droit” et “Il Neige” signés Gérard Bourgeois/Jean Max Rivière), “Les Leçons Particulières” (M. Vidalin/A. Goraguer/J. Datin), “Celui Que J’Aime” (R. et Patrice Gall) et “L’Écho” (R. Gall/A. Goraguer). Plus discutable “La Petite” (R. Gall/Mya Simille/G. Magenta), en duo avec Maurice Biraud, frôle l’indécence en dépit d’un succès à la radio et sur le petit écran dans le très prisé “Sacha Show” animé avec brio par Sacha Distel.

Autres temps, autres mœurs, même si cette situation ambiguë ne semble pas contrarier outre mesure notre “oisillon pudique” minaudant à souhait face à des propos très équivoques. “Néfertiti” (S. Gainsbourg), “Polichinelle” (Pierre Saka/Jean Bernard/) et “Les Yeux Bleus” (R. Gall/C.-H. Vic/) n’offrent pas de réel intérêt d’où le rapide oubli de cette galette, porté par cet improbable duo qui éclipse le poétique “Néfertiti”.

Un disque qui précède “Ne Cherche Pas A Plaire” avec Mireille Darc que les téléspectateurs découvrent le 31 mai à “Sacha Show”. Une idée de Denis Bourgeois relate France Gall dans Salut Les Copains tout en évoquant l’enregistrement de ce sympathique duo “où le studio avait été transformé en drugstore pour la plus grande joie des techniciens peu habitués à une telle décontraction ( … ) j’adore Mireille Darc qui prouve qu’elle a de sérieuses qualités de chanteuse et peut très bien continuer dans cette voie ( … ) Passionnée de photos, c’est également une grande comédienne et je vais sans doute, sur ses conseils, tourner un petit rôle à ses côtés même si j’ai toujours refusé d’apparaître sur grand écran”.

Un projet finalement abandonné avant de nous proposer début septembre un nouveau 45 tours orchestré par David Whitaker avec en titre phare le délicieux “Bébé Requin” du trio Jean-Michel Rivat/Frank Thomas/Joe Dassin.

Une évidente réussite, selon Diapason louant en octobre le potentiel artistique de notre jeune artiste. “En France Gall s’est justement concrétisé tout ce que la chanson moderne pouvait offrir de jeunesse acide, d’espièglerie, de malice, de rose fantaisie. En elle se réunissent, visiblement en marge d’autres intérêts, les limites extrêmes de l’âge auquel on prend plaisir à la chanson. C’est un sucre d’orge pour certains, un cachou pour les autres. La copine qui vous rassemble ou la petite fleur séchée qu’on retrouve dans un livre. C’est l’enfant qui vient impromptu dans ma cour me conter des petites histoires agréables que j’écoute en souriant comme celle du “Bébé Requin” oubliant l’heure de mon devoir !”. L’enregistrement se déroule à Londres au studio Chapell et au studio 10. L’apport artistique de David Whitaker semble bénéfique à France Gall pour envisager un répertoire plus pertinent où elle aborde avec aisance les méfaits du LSD imaginés par Gainsbourg :

“Teenie Weenie Boppie”, les différences entre Paris et Londres (M. Vidalin/J. Datin) dans le savoureux “Made In France” et le très romantique “Chanson Pour Que Tu M’Aimes Un Peu” (R./P. Gall) qui nous laisse apprécier une guitare acoustique en parfaite harmonie avec la voix de France.

Des titres qu’elle propose régulièrement sur le petit écran avant d’apparaître le lundi 10 décembre au générique de “Dim, Dam, Dom”, dans un court-métrage de Roland Topor, “Le Lapin De Noël”, dans lequel elle campe une délicieuse contractuelle. Un divertissement burlesque de 26′ où s’enchaînent des situations ubuesques tout en bénéficiant d’une éblouissante distribution : Jean Rochefort, Haydée Politoff, Jean Yanne, Serge Gainsbourg, Zouzou, Dani …

Ce 45 tours contient 4 titres de France Gall disponibles également sur l'album de France Gall en 1968, intitulé justement 1968.
Ce 45 tours contient 4 titres de France Gall disponibles également sur l’album de France Gall en 1968, intitulé justement 1968.

Chanson indienne

Enchaînant les succès depuis le début de sa carrière, l’année 1968 s’annonce plus laborieuse pour France Gall malgré une cadence discographique régulière débutée en janvier avec la vaporeuse “Chanson Indienne” composée et orchestrée par David Whitaker. Un titre hélas occulté par le plus conventionnel “Toi Que Je Veux” du trio Jean-Michel Rivat/Frank Thomas/Joe Dassin. Issus de la même session, le Rabelaisien ”Gare A Toi … Gargantua” (Frédéric Botton), et “La Fille D’Un Garçon” (Maurice Vidalin/Jacques Datin) complètent ce disque frileusement accueilli.

