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Il était une fois France Gall (presse)

Histoire de France, une famille unie

Parfois, le succès est-dû au hasard de la vie, aux rencontres. Et parfois le destin semble tout tracé. C’est le cas de la jeune Isabelle qui depuis sa plus tendre enfance ne vit que pour Ici musique.

Posée dans son berceau, elle fixe le plafond du salon familial en toute quiétude, apaisée par les sons qui l’entourent. Le bébé reconnaît le notes de musique qui résonnent. Depuis sa naissance, le 9 octobre 1947, Isabelle est bercée par sa mère qui lui joue du violoncelle. Les Gall sont une famille de musiciens : son grand-père maternel, Paul Berthier, est l’un des fondateurs des Petits Chanteurs à la croix de bois, son père Robert se destinait à la musique classique qu’il étudie au Conservatoire. Finalement il se consacrera au bien-être des soldats pendant la Seconde Guerre mondiale en jouant pour eux afin de leur changer les idées durant cette sombre période. Il deviendra ensuite parolier tout en continuant à insuffler sa passion pour la musique à ses enfants puisque les frères jumeaux de France, Patrice et Philippe, se tournent vers la guitare.

En 1960, on doit à Robert Gall Les Amants merveilleux interprétée par Édith Piaf et trois ans plus tard Charles Aznavour chantera grâce à lui sa célèbre Mamma. Robert amène d’ailleurs sa fille chez Charles pour lui faire entendre son joli brin de voix. Aznavour est sous le charme et encourage vivement celle qu’on surnomme Babou à persister. Isabelle a donc l’habitude du milieu artistique et croise même régulièrement de grands n comme Marie Laforêt, Claude Nougaro et Hugues Aufray. Avec, ses frères, elle forme un délicieux trio d’artistes en herbe qui se produit sur les plages pendant l’été puis à Paris quand la rentrée s’annonce.

Le collège, ça la barbe … La petite blonde préfère la fantaisie du spectacle et de la chanson. Le 11 juillet 1963, Isabelle passe sa première audition au Théâtre des Champs-Élysées dans l’espoir de rentrer dans le giron d’une maison de disques. C’est Denis Bourgeois, directeur de Phillips, qui lui conseille fortement de changer de prénom pour éviter de la confondre avec la récente gagnante de l’Eurovision, Isabelle Aubret.

Mineure, elle a besoin de l’aval de son père qui est aussi son manager. Denis Bourgeois est un fan inconditionnel de rugby et voue une affection particulière aux rencontres France/Pays de Galles, abrégées dans la presse France/Galles. La jeune Isabelle n’est pas très emballée par ce nouveau prénom mais son père le valide et signe son contrat. Le jour de ses seize ans, France Gall tient entre ses mains son plus beau cadeau d’anniversaire : son premier 45 tours, Ne sois pas si bête, dont les paroles sont signées Pierre Delanoë. Il s’en vendra 200 000 exemplaires. L’année suivante, Robert Gall lui écrit Sacré Charlemagne. Toutes les jeunes filles chantent en chœur en se demandant qui a eu cette idée folle d’inventer l’école, une école que France quitte sans regrets, échappant à la perspective d’un redoublement. Deux millions d’exemplaires s’écoulent et le pays s’entiche de cette jeune chanteuse, de son carré blond à la raie au milieu bien sage, de son regard mutin, de son grain de beauté sous l’œil droit. Une histoire d’amour entre France et son public qui ne fait alors que commencer. Anaïs Pacaud

Les années 60 – Une poupée franchement douée

Après avoir chanté du Jazz à gogo et avoir passé ses Premières vraies vacances, France Gall croise la route de Serge Gainsbourg alors âgé de 37 ans.

Nous sommes en 1964 et à l’été sort dans les bacs le fruit de leur première collaboration, Laisse tomber les filles. Serge tombe plutôt sous le charme de la jeune fille de 17 ans dont il enregistre le rire contagieux qu’il place dans son Pauvre Lola. “J’étais un marginal en 1964, France Gall m’a sauvé la vie”, explique l’homme à la tête de chou. Dans une interview accordée à Rock & Folk quatre ans plus tard, Gainsbourg répond sans fard au journaliste qui lui demande s’il a trouvé en France Gall l’interprète idéale. “Non, c’est plutôt elle qui a trouvé en moi le compositeur idéal … Non, mais ça fait un joli couple. Vous savez, avant que j’écrive pour elle, on ricanait à mon sujet, on disait : ouais, ésotérique … Mais j’admets pas qu’on dise du mal de cette fille qui, a son age, gagne sa vie …

Si vous savez ouvrir cette huître, eh bien vous trouverez la perle … Sinon vous tomberez sur une moule. France Gall est un personnage ambigu. Sous couvert d’une gentillesse enfantine, elle est la seule de nos chanteuses pop à attaquer effectivement le système. Si vous la prenez pour une aimable petite gourde, vous avez tort. Je la prenais pour une Lolita. J’avais tort aussi. France Gall, c’est Alice au pays des merveilles, une Alice qui aurait un penchant avoué pour la littérature érotique. On ne dit pas du mal d’Alice. Ceux qui n’aiment pas France Gall se trompent.”

