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Ce qu’ils pensent de la “Révolution” des jeunes (Presse) Noir et Blanc

Tout le monde parlait de guerre civile autour de moi. Jusque-là, j'avais été très heureuse, trouvant que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. J'étais parfaitement insouciante.

Et les fameuses « idoles des jeunes » ?

Que pensent-elles au juste des événements qui ont secoué la France, et plus particulièrement la jeunesse de France ?

Elles qui avaient coutume de brandir leurs guitares électriques comme des mitraillettes et qui, dans le déchaînement des « sonos », transformaient leurs récitals en meetings révolutionnaires, ont-elles disparu de la scène au moment où le passage à l’action a succédé à la « contestation » théorique gravée dans la résine des super 45 tours ? Sont-elles subitement devenues muettes, se trouvent-elles soudain frappées de paralysie ?

Car enfin, hommes de lettres ou de science, journalistes, auteurs dramatiques, cinéastes, comédiens, tout le monde a pris position – en des sens divers – devant le raz-de-marée revendicatif qui a déferlé sur le pays. Et les « enfants de la batterie », eux, sont restés étrangement absents de ce débat tumultueux, qui avait pris pour théâtre la rue, les usines et les Facultés. Ils avaient mille fois « cassé la baraque » en chansons, en contorsions et gesticulations. Ont-ils estimé qu’ils en avaient assez fait, à l’heure où étudiants et forces de l’ordre s’affrontaient sur les barricades, où s’entrecroisaient, dans un ciel embrasé par l’incendie, cocktails Molotov et grenades soufflantes, où s’organisaient partout d’immenses cortèges fleuris de noir, de rouge et de tricolore ? Nous avons voulu connaître les raisons profondes d’une attitude à première vue surprenante. D’où l’enquête dont vous trouverez ci-dessous le résultat. Parmi les « idoles » interrogées par nos soins, certaines ont refusé tout net de nous répondre. C’est leur affaire… Mais la plupart ont satisfait à notre légitime curiosité. Nous vous donnons, sans y changer une virgule, le texte de leurs déclarations.

A vous, chers lecteurs, de les apprécier et, bien que la mode ne soit plus aux examens, de leur attribuer une note de O à 20 – « avec le motif », comme on disait dans l’armée de papa.

France Gall

Ah là, là, ce que j’ai pu avoir peur ! Au début, je n’éprouvais qu’une certaine irritation. A cause des batailles du Quartier latin et des grèves, voilà que la sortie de mon nouveau super 45 tours se trouvait compromise ! Moi qui avais tant travaillé pour qu’il soit réussi ! Et puis, à l’irritation a succédé la peur. Une peur carabinée. Tout le monde parlait de guerre civile autour de moi. Jusque-là, j’avais été très heureuse, trouvant que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. J’étais parfaitement insouciante. Soudain, je me suis rendu compte que tout pouvait changer, que je risquais d’être moins heureuse, que j’aurais du souci à me faire. Alors, j’ai tremblé de tous mes membres … Mais aujourd’hui, je suis complètement rassurée. Tout est rentré dans l’ordre. Quel bonheur !


Le premier numéro de Noir et Blanc paraît le 14 février 1945 et son prix est de dix francs. Le magazine traite de l’actualité et plus particulièrement de la vie des célébrités. Pendant 26 ans, le magazine conserve une couverture en noir et blanc, conforme à son titre (avec de rares exceptions). Fin 1970, la maquette de la couverture est rénovée, avec apparition de la couleur ; la parution du magazine semble cesser peu après Avril 1971. (source Wikipedia)

Magazine : Noir et Blanc
Date : du 27 juin au 3 juillet 1968
Numéro : 1213

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