Une attitude qui semble se confirmer en avril avec la publication de son quinzième EP où figure l’envoûtant “Dady Da Da” emprunté au générique de “Dim, Dam, Dom”, le jazzy “Le Temps Du Tempo” (Robert Gall/Alain Goraguer), le désabusé “La Vieille Fille” (Jean-Michel Rivat/Joe Dassin) et le déconcertant “Allo ! Monsieur Là-Haut” (Philippe Nicaud/Gérard Gustin) où, sur un air de piano classique, France téléphone successivement à Dieu le Père, Lucifer et aux anges !

Un échec commercial malgré une promotion bien orchestrée sur le petit écran et dans la presse qui lui consacre de nombreux reportages à l’image de Bonnes Soirées relatant dans son édition d’avril les propos recueillis par Arlette de Sainprès.

“En quatre ans France Gall, bénéficiant des orchestrations du brillant jazzman Alain Goraguer et du concours des meilleurs paroliers et compositeurs, dont Serge Gainsbourg, a su imposer sa voix fraîche et acidulée au timbre pur, dans bon nombre de succès. Ses projets immédiats : une tournée en Allemagne, des télévisions sans négliger sa famille : “Je dois tant à mon père qui dirige ma carrière, supervise mes contrats et écrit la plupart de mes chansons. Sans cet équilibre familial, je crois que le succès me serait monté à la tête.

Au risque de paraître un peu bourgeoise, je préfère la compagnie de mes parents à celle du Paris by Night.”

Un avis confirmé en août dans le mensuel Salut Les Copains qui lui accorde sa Une et lui donne “le feu vert” pour aborder ses passions, son amitié pour Mireille Darc et son admiration sans faille pour son frère Patrice dont le premier disque s’avère prometteur :

“Notre famille est un petit clan et je dois beaucoup à la compréhension paternelle en ce qui concerne ma carrière (…) mon frère Patrice a aussi beaucoup de talent et ce qu’il considérait au départ comme une détente révèle de jour en jour ses réelles capacités artistiques. Lucide, courageux, il a choisi pour se roder la meilleure école : celle des cabarets : Le Don Camillo, Chez Patachou … Mon souhait le plus cher : que l’on dise dans quelques mois en parlant de moi : France Gall ? Ah oui la sœur de Patrice le chanteur.” Ce “coup de projecteur” estival accompagne la publication d’un simple couplant “Mon P’tit Soldat” (R. Gall/Jacques Monty) à “Y’A Du Soleil A Vendre” (Robert Gall/Hubert Giraud).

Un simple qui anticipe la sortie en novembre de son ultime 45 tours chez Philips nous entraînant “Rue De L’Abricot”.

Orné d’un superbe visuel de Jean-Loup Sieff “24/36” (J.-M. Rivat/F. Thomas/J. Dassin) “Souffler Les Bougies” (J.-M. Rivat/J. Dassin) et “Don’t Make War, Captain, Make Love” (M. Vidalin/Jerry Mengo) figurent également sur ce disque assez éloigné des attentes du public qui ne peut que constater une évidente dispersion musicale.

Une attitude sans doute guidée par son souhait de se séparer de son producteur Denis Bourgeois et du label Philips dès sa majorité. Une période assez trouble où elle enregistre tour à tour pour différents labels : La Compagnie (fondée par Hugues Aufray et Norbert Saada), Pathé Marconi, Atlantic, sans toutefois retrouver cette fraîcheur initiale où elle nous proposait avec candeur un répertoire millésimé.

Ce 45 tours réservé aux jukebox et à la promotion contient les titres La petite en duo avec Maurice Biraud et Polichinelle disponibles également sur l'EP La petite la même année 1967.
Ce 45 tours réservé aux jukebox et à la promotion contient les titres La petite en duo avec Maurice Biraud et Polichinelle disponibles également sur l’EP La petite la même année 1967.

