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Michel Berger, un hommage sous le signe de l’amitié

“Un arrêt en pleine marche”, dit le réalisateur Jean-Paul Rappeneau en évoquant la disparition de Michel Berger, le 2 août dernier, à 44 ans.

Nous le retrouvons à travers un hommage de cent six minutes réalisé par le journaliste Lionel Rotcage, qui nous explique le pourquoi et le comment de ce portrait.

“Avec Michel et France, nous avions depuis plusieurs mois un projet d’émission de télévision, dit-il. Je me suis senti le devoir d’aller jusqu’au bout, tout de même. Avec comme ligne de conduite, de ne pas le trahir. Michel était un être raffiné, sobre, exigeant, esthète. Il était donc indispensable que, dans la forme et dans le fond, l’émission le soit aussi.”

Pour cela, France 2 et Marie-France Brière, directrice artistique de la chaîne, ont mis à sa disposition des moyens techniques réellement exceptionnels. Certaines séquences « live » tournées au Bataclan sont filmées en Cinémascope, et la lumière est signée Jean-François Robin, le chef opérateur attitré de Jean-Jacques Beineix. Quinze jours de tournage ont été nécessaires, après deux mois de préparation.

Eviter la rétrospective larmoyante

“L’idée, poursuit Lionel Rotcage, était de faire un film référence sur ce que pouvait être, sinon l’homme, du moins l’artiste. Présenter Michel à travers ce qu’en disent ses proches, ceux qui l’ont côtoyé, comme le président François Mitterrand, qui a accepté de témoigner avec une grande simplicité, et à travers des documents inédits, des interviews, des chansons, sans oublier Richard Berry dans le rôle du narrateur de cette vie déjà si remplie. Tout a été conçu avec beaucoup d’amitié, de vérité et de sincérité. Il était hors de question de faire une rétrospective larmoyante. S’il y a de l’émotion, elle est spontanée et en aucun cas manipulée. »

Emotion lorsque France Gall, qui, pour l’occasion, a accepté de sortir de sa réserve, déclare : “Lorsque j’ai entendu sa musique pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait écrite.” Puis d’ajouter : “Le dernier album qu’il a composé, celui que nous avons fait ensemble, marquait vraiment le début d’un très grand changement dans l’écriture de Michel. Et c’est pour moi tellement dommage de ne pas savoir ce que ce serait devenu. J’aurais tellement voulu voir s’épanouir cette écriture …”

Mais sourire, aussi, lorsque Michel Drucker, Gérard Holtz, Luc Besson, Richard Anconina ou Evelyne Bouix fredonnent ses plus grands succès. Au jeu des ressemblances, Patrick Bruel parle de lui comme d’une étoile, et le dessinateur Philippe Druillet l’associe au lotus, fleur éternelle.

Cette séquence a été tournée dans le studio d’enregistrement que possédait Michel Berger. Un samedi du mois de novembre, le 28 précisément, une date qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle aurait dû être celle de son anniversaire. Au total, plus de trente personnes, des amis proches pour la plupart, se sont succédé pour parler de lui, pour témoigner, pour perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Un avant-goût du spectacle a Bercy

D’autres ont interprété ses propres chansons. Parmi eux, Patrick Bruel, Vanessa Paradis, Francis Cabrel, Alain Chamfort, Marc Lavoine, Salif Keita, Art Mengo et, bien sûr, France Gall qui entourée de ses musiciens, donne un avant-goût de ce que sera son passage sur la scène du Palais Omnisports de Bercy, du 1er au 5 juin prochain, avec «”Superficiel et léger” et “Jamais partir”. Car, après avoir longuement hésité, elle a décidé d’honorer toute seule le contrat qu’elle et Michel avaient signé avec cette salle parisienne. “Le Berger de l’âme”, comme l’appelle le producteur René Cleitman, sera donc évidemment très présent dans le cœur et dans l’esprit de ce spectacle. Comme il l’est à tout instant dans ce portrait qui nous le montre encore à ses débuts, à l’âge de quinze ans, avec ses amis, Coluche et Daniel Balavoine au travers de « La Légende de Jimmy », « Starmania » et « Tycoon », sa version anglaise, opéras-rock écrits en collaboration avec l’auteur québécois Luc Plamondon.

“J’ai remarqué, déclare ce dernier, que Michel reposait en face de Stendhal. Plus loin, il y a Zola, plus loin encore, Offenbach. Cela m’a apaisé, car je me suis dit qu’il faisait partie maintenant des grands créateurs de la terre.”

Un créateur avec qui il aurait encore dû collaborer : “La veille de sa mort, il m’a téléphoné. On avait rendez-vous la semaine suivante à Paris. Pour commencer à travailler sur un nouveau projet qui l’excitait beaucoup.”

Un projet qui n’aura pas eu le temps de voir le jour, pas plus que “Totem”, le film que Michel Berger avait écrit et qu’il comptait mettre en scène. Nul doute que, dans ce domaine aussi, il se serait révélé aussi doué qu’il l’était pour l’écriture. Il avait en lui toute la sensibilité nécessaire à cet art. “Peut-être qu’il avait mieux à faire ailleurs”, conclut Françoise Hardy pour qui il écrivit “Message personnel”. Peut-être …

Le film que l’on ne verra jamais

“Lentement mais sûrement, Michel se dirigeait vers une carrière derrière la caméra”, dît France. Lui qui avait déjà mis en scène plusieurs de ses clips avait en projet de réaliser un long métrage. Il avait écrit “Totem”, une histoire d’indiens contemporains qui était aussi intimiste que “Bagdad Café”. Avide d’apprendre, il avait passé une nuit entière sur le tournage de “Cyrano de Bergerac”.

Le spectacle continue

Michel Berger disparu, restent sa musique et son œuvre. Ainsi “La Légende de Jimmy” fut-elle jouée en novembre dernier au Théâtre de la Place-des-Arts, à Montréal. Quant à “Tycoon”, qui est la version anglaise de “Starmania”, elle poursuit son impressionnante ascension discographique. Après Cyndi Lauper et “The World is Stone”, c’est désormais le tour de Peter Kinsberry, l’ex-chanteur de Cock Robin, d’interpréter “Only The Very Best”, le deuxième extrait de cet album.

Magazine : Télé Loisirs
Par Véronick Dokan
Date : 23 au 29 janvier 1993
Numéro : 360

Merci à Élisabeth 🙏

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