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France Gall sort du silence (Presse)

L’article

« Souvenirs-souvenirs » … disait une des premières chansons de Johnny. Quarante ans après, à l’Olympia, au moment de chanter « Quelque chose de Tennessee », de Michel Berger, jamais les souvenirs n’ont été si émouvants.

Johnny accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée. Et, sur la scène mythique, c’est à une renaissance que les spectateurs assistent. Depuis la mort de Pauline, sa fille de 19 ans, en décembre 1997, cinq ans après, celle de Michel Berger, son mari, France Gall a choisi l’ombre et le silence. Elle en sort, protégée par Johnny, dans un pur instant d’émotion. « Dans dix ou vingt ans, annonçait Michel Berger en 1985, au moment de la sortie de « Rock and roll attitude » l’album qu’il avait écrit pour Johnny, on ne se souviendra plus de ce que j’ai fait. » Ce 15 août, une standing ovation lui répond. « Quelque chose de Tennessee » continue a parler du désir fou de vivre une autre vie.

Leur amitié est née au temps des yé-yé. En 1966, déjà, dans la photo de classe des idoles, Johnny avait pris soin de s’entourer de ceux qu’il aimait : près de Sylvie, sa femme, il avait voulu France Gall, prix de l’Eurovision. A l’écart était assis Michel Berger, fils d’une pianiste classique et d’un professeur de médecine, chanteur-compositeur depuis ses 16 ans, mais toujours étudiant en philosophie. Sept ans plus tard, « La déclaration » que Michel écrit à France entre au hit-parade. Michel compose pour sa femme, pour ses amis, pour lui-même et aussi pour le cinéma. Johnny lui demande alors de lui écrire une chanson. « Après « Détective » de Godard, j’ai senti qu’il avait le désir d’évoluer », expliquait Michel Berger. A sa mort, Johnny déclarera dans Match : « Michel faisait partie de ma famille, comme France et ses enfants. Mon hommage personnel, je le lui rendrai à ma façon … en le chantant !»

Olympia 2000, Johnny Hallyday accueille France Gall, « Poupée de cire, poupée de son » des sixties et femme blessée.

Pendant dix-huit ans, ils ont traversé les modes, un succès chassant l’autre. La musique était leur univers commun : sur elle, ils ont construit leur vie. Ils triomphent dans « Starmania », en 1978, l’année où naît leur fille Pauline. L’été 1980, ils sortent un disque chacun et se disputent la place de tête au hit-parade. L’arrivée de Raphaël s’enchaine avec le succès de « Tout pour la musique ». Ils défendent aussi les mêmes causes. Ils se produisent au profit d’Amnesty International, de l’Éthiopie, tombent amoureux du Sénégal. Coluche est le parrain de leur fils, Balavoine fait partie des amis. C’est dire que les deuils se succèdent. Ils passaient l’été 1992 dans leur maison de Ramatuelle quand Michel, âgé de 44 ans, a ressenti plusieurs malaises cardiaques. Le médecin ne parviendra pas à le réanimer.

Pour la première fois, France écrit ce que la pudeur lui a longtemps fait taire.

Lettre de France Gall

Pour l’anniversaire de Johnny à Sceaux, Michel Sardou, très gentiment, m’a demandé de l’accompagner, car il chantait en duo avec Johnny “On a tous quelque chose de Tennessee”, une chanson écrite par Michel Berger en 1985. Du temps de Michel, Johnny et moi étions très proches ; on a été brouillé pendant un bon moment à cause de quelqu’un. On s’est retrouvé par hasard au mariage d’Anne-Marie et Michel Sardou. Il m’a appelée le lendemain pour me dire à quel point il était heureux de me revoir.

Moi aussi. Comme je n’avais pas chanté à Sceaux, j’ai proposé à Jean-Claude Camus, son producteur, de lui faire une surprise au milieu de l’été quand il chanterait à l’Olympia.

J’ai avancé la date du 12 août. Le jour de la répétition, une voiture est venue me chercher. Je n’étais pas retournée dans cette salle depuis que j’y avais chanté et qu’on l’avait entièrement refaite.

Dès que je me suis retrouvée avec les musiciens et que j’ai commencé à répéter, je me suis sentie tout de suite dans mon élément. Je n’avais pas été sur scène depuis le concert privé de M6 en mars 1997. J’étais contente. Après la répétition, il a fallu que j’attende quatre heures et demie dans la loge. Je pensais que j’allais m’angoisser. Pas du tout. Je suis entrée en scène au dernier moment, comme toujours. La chanson commence par un petit texte de Tennessee Williams, que Nathalie Baye disait à l’époque … « A vous autres, hommes faibles et merveilleux / Qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu / Il faut qu’une main posée sur votre épaule / Vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère. » Je commençais la chanson en parlant dans le noir. On ne voyait que ma silhouette. C’est lorsque ma main s’est posée sur l’épaule de Johnny qu’il a commencé à chanter. J’ai pu vérifier en direct quel interprète extraordinaire il est …

Il y a des moments où j’aime tout le monde. Celui-là en faisait partie. Le souvenir qui me reste, c’est trois minutes et demie d’amour partagé. C’est ce qui m’a poussée à revenir trois jours plus tard.