La publicité

Totalisant 10 couvertures du mensuel Mademoiselle Age Tendre, entre 1964 et 1971, le frais minois de France Gall semble rapidement séduire de nombreuses enseignes de prêt-à-porter : Le Bon Marché, Renomma, Prébac, Odilène, Prisunic, La Samaritaine, Le Printemps, Anik Robelin, voire de sous-vêtements : Polichinelle, Forma 16/20 …

Un profil idéal également courtisé pour louer la gamme de parapluies Mop’s, la Ford Lotus “Super Seven” conçue par Colin Chapman, ou encore les produits de soins corporels Baby Pop proposés sous un habillage coloré avec, en bonus, quelques bonbons acidulés propices à séduire “les filles en sucre d’orge” ! Déclinés en figurines en caoutchouc, porteclés, badges, barrettes, cartes postales, les produits dérivés sont décidément nombreux et stimulent une discographie attrayante débutée en 1966 pour la crème shampoing Polycolor, sous la référence 373.658, couplant “L’Amérique”/”On Se Ressemble Toi Et Moi”. Deux titres également proposés sous une luxueuse pochette ouvrante pour la promotion d’Orlon Fil Quality Schappe, en 1967, vantant les “ensembles Guitare” et les bas “Miss Geff” !

Deux simples à l’esthétisme parfait complétés à l’automne par une sélection des Galeries Lafayette associant sous la référence 373.874 “Bonsoir John-John”/”La Rose Des Vents”. Une édition au tirage limité de même que “La Petite”/”Polichinelle” (373.967) édité au printemps 1967 par la marque éponyme de sous-vêtements féminins.

Un inventaire étoffé en 1968 par la séduisante publicité pour les vins Granji publiée sur disque par RTL où, avec délectation, France Gall nous invite à déguster, sur un tempo rythmé, ce délicieux nectar. Une brève chansonnette de 58″ qui demeure inédite à ce jour.

La télévision

Après une première apparition dans “Les Raisins Verts” du caustique Jean-Christophe Averty, le mercredi 10 février 1964, où elle apparaît aux côtés de Boby Lapointe, Leny Escudero, Corinne Marchand, Lucette Raillat et les ballets de Dirk Sanders, le petit écran semble conquis rapidement par la frimousse juvénile de France Gall comme l’atteste sa participation à “Top à Jean-Pierre Cassel”, de Maritie et Gilbert Carpentier, le 14 mars suivant où, dans un décor de chambre à coucher, notre jeune idole interprète “N’Écoute Pas Les Idoles”.

Deux émissions où son frais minois est un sérieux atout pour séduire réalisateurs et téléspectateurs en figurant aux génériques de 118 émissions diffusées entre 1964 et 1968. “Vient De Paraître”, “Discorama”, “Le Palmarès Des Chansons”, “Têtes De Bois Et Tendres Années”, “Tilt Magazine”, “Douce France”, “Sacha Show”, “Au Risque De Vous Plaire”, “Dim, Dam, Dom”, “Entrez Dans La Confidence”, “Bouton Rouge”, “Paris Club”… démontrent une évidente popularité qui dépasse vite nos frontières avec des incursions en Belgique, Allemagne, Suisse, Canada, Italie, Hollande.

Plus discrète, la télévision régionale lui accorde néanmoins des reportages où elle évoque à bord d’un yacht ses vacances à Noirmoutier, son rapport avec l’argent, son goût du shopping, sa relation fusionnelle avec sa famille, son trac sur scène lors de ses premières tournées …

Un inventaire qui nous permet également de découvrir quelques inédits dont “A Bientôt Nous Deux” (le jeudi 1er juin 1967) où elle est accompagnée à la flûte traversière par Hugues Aufray, ou encore l’amusant “Quand Allons-Nous Nous Marier”, en duo avec Jean Franval, programmé le 1er janvier 1968 dans un divertissement intitulé “Réveillons-Nous”. Une présence régulière qui semble alors répondre aux souhaits des téléspectateurs en imposant son charme et son talent qui illuminent de fraîcheur notre univers cathodique.

Sources : Alain Wodraska : “Douce France” – Éditions Du Moment Grégoire Collard, Alain Morel “Le Destin D’Une Star Courage” – Éditions J’Ai Lu / Jean-Éric Perrin : “France Gall De Baby Pop A Résiste” – GM Éditions / Le Progrès, Bonnes Soirées, Jours de France, Paris Match, Elle, Mademoiselle Age Tendre, Salut Les Copains, Rallye, TV France, L’Éveil De La Haute-Loire, Moins 20, Music-hall, La Semaine Radio Télé

Ce numéro est encore disponible à la vente

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Par Marc Liozon – Janvier 2019
Photo de couverture par Patrick Bertrand / Rancurel photothèque
Remerciements à Mireille Barbaroux (Mireille Avril)
Date : Juillet 2019
Numéro : 63

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