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France Gall : trois ans après le drame

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Elle possédait tout ce dont une femme peut rêver : un mari pygmalion avec lequel elle formait, depuis dix-huit ans, un couple sans fausse note, deux beaux enfants, et une carrière qui l’avait menée au firmament.

Il y a trois ans, France Gall était pleinement heureuse.

Le matin du 2 août 92, elle souriait encore à l’avenir, qui s’annonçait radieux, tout comme cette belle journée d’été. Et puis, subitement, toute sa vie a basculé. Michel, à la fin d’une partie de tennis, s’en était allé, comme ça, sans prévenir, dans son “paradis blanc” … La “poupée de cire” avait alors vacillé, pantelante, désarticulée, puis elle s’était ressaisie et avait recommencé à chanter. Debout, toujours debout, pour elle, pour lui, pour Raphaël et Pauline … Comme aujourd’hui encore …

HOLLYWOOD, le lycée français, 14 h 30. Au milieu d’autres parents d’élèves, une fragile silhouette, vêtue d’une tenue toute simple, petite, anonyme. Soudain, deux adolescents, blonds comme elle, accourent joyeusement, et l’inconnue s’anime. Cette jeune femme, c’est France Gall, venue chercher, comme chaque jour depuis le mois de décembre dernier, Pauline, sa fille de seize ans, et Raphaël, son fils de quatorze, les enfants qu’elle a eus de Michel.

Michel… son “professeur Tournesol”, son rêveur génial, auteur de tant de textes et de musiques qu’il écrivait souvent pour les autres, mais avant tout pour elle. sa muse. sa femme depuis 76. Lorsqu’il est parti, lui qui l’avait révélée à elle-même, lui qui savait si bien exprimer les émotions qu’elle ressentait au plus profond de son être, une part d’elle-même s’était éteinte également.

Après cette tragédie. tout le monde pensait qu’elle allait sombrer dans une grave dépression, vivre désormais en recluse, murée dans son chagrin, tournant définitivement le dos à la chanson. C’était sans compter sur lirnmense volonté et sur la force de caractère de ce petit bout de femme, apparemment si vulnérable.

Surmontant le choc de cette disparition “maquillée de silence, mais d’une violence inouïe”, selon ses propres termes, surmontant l’indicible chagrin, elle avait relevé la tête, brave petit soldat. Soutenue par les amis de toujours, en particulier par Coco, la veuve de Daniel Balavoine, encouragée par les milliers de lettres, bouleversantes, de tous ceux qui partageaient son deuil, elle avait choisi de revenir. De rester fidèle à “son rendezvous d’amour” avec le public.

Et pour remonter sur scène, dix mois seulement après le drame, elle avait même décidé d’affronter Bercy. Elle devait y interpréter plusieurs chansons extraites de Double Jeu, l’album qu’elle avait enregistré avec Michel, quelques mois avant qu’ils ne se séparent pour toujours.

Mais contre toute attente, comme si le destin ne l’avait pas déjà frappée assez durement, France allait devoir franchir une autre terrible épreuve. A quelques semaines du spectacle, alors que l’on attendait déjà plus de cent mille spectateurs, un communiqué tombait, sec : “France Gall, opérée d’une tumeur maligne du sein, de bon pronostic, le 22 avril dernier, est obligée de reporter les dates de son spectacle à Bercy. En cours de traitement complémentaire par irradiation, l’état de France Gall est considéré comme suffisamment satisfaisant pour permettre de fixer de nouvelles dates en septembre.”

Sous ses allures volontairement rassurantes, la nouvelle provoquait la stupeur et l’émoi. Car nul n’était au courant, sauf une poignée de proches. Craignant que son public se détourne d’elle “comme si j’étais une pestiférée”, confiait-elle. Refusant aussi que l’on s’apitoie sur son sort – “Je ne fais pas Bercy pour rendre hommage à Michel, il détestait ce genre de choses, mais parce que j’en ai envie et je veux l’inscrire dans un contexte gai” -. France avait donc préféré dissimuler ce nouveau drame.

Pourtant, lorsqu’elle avait appris son cancer, pour la première fois, elle avait failli craquer. Elle qui affirmait, au lendemain de la mort de l’homme qu’elle aimait : “Je n’ai plus peur de rien, comme si, en partant, Michel m’avait légué sa force”, s’était laissée envahir par la panique et le doute. Car elle avait alors songé à ses enfants. “C’est affreux à dire, expliquait-elle, mais quand leur père est mort, je me suis dit : “Je suis là, moi.” Penser qu’ils risquaient de devenir orphelins, c’était insoutenable. Cette journée-là a été la plus douloureuse de toute mon existence.”

Fort heureusement, la tumeur a été retirée sans qu’il ait été besoin de recourir à une ablation, et France, qui se réfugiait alors, et plus que jamais, dans la foi et la spiritualité, comme elle l’avait fait au moment de la disparition de Michel, a complètement guéri.

En septembre 93, elle retrouvait donc son public à Bercy. Avec une ambiance fut des plus émouvantes. “Je savais que beaucoup de gens pleuraient, raconte-t-elle. Je fermais les yeux pour ne pas les voir … Sinon, j’étais foutue !”

Un an plus tard, elle “faisait” Pleyel, et fêtait son véritable retour à la vie. “Je me sens toute neuve, comme si j’avais deux ans, déclarait alors la chanteuse. Comme si, depuis la mort de Michel, la scène m’aidait enfin à renaître.”

Hélas, l’éclaircie allait être de courte durée. Car en novembre 94, alors qu’elle venait de rentrer à Paris pour des répétitions, son fils, Raphaël, était victime d’un grave accident. Renversé par un chauffard, l’adolescent souffrait d’une hémorragie et de multiples contusions. Accourant aussitôt à son chevet, France allait connaître à nouveau l’enfer, pendant trois jours et trois nuits. Finalement, touché à la rate, et non au pancréas comme on le craignait, Raphaël était rattrapé par la vie …

Quelque temps après, la jeune femme s’envolait avec ses enfants pour les Etats-Unis. A Los Angeles, très exactement, et pour plusieurs mois. Pour réaliser l’un des souhaits de Michel. Celui-ci désirait en effet que leurs enfants soient parfaitement bilingues.

Mais une autre raison, encore plus émouvante, a également motivé cet ex californien : Michel, comme l’a récemment confié France, aurait voulu tenter sa chance outre-Atlantique. Nul doute qu’il y aurait certainement réussi …

Alors, pour exaucer ce vœu ultime, elle a enregistré là-bas un nouvel album, composé des chansons les plus universelles de son mari, traduites en anglais. Et si elle reste définitivement “la groupie du pianiste”, elle est aussi, depuis sa renaissance, une étoile nouvelle, qui fait briller son “Berger”. Sans renoncer à ses propres feux …

Emmanuelle BACH

Magazine : Ici Paris Magazine
Date : 19 ai 25 juillet 1995
Numéro : 2611

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