L’admiration sans borne que lui voue Serge Gainsbourg et son immense talent donnent naissance en 1965 à Poupée de cire, poupée de son. Avec ce titre, elle participe au concours de I’Eurovision qu’elle remporte sous les couleurs du Luxembourg. Ironie du sort, la France ne lui attribue aucun point. “J’avais 17 ans et je n’en garde pas un souvenir extraordinaire confia-t-elle en 2015 au Parisien. Je n’étais pas très confiante. J’avais envie que ça se finisse vite.” L’année suivante, Gainsbourg signe Les Sucettes. Celle qui n’est encore qu’une adolescente ne comprend pas l’ambiguïté des paroles et chante avec candeur le sucre d’orge parfumé à l’anis qui coule dans la gorge d’Annie … Le public, lui, comprend et change de comportement à son égard. Pendant ses concerts, on entend désormais des “A poil !” scandés par la foule et certains se permettent même des mains aux fesses. Une période difficile pour France, dépassée par la situation. La légende veut que la jeune fille se soit enfermée chez elle pendant six mois quand elle a réalisé le vrai sens des paroles d’autant qu’elle se souvient avoir effectivement raconté à son pygmalion que sa mère avait l’habitude de lui acheter des sucettes tous les jours quand elle était petite …

Elle chante, elle danse Baby Pop en pleine vague yé-yé, le look de la jolie blondinette est imité par toutes les jeunes filles et les garçons ont le béguin pour elle, mais ses titres suivants sont qualifiés de purement mercantiles comme Bonsoir John-John (en référence au fils de John Fitzgerald Kennedy). Elle a 20 ans quand elle entonne les paroles de Bébé requin, fruit de la collaboration de Frank Thomas, Jean-Michel Rivat et d’un certain Joe Dassin ! Teenie Weenie Boppie, hymne anti-LSD écrit par Gainsbourg, fait un flop … Mais jamais cela n’entachera l’admiration mutuelle qu’ils se portent. En 1968, dans un entretien, France Gall confie avec émotion à un journaliste : “Un jour, on a demandé à Gainsbourg s’il avait quelqu’un de moins de 30 ans à statufier et il a dit quelque chose qui m’a bouleversée : “Ce serait France Gall. Ce serait une immense statue en sucre d’orge et tous les enfants viendraient lui lécher les doigts.”

A la fin des années 60, elle ne connaît plus le même succès, les ventes de ses disques baissent et elle se tourne vers l’Allemagne qui fond pour son joli minois et son grain de voix. Effrayée par les événements de mai 1968, France préfère de toute façon s’éloigner de la capitale et tourne la page avec Philips : tout juste majeure, elle décide de signer dans une jeune maison de disques, La Compagnie, née de la collaboration de Nicole Croisille, Michel Colombier et Hugues Aufray. Le mariage ne se révélera pas très heureux et France entame ce qu’on appelle une traversée du désert qui se solde par la faillite de la maison de disques en 1970. France ne le sait pas encore mais à nouvelle décennie, nouvelle vie … Anaïs Pacaud

Claude François – Qu’il est bon d’aimer

En 1964, France a 17 ans, Claude 25 .. Ils sont jeunes, ils sont beaux et plein de talent. Leur idylle est discrète pour ne pas peiner les groupies de Claude mais la passion qui les lie en est peut-être encore plus grande.

Quand France remporte en 1965 l’Eurovision, elle n’a qu’une idée en tête : partager sa joie avec son amoureux. Elle s’éclipse donc pour lui téléphoner, mais son bonheur est brusquement balayé … Alors qu’elle s’attendait à entendre Claude François la féliciter, il la quitte ! “Tu as gagné, mais tu m’as perdu”, lui assène-t-il. Jaloux de son succès, il semblerait que l’artiste n’envisage pas de partager la gloire. La jeune fille sent le sol se dérober sous ses pieds … Pourtant elle se doit de remonter sur scène pour chanter une nouvelle fois sa Poupée de cire, poupée de son qui lui a permis de décrocher la victoire. Le visage baigné de larmes, France Gall chante, les yeux dans le vague. Le public met ça sous le coup de l’émotion et l’imagine profondément touchée par son triomphe.

Profondément touchée elle l’est effectivement, blessée aussi. 17 ans c’est l’âge des premières amours mais aussi des premiers chagrins. L’âge où l’on croit quel’ on ne se remettra jamais d’une rupture et où l’on est prêt à tout pour reconquérir l’être adoré. France rentre dès que possible à Paris et se précipite chez Claude. Elle tambourine à la porte, le suppliant d’ouvrir en pleurant. En vain. Le chanteur, intransigeant, ne lui ouvre pas et la poupée blonde passe la nuit sur le pas de la porte. Néanmoins le couple finit par se reformer. Deux ans plus tard, c’est elle qui le quitte, et l’histoire s’achève pour de bon. Le point final de cette rupture s’inscrit sur le papier, sur une partition : Claude François signe Comme d’habitude, l’un de ses plus beaux succès qui sera repris dans le monde entier, notamment par le grand Frank Sinatra.

Bien des années plus tard, France s’expliquera en disant que “Claude n’était pas quelqu’un de facile”. En 1974, les anciens amoureux se retrouvent le temps d’un duo sur le plateau d’une émission des Carpentier et chantent Laisse tomber les filles. “Laisse tomber les filles, un jour c’est toi qui pleureras … Oui j’ai pleuré mais ce jour-là non je ne pleurerai pas … Je dirai c’est bien fait pour toi, je dirai ça t’apprendra…” Des paroles qui peuvent sonner comme un règlement de compte ! Les rancœurs et les blessures sont pourtant passées et de ces trois ans d’amour, il reste une magnifique complicité artistique. Anaïs Pacaud

Julien Clerc – France, sa préférence

En cette fin de décennie, la tendance musicale change. Les yé-yé s’éclipsent doucement pour laisser place aux mélodies hippies.

Au théâtre de la Porte Saint-Martin une comédie musicale est adaptée par Jacques Lanzmann: elle s’appelle Hair et vient de cartonner à Broadway pendant plusieurs mois, Il cherche avec Annie Fargue, la productrice, celui qui incarnera son héros … Le nom d’un beau jeune homme à la tignasse folle, aux yeux rieurs et malicieux commence à circuler. Il s’appelle Julien Clerc et vient de faire la première partie de Gilbert Bécaud à L’Olympia.

