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Adieu, douce France

Après Johnny Hallyday, c’est France Gall qui vient de nous quitter. Avec elle, c’est encore un peu de nous qui s’en va. Retour sur ses combats, ses chansons et son couple avec Michel Berger.

Le décès de l’interprète de Résiste, le 7 janvier dernier à l’âge de 70 ans, a suscité de nombreux témoignages de sympathie. De cette artiste généreuse, on gardera en mémoire des chansons éternelles, l’image du couple solide qu’elle formait avec Michel Berger et le souvenir d’une femme de combats.

Ses plus belles chansons

“Ma chanson préférée ? Plus haut ! Plus haut/Celui que j’aime vit dans un monde/Plus haut/Bien au-dessus du niveau de l’eau/Plus haut que le vol des oiseaux. Il écrivait bien Michel [Berger], hein ?”

Quand on l’interrogeait en 2015, au moment où se montait Résiste, le spectacle musical autour de ses chansons, France Gall, née Isabelle Gall, reconnaissait qu’il lui était difficile de choisir sa chanson préférée. Le grand public, lui, retiendra surtout Évidemment, en hommage à Daniel Balavoine, Il jouait du piano debout, clin d’œil à Jerry Lee Lewis, Ella, elle l’a, en l’honneur d’Ella Fitzgerald, ou Musique, repris un temps par les élèves de Star Academy. Mais d’autres chansons, plus confidentielles, méritent d’être réécoutées, comme La chanson d’Azima, sur l’Afrique, Ce soir, je ne dors pas, sur une idylle naissante, ou Besoin d’amour, extraite de Starmania. Sans oublier celles des années 1960, dont elle était moins fière, comme Bébé requin, signé Joe Dassin, ou les fameuses Sucettes, qui l’avaient fâchée un temps avec Serge Gainsbourg. La chance de sa vie, c’est d’avoir frappé à la porte de Michel Berger. Elle voulait travailler avec celui qui avait tour à tour lancé Véronique Sanson et relancé Françoise Hardy. La déclaration d’amour, en 1974, a été le premier d’une longue série de tubes jusqu’à Laissez passer les rêves, en 1992. Mais un seul titre a marqué durablement sa vie : Babacar en 1987. Babacar, c’était le prénom d’un bébé sénégalais qu’elle avait rencontré là-bas. Trop pauvre pour s’en occuper, sa mère avait proposé à France Gall de repartir en Europe avec lui. Mieux, la chanteuse avait décidé de lui payer des études. Elle est toujours restée en contact avec Babacar, devenu un brillant jeune homme.

Ses combats

C’est avec Daniel Balavoine, en 1985, que France Gall livre sa plus belle bataille. Lors de son premier rallye Paris-Dakar, le chanteur avait constaté que rien n’était fait sur place pour l’éducation des enfants. Avec les comités Action Écoles, lancés dans la foulée de Chanson pour l’Éthiopie, elle s’était impliquée sur le terrain, au Sénégal. La tragique disparition du chanteur, en 1986, n’avait fait que décupler son énergie. Au-delà du plaisir d’avoir ces dernières années une maison sur la petite île de N’Gor, elle s’impliquait totalement dans la vie locale. « C’était la première à participer aux actions caritatives », se souvient le peintre Abdoulaye Diallo. Ses autres combats? Ceux qu’elle livrait contre un destin cruel. En 1997, sa fille Pauline mourrait de mucoviscidose, à 19 ans.

Cinq ans plus tôt, le 2 août 1992, c’était Michel Berger, « À l’annonce de sa disparition, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre », expliqua-t-elle. Très vite, on lui diagnostique en effet un cancer du sein, qu’elle soigne avec succès.

« J’ai eu très peur », confiait-elle. En 2015, la maladie était revenue. Un combat qu’elle a, hélas, perdu. Elle s’est éteinte dans les bras de son fils Raphaël, 36 ans, et de son compagnon Bruck.

Sa vie avec Michel Berger

Depuis une vingtaine d’années, la chanteuse avait refait sa vie avec Bruck Dawit, un musicien et producteur qu’elle avait connu … dans les années 1970. Ce proche de Bruce Springsteen et de Prince avait choisi de rester dans l’ombre pour ne pas heurter le souvenir du tandem qu’elle formait avec Michel Berger, le seul homme de sa vie aux yeux du public.

Il leur avait suffi d’une furtive rencontre dans les couloirs d’une radio pour que l’étincelle jaillisse. S’en suivit dix-huit ans d’une relation sans heurts. Au moment du décès de Michel Berger, en 1992, il était pourtant question d’une séparation. Il ne supportait plus son sens aigu de la fête, elle goûtait moins son addiction au travail. Il se dit même, sous la plume d’Yves Bigot dans Quelque chose en nous de Michel Berger, que le chanteur était tombé amoureux du mannequin allemand Béatrice Grimm, avec qui il rêvait de s’installer en Californie.

Laissons à Julien Clerc, son amour de jeunesse, le dernier mot : “France, nous avions 20 ans, des bonheurs, des chagrins. Une part de ma vie s’en va avec toi.”

Magazine : Télé Magazine
Par Frédéric Jarreau
Numéro du 27 janvier au 2 février 2018
Numéro : 3247

Merci à Elisabeth.

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