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France Gall : 5 ans déjà (Presse) Belgique 🇧🇪

Elle a connu la gloire à 17 ans, l’amour fusionnel avec Michel Berger puis une succession de drames.

Le 7 janvier 2018, elle s’en allait, épuisée par la vie.

« Tout pour la musique », le titre de son album enregistré en 1981, aurait pu être la devise de sa famille. Paul Berthier, son grand-père, a été l’un des fondateurs des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, sa mère a fait partie des chœurs de la cathédrale d’Auxerre, Patrice et Philippe, ses deux frères, sont guitaristes, tandis que son père, Robert Gall, est considéré comme l’un des paroliers les plus demandés des années 50/ 60.

C’est ainsi que dès l’adolescence, France, dont le vrai prénom est Isabelle, s’amuse à enregistrer sur le magnétophone de papa des refrains diffusés à la radio. Un après-midi, ce dernier demande au directeur artistique d’une maison de disques d’écouter l’une de ces bandes. Il se garde bien de préciser qu’il s’agit de la voix de sa fille.

Un premier 45 tours

L’idée d’un premier 45 tours naît presque naturellement. France, qui vient de terminer ses études secondaires, ne bondit pas de joie à l’idée de se rendre en studio, mais accepte néanmoins de se prêter au jeu. « Ne sois pas si bête » sort le 9 octobre 1963, le jour de ses 17 printemps. Le succès est immédiat : elle devient « Chouchou » dans l’émission « Salut les copains » et entre au hit-parade. Au début de 1964, dans l’ascenseur de l’immeuble où elle vit avec ses parents, elle découvre qu’un ancêtre des tagueurs a écrit « Vive Charlemagne ! ». C’est ainsi que naît « Sacré Charlemagne ». Le refrain est repris par des dizaines de chorales et devient l’hymne des cours d’école. Le disque se vend à plus d’un million d’exemplaires ! Elle est ensuite choisie par le Luxembourg pour représenter ce pays au concours de l’Eurovision 1965. Le 27 mars, à Naples, elle triomphe avec « Poupée de cire, poupée de son », de Serge Gainsbourg. À partir de ce jour, elle va passer sa vie à courir d’un avion à l’autre ou à donner, neuf mois par an, des concerts, parfois en plein air sous la pluie ou sous des chapiteaux à la sonorisation défaillante.

La jeune fille sage qu’elle est alors enregistre « Les sucettes » sans imaginer le double sens des paroles ! Elle accepte enfin, sans rechigner, de poser pendant des heures pour d’innombrables magazines. Elle vit parfois des moments difficiles, comme un après-midi qu’elle a passé avec des rondelles de concombre sur le visage. Un cauchemar ! Elle finit par regretter le temps où elle déambulait tranquillement sur les Champs-Élysées ou profitait du soleil d’une plage lointaine.

Sa rencontre avec Michel Berger

En mai 68, elle craque ! Elle fait sa révolution culturelle ! Elle ne supporte plus les clichés qu’elle découvre à son propos, comme « elle vit chez ses parents comme une petite fille sage au milieu de ses peluches ». Elle en a assez de chanter des textes de Gainsbourg qui ne correspondent pas à la réalité de sa personnalité, de ses idées, de ses désirs. Elle choisit de travailler avec d’autres auteurs et compositeurs. Ce tournant est un échec. À l’exception, en 1969, de « Bébé requin », le succès n’est pas à la hauteur de ses espoirs. C’est ainsi que petit à petit, elle se fait à l’idée de renoncer définitivement à son métier et de se consacrer à une vie privée qu’elle est miraculeusement parvenue à conserver discrète. À l’époque, le public ignore qu’elle a vécu une histoire d’amour particulièrement difficile avec Claude François. Lorsqu’elle a claqué la porte, le chanteur a digéré cette rupture en écrivant « Comme d’habitude ». Une autre idylle avec Julien Clerc s’est révélée beaucoup plus douce.

Un soir de 1973, elle entend à la radio « Attends-moi », par Michel Berger. Un véritable coup de foudre musical ! C’est avec lui qu’elle veut travailler, et avec personne d’autre. Elle trouve son numéro de téléphone, l’appelle. Elle lui demande s’il pourrait lui écrire des chansons. Il n’est visiblement pas intéressé. Elle insiste tellement qu’il finit par céder, et compose « Ma déclaration ». Il n’y a pas la moindre pensée amoureuse derrière ce titre, qui devient le premier succès de la « nouvelle France Gall » : plus de 100.000 disques s’arrachent en un mois. Petit à petit, la complicité entre le musicien et son interprète devient plus intime. Ils finissent par découvrir combien, moralement, ils se ressemblent. À une osmose musicale évidente s’ajoutent un jugement et une vision commune sur le monde qui les entoure. « Pour la première fois de ma vie, je fais le métier que j’aime, avec l’homme que j’aime », déclare France juste avant un mariage volontairement discret. Soucieux de protéger leur vie privée, ils refusent de poser ensemble devant les photographes et préservent, de la même façon, leurs enfants, Pauline et Raphaël. Leur complémentarité est totale à la scène, mais aussi à la ville. France gère un quotidien que Michel est incapable d’assumer. Quand elle s’absente, ne serait-ce que pour quelques jours, le réfrigérateur demeure désespérément vide.

Le succès puis les drames

Pendant près de deux décennies, ils multiplient les succès, les concerts où ils affichent complet, et les actions humanitaires en Afrique, en particulier à travers une association baptisée « Action écoles ». Le destin met un terme à ce bonheur. Le 2 août 1992, Michel meurt brutalement à Ramatuelle, quelques minutes seulement après une partie de tennis. Le 15 décembre 1997, Pauline, 19 ans, disparaît à son tour, après des mois de lutte contre la maladie. Tout en veillant à la postérité des chansons et de l’opéra rock « Starmania » composés par son mari, France choisit de se faire encore plus discrète que d’habitude. Elle s’installe au Sénégal, où elle ouvre une école et un restaurant. Elle ne revient en France que pour des apparitions exceptionnelles à la télévision et la création de « Résiste », un spectacle musical interprété par de jeunes comédiens-chanteurs. En 2015, elle souffre à nouveau d’un cancer du sein qu’elle avait vaincu 20 ans plus tôt. Elle nous quitte le 7 janvier 2018.

Quand on l’interrogeait sur sa propre postérité, elle assurait que ses chansons disparaîtraient avec elle. Les hommages qu’elle a reçus depuis démontrent le contraire.

Et c’est bien ainsi.

Magazine : Soir mag (Belgique)
De notre correspondant à Paris, Jacques Pessis
Date : 4 janvier 2023
Numéro : 4724

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