La première de Hair est donnée le 30 mai 1969 et Julien laisse entrer le soleil en déclenchant l’hystérie de ses fans. Le succès du spectacle est immédiat et le Tout-Paris veut y assister, France comme les autres … C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Julien Clerc, en toute discrétion, le mot d’ordre de leur histoire d’amour. Aussi brun que Claude François était blond, Julien tombe sous le charme de la jeune femme mais se heurte à son manager qui désapprouve cette relation. Pour lui, pas question de briser le cœur des fans de Julien, qui constitue l’essentiel de son public, il lui demande de cacher autant que possible leur amour. Mais les rumeurs finissent bien sûr par circuler …

En décembre 1969, Salut les copains dévoile l’histoire sous le titre France et Julien, duo pour une romance. Si le couple continue à faire de son mieux pour ne pas s’afficher en public, les amoureux ne coupent pas aux présentations à la famille ! Julien rencontre les parents de France, France ceux de Julien et tout le monde s’entend à merveille. A tel point que Julien embrigade Philippe, l’un des frères de sa chérie, dans son orchestre, ainsi que deux de ses cousins.

Pour abriter leur amour, France et Julien achètent une grande maison en Bourgogne en 1971. Ils se retrouvent dès que possible dans ce havre de paix qui leur permet de s’épanouir loin des médias. A cette époque, c’est surtout l’emploi du temps de Julien qui décide de leurs instants de liberté puisque France connaît ce que l’on appelle une traversée-du-désert. Mais peu importe, elle est amoureuse, et c’est alors tout ce qui compte à ses yeux. Elle rêve même de mariage, d’enfants. Pourtant, Julien continue de cacher leur amour, sous la pression de son manager et de sa maison de disques, France souffre de cette situation. Elle est pudique certes mais ne veut plus vivre dans l’ombre, comme la maîtresse d’un homme marié. Pour voir l’homme qu’elle aime sur scène, France doit se cacher sous une perruque et derrière des lunettes noires pour se fondre dans la foule, comme n’importe quelle autre admiratrice.

Les années passent et la situation ne change pas. A l’été 1973, France loue une villa à Sainte-Maxime. Elle y passe plusieurs jours, seule, avant que Julien ne la rejoigne en catimini dans une voiture aux vitres teintées. En vacances non plus, pas question de roucouler sans se soucier des curieux … Même au téléphone France ne peut lui parler tranquillement ! Quand elle l’appelle durant ses tournées, il raccroche le combiné avec un : “Non mademoiselle c’est une erreur” s’il n’est pas seul dans la pièce ! Déjà cinq ans que leur idylle a débuté et que France continue de jouer les anonymes. En 1974, un journaliste assiste à une scène étrange : Julien enregistre une émission de télévision et parmi les photographes présents sur le plateau, il fait signe à l’un d’entre eux de le suivre en coulisses. Le journaliste les suit discrètement et découvre avec effarement que sous son foulard, caché derrière un fatras d’appareils photos, se trouve en réalité France Gall ! Il existe pléthore d’anecdotes comme celles-ci, trop peut-être puisqu’un beau jour France craque. La jeune femme ne supporte plus la situation et quitte son beau brun. Brisé par le chagrin, il lui écrit une magnifique chanson puisée dans sa douleur, Souffrir par toi n’est pas souffrir, “Si un jour tu veux revenir/Sans mots, sans pleurs, sans même sourire/ Négligemment et sans te retenir, Sans farder du passé tout l’avenir.” Julien est prêt à tout pour que la jeune femme revienne, mais trop tard : France a croisé la route d’un autre homme. Anaïs Pacaud

Michel Berger – L’accord parfait

Entier. Profond. Evident. Absolu. Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire l’amour qui unissait France et Michel.

Ce seront dix-huit années de fusion couronnées par la naissance de deux enfants et de dizaines de tubes. En 1973, France vit encore avec Julien Clerc quand elle entend à la radio dans sa voiture une chanson interprétée par Michel Berger. C’est Attends-moi, un titre qu’il a composé dans le chagrin alors que Véronique Sanson vient de le quitter. Sa voix la subjugue et elle se met en tête de le rencontrer.

C’est dans les locaux d’Europe 1, rue François 1er qu’ils se parlent pour la première fois, par hasard, puisqu’ils sont tous les deux invités pour participer à une émission, France va le voir avec une cassette qui contient une chanson que sa maison de disques voudrait qu’elle chante. Elle veut son avis, il l’invite à venir lui faire écouter chez lui. Michel confirme ce qu’elle pensait en lui disant que le titre est nul. Il sait tout de suite ce que la jeune femme doit chanter, le feeling et le partage musical sont immédiats entre les deux artistes. Ils se voient de plus en plus régulièrement, discutent pendant des heures. Michel lui fait chanter des paroles qu’il a couchées sur le papier, elle joue du piano, il la fait rire. La magie opère et France quitte Julien Clerc.