Quand Michel est parti, ça m’a donné envie de chanter, j’ai fait trois shows en quatre ans : Bercy, Pleyel, l’Olympia, suivis de tournées. Chanter, c’était le moyen de le retrouver à travers sa musique. Le départ de ma fille m’a donné envie de me taire. Peut-être pour toujours, ça, je ne le sais pas encore.

Si je n’ai pas donné de mes nouvelles, c’est que la grande souffrance est quelque chose de tellement personnel qu’on ne peut la partager. Je crois que j’ai beaucoup changé, mais je vis de la même manière, dans le même appartement ; je vois d’autres gens seulement. La vie est différente en profondeur, même si en apparence elle ne l’est pas.

Monter avec Johnny sur scène, c’était aussi ma façon à moi de donner de mes nouvelles au public qui s’inquiète de mon silence. Si vous saviez les merveilles de soutien que je reçois sans cesse. Ce que je vais faire après ? Je ne sais pas. Je ne peux répondre à aucune question sur le futur, car le passé est encore trop présent. Me retrouver en plein dans la lumière a été comme un éblouissement. C’est Johnny qui a su trouver les mots et les gestes pour me sortir de l’ombre que je recherche. En ce qui concerne l’affaire Véronique Sanson : je crois que personne n’avait osé faire une chose aussi vile de manière publique, en utilisant l’âme et le cœur d’une personne qui nous a quittés et, de plus, relayée par les médias complaisants. C’était à gerber !

J’ai préféré fuir et prendre mes quartiers d’hiver dans ma maison de Dakar. Cette maison a toujours été un endroit important pour moi. Pour y accéder, il faut traverser l’eau. Je ressens toujours ce passage comme une purification ; j’aime Dakar comme j’aime New York. Différemment. J’ai passé tout le mois de mai à New York. J’y étais venue plusieurs fois avec Michel pour enregistrer, et puis on y avait passé des réveillons en famille. C’est pour moi une ville pleine de souvenirs heureux et j’ai envie d’en faire se succéder d’autres qui sont aussi de bons moments. Hier ; je suis allée arranger les fleurs sur la tombe de mes deux amours Pauline et Michel. Quelqu’un m’a prise en photo. Quand je me promène dans les rues de New York, j’ai l’impression d’être sans passé. C’est ça que j’aime. Je me sens comme une petite fille. Je fais des choses que je ne fais jamais, je vais m’allonger des après-midi entiers dans l’herbe à Central Park, j’écris, je lis, je réfléchis … Même s’il y a souvent de la tendresse dans le regard des gens en France, je sais à quoi ils pensent en me voyant. Je ne ressens pas ça à New York. Et puis, l’amour, je n’en manque pas. J’ai mon fils Raphaël ; je suis encore dans ma période “Qu’est-ce qu’ils ont tous à courir comme ça pour rien » ! Je regarde les gens s’agiter, j’ai l’impression par moments d’être spectatrice de la vie. Je me suis beaucoup battue pour vivre dans le silence ces dernières années. Il était urgent d’attendre que le temps passe et le passage à l’an 2000 m’a fait un bien immense, même si je ne me sens pas prête à retourner dans le tourbillon.

Un jour, les choses deviendront plus évidentes. Une envie différente naîtra. A ce moment de ma vie, je n’ai pas tellement envie de dire, mais plutôt envie de faire. Je voudrais réussir à vivre mon douloureux vécu comme un enrichissement. Je ne veux pas combler le manque par de la tristesse. Merci Sénèque !’

Mes amis le savent, je suis quelqu’un de très gai, quand on prend le temps de la regarder, la vie est toujours aussi passionnante. Disons qu’elle est différente. (Lettre de France Gall)

Douce France

Par Johnny Hallyday

Il y avait trop longtemps qu’elle était dans le silence. Trop longtemps que France n’avait pas chanté. Ça me manquait. J’ai pensé que ça manquait aussi à son public. Je sais, pour un chanteur, ce qu’est la scène : l’angoisse, mais aussi la fièvre. Je l’ai accueillie à l’Olympia pour lui donner envie de revenir. Lui donner l’envie d’avoir envie …

Depuis toujours j’ai pour France beaucoup de tendresse. J’ai avec elle tant de souvenirs. Nous nous sommes connus dans l’insouciance des années de jeunesse. Nous nous sommes reconnus à travers son mari Michel Berger quand il m’a écrit un album en 1985. Entre nous, plus encore que de l’amitié, il y avait du respect. J’admirais son talent et surtout sa pudeur. Comme moi, il n’avait pas besoin de beaucoup de mots pour dire les choses. Souvent, nous nous comprenions sans parler. Il formait avec France un vrai tandem. Il lui a écrit ses plus beaux textes. Elle les a interprétés mieux que personne, avec un supplément d’âme, comme dit une de leurs chansons. Aujourd’hui, les épreuves et la tristesse ont ouvert un grand vide dans la vie de France. Mais il y a aussi un vide dans le show-business français : la place de France, celle qu’elle doit reprendre. J’aimerais, de toute mon amitié, lui dire qu’on l’attend.

Magazine : Paris Match
Photos de Sébastien Valente et Daniel Angeli
Numéro du 31 août 2000
Numéro : 2675

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