“La première fois qu’on s’est assis au piano, ma voix sur sa musique c’était comme une évidence. Simple et naturelle. On ne peut pas le chanter autrement” racontera-t-elle à Libération. Michel lui fait sa déclaration et lui offre une des plus belles chansons d’amour du répertoire français. “Quand je suis seul et que je peux rêver, je rêve que je suis dans tes bras, je rêve que je te fais tout bas, une déclaration, ma déclaration …” Leurs destins sont scellés, impossible désormais d’envisager la vie l’un sans l’autre. La déclaration d’amour est le tube de cette année 1974 et France Gall renoue avec le succès, laissant derrière elle ses années de traversée du désert. Mais tant d’amour d’un coup, ça peut faire peur. Une séparation de quelques semaines effacera les doutes comme le confie France : “Je suis partie à Marrakech, et quand je suis revenue, j’ai su de tout mon être que j’allais ouvrir la page la plus importante de mon existence. Ça m’a transformée, ça m’a apaisée.” Le 22 juin 1976, Michel Berger épouse sa jolie blonde à la mairie du XVIe arrondissement de Paris. La même année il écrit pour la télévision une comédie musicale intitulée Emilie ou la petite sirène 76. On y croise Eddy Mitchell, Nicole Croisille, Christophe et il y chante notamment avec France Ça balance pas mal à Paris.

1976, une année décidément importante dans la vie de France puisqu’elle sort, enfin, son premier album studio. Déjà douze ans de carrière derrière elle et pourtant jusqu’ici, elle n’avait jamais réalisé ce rêve. C’est Michel qui le lui offre. “C’est mon premier album, c’est un truc énorme pour moi !” explique-t-elle folle de joie en tenant le précieux objet entre ses mains, sobrement intitulé France Gall. On y trouve des pépites comme Ce soir je ne dors pas, Comment lui dire, La déclaration d’amour ou encore Samba Mambo. La jeune mariée cherche le nid idéal qui abritera leur bel amour, France n’a pas envie de continuer à vivre dans l’appartement que Michel occupait avec Véronique Sanson quai de New York. Elle trouve l’endroit parfait à Rueil-Malmaison, dans une maison 1900 en pierre meulière qu’elle décore elle-même du sol au plafond. France trouve le temps de sortir un nouvel album en 1977, Dancing disco, qui contient Si maman si et Musique. Très vite il se hisse en tête des ventes, 500 000 exemplaires s’écoulent et l’album est même certifié disque de platine ! Au début de l’année 1978, Michel Berger la pousse à renouer avec la scène au Théâtre des Champs-Elysées dans un spectacle exclusivement composé de femmes, intitulé Made in France. Deux jours avant la première, France apprend-qu’elle est enceinte : Pauline, le soleil de leur vie, voit le jour le 14 novembre 1978. Anaïs Pacaud

Starmania – Les uns avec les autres

Il était une fois l’histoire de Patricia Hearst, une héritière fortunée qui se fait enlever. Le fait divers fait la une des journaux en 1975 quand la jeune femme se rallie à la cause de ses ravisseurs, illustrant le fameux syndrome de Stockholm.

Un scénario qui inspire Michel Berger puisqu’en collaborant avec Luc Plamondon, il donne naissance à Starmania. La première a lieu le 10 avril 1979 sur la scène du Palais des congrès et l’opéra rock devient le symbole de toute une génération. Les artistes qui participent à cette extraordinaire aventure vivent des moments incroyables, France Gall campe le rôle de Cristal, une vedette télé, Daniel Balavoine, Diane Dufresne, Fabienne Thibeault ou encore Nanette Workman font aussi partie de la fabuleuse distribution.

L’histoire ? Sur fond de totalitarisme et de terrorisme, Monopolis est la nouvelle capitale de l’Occident. Les Etoiles noires, dirigées par Johnny Rockfort (Balavoine), terrorisent la population. La femme qui tire les ficelles du groupuscule, c’est Sadia. La nuit, Johnny Rockfort se travestit pour aller donner les ordres à sa bande et les réunions ont lieu à l’Underground Café où travaille la serveuse automate, Marie-Jeanne. Les personnages de Ziggy, Stella Spotlight, Zéro Janvier, se croisent, se re-croisent, s’aiment, se détestent. Starmania devient vite culte. L’album original de 1978 s’est vendu à 2,2 millions d’exemplaires uniquement en France ! Quand on arrive en ville, Le Blues du businessman, La Complainte de la serveuse automate, Les Uns contre les autres, Le monde est stone, Les Adieux d’un sex-symbol … Que des tubes !

Les trois ans de travail qui auront été nécessaires pour mettre en place l’opéra rock n’auront pas été vains. Le couple est récompensé de ses efforts, pourtant il y a une ombre au tableau : France Gall souffre de la séparation d’avec son bébé. La petite Pauline n’a que 5 mois et le tourbillon infernal dans lequel l’entraîne le succès du spectacle ne lui permet de la voir que cinq petites minutes par jour. Après vingt-cinq représentations porte Maillot, la troupe se retire, le Palais des congrès étant déjà réservé pour le Bolchoï, Le 29 juin, Starmania se joue à Montréal, au Stade olympique devant 80 000 personnes. Coup de foudre du Québec pour le show à la plus grande joie de Luc Plamondon, fier de ce succès dans son pays. En 1988, Berger et son acolyte mettent en scène une deuxième version de leur œuvre au Théâtre de Paris. Quarante ans après, Starmania reste intemporel. Anaïs Pacaud

Années 80, la consécration – Poupée de son et femme de scène

Dans les yeux de Michel, France se trouve, se découvre, La poupée de cire est devenue femme de son et de scène ! Véritable machine à tubes, elle va enchaîner les succès et les concerts.

Une incroyable décennie musicale au cours de laquelle la jolie blonde s’impose et en impose. Elton John “himself” ne veut qu’elle pour enregistrer un duo, Michel et France sont aux anges. L’auteur de Rocket Man est leur idole depuis toujours. Quand ils se sont rencontrés, ils se sont aimés sur les tubes d’Elton. La bande originale de leur histoire, c’est bien à lui qu’ils la doivent. Pour eux, alors, quel honneur d’être ainsi réclamés, désirés par la star anglaise. Rendez-vous est pris aux Etats-Unis : quelques mois plus tard, tout le monde fredonne “Donner pour donner, tout donner, C’est la seule façon d’aimer”. Le clip est d’une tendresse infinie, on y voit Elton et France en pleine séance d’enregistrement La chanteuse n’a jamais été aussi radieuse. Et pour cause, un autre grand bonheur se prépare en secret : l’arrivée tant attendue de son second enfant. L’ange Raphaël naît le 2 avril 1981.

Celle qui n’a pour autre vocation dans la vie que “d’être heureuse” voit son rêve ultime se réaliser, Pauline et Raphaël comblent désormais tous ses désirs de mère et font de sa vie de famille un vrai conte de fées. Ce bonheur fou, France va le partager avec son public chéri. En 1982, la voilà devenue reine du Palais des sports pour un spectacle inédit qui va se jouer à guichets fermés pendant plusieurs semaines. Entourée de ses musiciens, de ses danseurs, France donne Tout pour la musique, titre de son nouvel album, et surtout tout pour son public. Sur scène, ce petit bout de femme se révèle explosif, électrique ! En coulisses, le maître Berger veille et surveille. Grand perfectionniste devant l’Eternel, il ne laisse rien au hasard et surtout pas le moindre petit détail ! C’est le prix à payer pour faire de sa France bien plus qu’une chanteuse … Une star !

“C’est incroyable quand on voit gambader sur la scène du Palais des sports de Paris ce petit bout de femme en survêtement blanc, écrit à l’époque le journaliste Patrice Delbourg. Enfantine, faussement naïve, elle taquine nos souvenirs en culottes courtes. Elle trépigne, elle veut tout, tout de suite. L’époux Berger reste introuvable mais ne doutons pas qu’il se ronge les ongles en coulisses …” C’est vrai, en coulisses, le mentor trépigne. Pour France, il veut le meilleur et l’obtient ! Sous les sunlights de la scène, sa femme n’est plus une idole des jeunes, mais une idole tout court. Stéphanie Lohr

Coup de foudre pour l’Afrique

Entre 1980 et 1985, France Gall sera présente trente-six semaines au classement Top Album. Avec Paris, France, Tout pour la musique et Débranche !, ses trois albums sortis en 1980, 1981 et 1984, la chanteuse se retrouve numéro 1 pendant plusieurs semaines d’affilée.

Deux beaux enfants, une vie de famille idyllique, un homme amoureux lui faisant ses plus belles déclarations en chansons, un public définitivement acquis à sa cause, que demander de plus ? Justement, tout ce bonheur, c’est peut-être trop pour un seul petit bout de femme. France veut partager, donner pour donner. Son altruisme la pousse vers l’humanitaire.

Les années 80 seront aussi pour le couple les années des grandes causes à défendre. Pas question pour eux de rester dans une tour d’ivoire, insensibles et indifférents à la misère qui les entoure. Eux qui ont tellement trop veulent rendre au centuple à ceux qui ont tellement peu. A la demande de Valérie Lagrange, France Gall se joint aux Chanteurs sans frontières. Sous la houlette de Renaud, le 13 octobre 1985, elle participe à SOS Ethiopie. Cette même année, elle concrétise un autre projet lui tenant particulièrement à cœur : avec Michel Berger, Richard Berry, Daniel Balavoine et Lionel Rotcage (le fils de la chanteuse Régine), France crée l’association Action Ecoles en faveur du Mali.

Des denrées de première nécessité sont récoltées pour ces pays d’Afrique si durement touchés par la famine et la sécheresse. Entre France et l’Afrique, c’est une magnifique histoire d’amour qui commence. La négresse blonde est tombée folle amoureuse du désert, de la chaleur et surtout de la dignité de ces peuples qui, malgré les épreuves, tentent de rester debout, sans jamais perdre espoir.

Au Sénégal, la chanteuse s’offre une petite maison. Sur une île quasiment déserte où l’on n’accoste qu’en pirogue et où il n’y a même pas l’électricité, la chanteuse est au paradis. Un refuge au milieu de la mer, une bulle d’oxygène au bout du monde qui lui permet de se ressourcer dès qu’elle en ressent le besoin. Un moyen aussi pour elle d’être au plus près de ce peuple qu’elle aime tant et qu’elle ne va plus jamais cesser d’aider avec Action Ecoles. Sous l’œil vigilant de la chanteuse, des tonnes de nourriture et des pompes à eau sont donc envoyées régulièrement vers le continent africain.

Mais le 14 janvier 1986, c’est le drame ! Daniel Balavoine se tue dans un accident d’hélicoptère pendant le Paris-Dakar. Michel et France ont le cœur brisé. Le couple avait eu un coup de foudre professionnel pour le chanteur en le découvrant un jour à la télé en train de chanter Lady Marlène. Quelle voix, quel choc, quelle émotion ! Daniel, c’était aussi l’aventure Starmania, mais c’était surtout l’ami, l’acolyte, le complice des fous rires et des jours heureux.

“Evidemment, évidemment, on chante encore sur les accords qu’on aimait tant mais pas comme avant”. Ce titre, paru en 1987 et tiré de l’album Babacar a été écrit en souvenir du chanteur tragiquement disparu. Dans ce même album, France rend également hommage à la chanteuse Ella Fitzgerald avec Ella, elle l’a. Babacar, c’est aussi l’histoire de ce magnifique bébé africain que France et Michel auraient pu élever comme étant le leur. A bout de ressources, la maman de Babacar a voulu leur donner son fils afin de lui permettre d’accéder à un avenir meilleur. France, avec son terrible instinct de mère louve, n’aurait jamais supporté d’arracher un enfant à sa mère. “J’ai pas manqué de courage, mais c’était bien trop facile, te donner en héritage un exil”. Depuis ce jour, Babacar ne manquera plus jamais de rien, Michel et France prenant soin du bébé à distance. Cet album est pour la chanteuse l’occasion de s’offrir une tournée marathon dans tout l’Hexagone. Un éblouissant Tour de France 88 qui démarre au Zénith de Paris le 12 novembre 1987, mis en scène par maître Berger et dans lequel, une fois encore, l’artiste va donner toute l’étendue de son talent et son immense attachement à ses fans. L’album live du spectacle se vendra à 300 000 exemplaires.

A 40 ans, France Gall est à l’apogée de sa carrière et décroche deux Victoires de la musique : l’une en 1987 en tant qu’artiste interprète féminine de l’année et l’autre en 1988 en tant qu’artiste qui s’exporte le mieux à l’étranger. Cette année-là, l’Allemagne lui décerne d’ailleurs le prix de l’Artiste de l’année. Autant de bonnes raisons de continuer sur sa lancée. Pourtant à la surprise générale, France Gall décide de tout arrêter, préférant désormais consacrer le plus de temps possible à sa vie de famille. Ce n’est pas faute d’en avoir souvent parlé avec Michel mais jamais il n’aurait imaginé que sa groupie irait jusqu’au bout de cette envie-là. A cette époque, Michel Berger lui en voudra d’ailleurs énormément, se sentant presque trahi. D’autant qu’à ce moment-là, l’artiste a de nouvelles velléités : passer derrière la caméra pour réaliser un film musical. Mais quel intérêt puisqu’en chemin, il a perdu sa muse. “J’ai refusé de faire ce film, à la grande tristesse de Michel parce que je déteste jouer la comédie, avoue-t-elle à l’époque au micro de Radio Nostalgie. J’avais déjà du mal à tourner des clips de trois minutes, donc je me suis dit si je pars dans un film, ça va être horrible, je vais être malheureuse … »

Car la vraie vocation de France, c’est avant tout d’être heureuse et surtout de prendre le temps de voir ses enfants grandir. En cette année 1988, la chanteuse quitte le devant de la scène. Clap de fin, au grand désespoir de Michel. Stéphanie Lohr

Double jeu – Double vie

En 1992, le couple se reforme pour le meilleur de la musique … Loin des sunlights de la scène et de la foule scandant son nom, la voilà donc devenue mère au foyer.

Une vie de famille qui la comble tant elle ne veut rien rater de toutes les premières fois de ses enfants : être là à la sortie de l’école, partager goûters et devoirs, rire de leur innocence et sourire de leur candeur, “J’ai adoré les voir grandir …,” dira-t-elle. Ces moments précieux, personne ne pourra les lui voler.

Dans le grand appartement parisien, France virevolte en fée du logis. Michel n’est pas très loin. Celui qui chante continue de composer, espérant que sa muse daigne reprendre le micro. Sans sa moitié musicale, l’artiste se sent seul, démuni. Son piano ne suffit pas à compenser le manque de France, sa lumière du jour. Heureusement pour nous, Michel n’a pas dit son dernier couplet ! Pour la première fois, il lui propose un album à deux voix ! Un album qu’il est allé écrire tout seul à Los Angeles. Le couple a eu besoin de faire un break.

“Michel n’a pas encore accepté que je sois devenue différente de la femme qu’il a connue avouera la chanteuse dans Elle en évoquant cette période de leur vie. Jusqu’à présent, nous avions toujours marché côte à côte, tout entrepris ensemble. Mais moi, j’ai pris un nouveau chemin. La quarantaine est une période bouleversante.” C’est vrai, France a changé. Plus autonome, plus indépendante, pour la première fois, elle prend le temps de vivre et de découvrir qui elle est vraiment. Mais lorsque Michel revient de Los Angeles avec ses chansons, France ne dit pas non. Le travail, c’est aussi le moyen d’oublier son chagrin. Depuis 1990, un homme lui manque cruellement : Robert Gall, son papa adoré est parti sous d’autres cieux et désormais, une terrible mélancolie la suit au quotidien.

Alors cet album, c’est peut-être le bon moyen pour sortir de ce deuil étouffant, de cette tristesse qui l’ empêche parfois de respirer. Sans être véritablement un duo, cette création à deux voix lui donne envie avec impatience de reprendre le chemin des studios. France s’investit énormément pour ce nouveau bébé : “Je voulais des textes plus violents, énergiques, pas des chansons d’amour. Il y a eu de la douleur dans l’élaboration de te disque.” L’album Double Jeu sort le 12 juin 1992, franchissant très vite les 700 000 exemplaires vendus. Et c’est reparti pour un tour : le couple enchaîne les émissions de télé, promo oblige. Plus fusionnels que jamais, France et Michel jouent à la perfection la partition du bonheur, Mari et femme sur le même tempo, mariés pour le meilleur et la musique. Dans le clip du titre phare Laissez passer les rêves, on les sent plus en osmose que jamais. Une série de concerts est annoncée à La Cigale et Bercy.

Pourtant, à cette époque, une rumeur insistante laisse entendre que le couple ne vivrait plus ensemble. Pire encore, Michel en aimerait une autre : après dix-huit ans d’amour fou, il serait sur le point de quitter sa muse pour Béatrice Grimm, un mannequin allemand, descendante des frères Grimm, rencontrée pendant un dîner chez des amis. Michel aurait même déjà enregistré un projet d’album avec elle et la rejoint régulièrement à Los Angeles où il compte bientôt s’établir. Berger-Gall, serait-ce la fin d’un couple mythique ? Il est vrai que France et Michel n’ont jamais eu les mêmes envies. Deux opposés qui se sont attirés mais finalement aussi différents que le jour et la Lune. France adore faire la fête, rigoler, sortir en bande. Aussi extravertie que Michel peut être introverti, préférant les soirées tranquilles et cocooning. Autant de différences qui auraient eu raison de leur amour ? Michel va-t-il vraiment quitter France ? Pourtant, c’est bien dans la maison familiale que le prince des villes passe ses dernières vacances d’été. France est là, avec les enfants et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. “Il tenait à rester au calme pour travailler et régler ses problèmes de couple avec l’avocat, avant de rejoindre Béatrice Grimm à Los Angeles où il devait préparer sa nouvelle vie … », avoue Fabienne Thibeault qui connaît bien le couple depuis Starmania. Mensonge ou réalité, quelle importance puisque le destin va se charger de jouer sa plus mauvaise carte. Oui, Michel va partir, il va abandonner France et les enfants, mais de la pire des façons. Stéphanie Lohr

Le choc – Jamais partir

Heureuse, c’est tout ce qu’elle voulait être, mais les années 90 seront pour France Gall la décennie du malheur et de l’horreur. Comme si Dieu avait voulu lui faire payer trop de bonheurs pour ce seul petit bout de femme …

Le 2 août 1992, Michel Berger est en pleine partie de tennis dans sa maison de Ramatuelle quand soudain, il s’écroule, terrassé par une crise cardiaque à seulement 42 ans. La mort, cela fait longtemps qu’il la guette, qu’il l’attend. La mort, sa meilleure ennemie. Son cœur fragile a déjà enduré deux alertes. Son père, le professeur Jean Hamburger, décédé quelques mois plus tôt, avait d’ailleurs fortement encouragé son fils à passer des examens médicaux, Mais Michel est dans le déni. Même s’il a toujours eu le sentiment qu’il aurait moins de temps que les autres, même si l’artiste ne peut s’empêcher de vivre vite et fort, dans l’urgence de l’instant présent, il ne veut rien savoir. “Michel est mort de stress”, avouera l’un de ses amis. Michel qui aimait tellement la vie mais qui en supportait pas les épreuves : depuis qu’il sait que Pauline souffre de mucoviscidose, il a cessé de vivre et ne fait que survivre. Survivre dans l’attente du pire. Le pire est arrivé une première fois avec la mort de son frère adoré, vaincu par la sclérose en plaques. Puis il y a eu la disparition de son père et celles de ses âmes frères Daniel Balavoine et Coluche. Trop de chagrins pour un homme à fleur de peau alors, de souffrir trop fort, son cœur s’est arrêté. Une ultime pulsation en ce jour d’août avant de rejoindre ce fameux paradis blanc.

Quatre jours plus tard, un joyeux soleil règne sur paris, mais dans les allées du cimetière de Montmartre, c’est un silence de plomb qui frappe l’assistance. Les plus grands noms de la chanson française se sont réunis pour rendre un dernier hommage à Michel Berger. Soudain, le cercueil apparaît et juste derrière lui, une image insoutenable : France Gall, si petite, à la fois si forte et si fragile, avançant dignement tout en serrant fort la main de ses deux enfants. Pauline et Raphaël ne voulaient pas assister aux obsèques de leur papa. A 13 et 11 ans, comment faire ses adieux à l’auteur de ses jours ? Comment supporter et endurer une telle épreuve ? France n’ oubliera jamais le moment où elle a dû leur annoncer la mort de leur père : les mots ne voulaient, ne pouvaient pas sortir mais qui d’autre à part elle aurait pu se faire le messager d’une pareille nouvelle ? Alors aujourd’hui plus que jamais, France a besoin d’eux. Qu’importe la présence réconfortante des amis, France a besoin de sentir la main de ses enfants dans les siennes, La cérémonie sera brève mais forte, intense, émouvante. Soudain, France est debout. Pauline et Raphaël suivent le mouvement. Cette fois, c’est l’heure. Inéluctablement, inexorablement. Pauline ne peut pas, ne veut pas. Devant ce trou béant, la petite fille refuse de jeter une rose et s’effondre dans les bras de sa mère. L’assistance retient son souffle, sous le choc. “Il ne faudrait jamais partir” chantonnait Michel il y a quelques semaines encore. Mais Michel est parti et France est KO debout. “Plus haut, celui que j’aime vit dans un monde plus haut …”. Etrange refrain prémonitoire que cette chanson écrite en 1980 par l’homme de sa vie. Michel, son socle, son pygmalion, son mari, son meilleur ami l’a laissée seule dans cet univers si vaste, si grand. Pour elle, le choc est immense. C’est beaucoup trop tôt. Ils avaient encore tellement de choses à partager, à se donner et peut-être à résoudre ensemble. Mais la vie en a décidé autrement. Une vie que France pourrait désormais bouder ou maudire. Sans sa lumière du jour, ce serait tellement plus simple de sombrer dans la nuit la plus noir. Mais c’est mal la connaître. Pour Pauline et Raphaël, la vie doit continuer, Une vie qu’elle va vouloir absolument superficielle et légère. Stéphanie Lohr

Les années 90 – La vie sans lui

“Il va falloir apprendre à affronter la vie comme un homme, à ne jamais faiblir devant les enfants.”

C’est la promesse que France se fait. Rester forte et debout coûte que coûte, vaille que vaille. Un bon petit soldat que le destin va faire flancher, va faire plier mais qui, une fois encore, saura se relever …

Les débuts sont hésitants, chaotiques. D’autant qu’avec Michel, ils avaient passé un pacte secret. “Lui et moi, on s’était dit que je m’occuperais de l’éducation des enfants jusqu’au début de leur adolescence. Puis, c’est lui qui devait prendre le relais pour en faire des adultes bien dans leur peau et équilibrés.” Du coup, France est un peu perdue. Mais n’a pas oublié que Michel avait beaucoup insisté pour que Pauline et Raphaël parlent couramment anglais. C’est décidé, cap sur Los Angeles où la chanteuse les inscrit au lycée français. Ce changement de vie, ce changement de cap est vraiment le bienvenu car Paris sans Michel ne balance plus du tout. Sans sa lumière du jour, sans son prince des villes, la capitale fait décidément grise mine. Oui, partir, s’évader, pour France et ses enfants, c’est alors la seule issue, la seule échappatoire possible …

Mais très vite, la musique va la rattraper, la démanger. En mémoire de Michel, elle décide de retrouver le chemin de la scène et le goût de chanter. Le couple devait passer ensemble à Bercy. France va décider d’y aller toute seule, du 1er au 6 juin 1993. Ce défi, c’est son hymne à la vie, à la musique et un rendez-vous d’amour avec Michel. “Je n’avais pas d’autre choix, il aurait été vraiment trop triste d’arrêter comme cela, avoue-t-elle dans Télé 7 Jours. La musique, c’est la vie, ça continue … » « Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi je vais faire Bercy, dit-elle également dans Elle. Simplement pour que les choses changent le moins possible : c’était prévu. Avant … Ce sera le spectacle le plus fort que j’aurais jamais fait dans toute ma vie. Je me coule littéralement dans la musique de Michel, elle est à moi, elle est pour moi … » Les mots de Michel ont ce pouvoir magique de guérir les maux de France. Plus que jamais, elle a besoin d’entendre sa voix, de chanter ses chansons. “Dès le lendemain de sa mort, j’ai dit à mes enfants qu’il fallait continuer à écouter ses disques. C’était très important pour moi de continuer à l’entendre. Ne pas le faire aurait été beaucoup plus dur. “Bercy est un vrai challenge. D’autant que pour la première fois, Michel n’est pas là en coulisses pour régler tous les détails. Maître d’ œuvre dans l’ombre, c’est lui qui s’occupait de tout en coulisses pour que la scène lui soit servie sur un plateau d’argent. Mais aujourd’hui, c’est à France de tout gérer : la liste et l’ordre des chansons, les musiciens, les lumières. “Maintenant, c’est à moi de jouer. J’ai dit oui à Bercy sans savoir comment je m’y prendrais. Il fallait mettre la machine en route et y aller. Mais j’ai découvert que finalement, je savais ce que je voulais.” Stéphanie Lohr

De Bercy à l’Olympia – La musique comme thérapie

Le 8 avril 1993, alors qu’elle est en pleines répétitions pour Bercy, la chanteuse annonce publiquement qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. En quelques secondes, le sol s’est dérobé sous ses pieds.

Son petit monde déjà si précaire, son univers si fragile vient tout simplement de s’effondrer. “C’était un cauchemar quand je l’ai appris, comme tout le monde. En très peu de temps, on passe dans le monde de la maladie, des malades, c’est une autre planète”, avoue-t-elle dans Gala en 2012. France n’a jamais eu aussi peur de sa vie. “Pas peur pour moi, mais peur de mourir et de laisser mes enfants tout seuls … A l’annonce de la mort de Michel, j’ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu’elle devait ressortir d’une manière ou d’une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur.”

Heureusement, la maladie a été diagnostiquée à temps. Le 22 avril, France subit une intervention chirurgicale qui la tire d’affaire. Et pas question pour elle de faire durer sa convalescence. Car un autre combat l’attend. Cet autre combat qui l’attend c’est Bercy. Un rendez-vous avec le public qu’elle ne raterait pour rien au monde. Travailler pour ne surtout pas penser. Oublier la mort, bannir le spectre de la maladie. France se relève et continue d’avancer. Portée par son public, Bercy est un exploit. De magnifiques retrouvailles avec ses fans et ceux de Michel. Pari tenu, pari gagné.

En septembre, France est là, fidèle au poste, donnant tout ce qu’elle a. Avec son cœur, avec ses tripes. Elle chante, elle danse, elle bouge, le public est sous le charme. La chanteuse n’a jamais été aussi vivante, aussi heureuse. “Sans Michel, je ne serais sans doute pas devenue celle que je suis aujourd’hui.

J’ai emmagasiné des choses. Et aujourd’hui, je prends conscience d’une force en moi que je n’avais même pas soupçonnée.” Du haut de son paradis blanc, gageons que Michel lui insuffle force et courage. Pour la chanteuse, finalement, la meilleure des thérapies, la plus miraculeuse des guérisons du cœur, de l’esprit et du corps, c’est encore la musique. “Michel aidait les gens à vivre à travers sa musique, à travers ses mots. Cela aide beaucoup. Je ne suis plus seulement la petite blonde qui chante. A travers ce malheur, les gens ont perçu que j’existais aussi différemment. Ils me l’ont écrit. Cela m’a encouragée à remonter sur scène.” France continue sur sa lancée. Du 27 septembre au 1er octobre 1994, elle inaugure une nouvelle salle de 2500 places à Pleyel, avant d’entamer une tournée à travers toute la France. Un spectacle acoustique et des chansons de Michel bien sûr. “Le bonheur d’entendre sa musique, je le garde et je peux aussi le donner aux autres … La musique m’aide à vivre, elle m’a rendue gaie. Aujourd’hui, quand je me coule dans celle de Michel, je suis gaie et pour mes enfants, pour moi, je veux encore que ma vie soit gaie.” En 1996, elle s’offre les fauteuils rouges de L’Olympia et part sur les routes de France à la rencontre de son public. Pour la première fois, elle s’est entourée de musiciens américains noirs, en l’occurrence ceux de Sting, Prince ou Stevie Wonder, revisitant la musique de Michel Berger façon funky. Sur scène, France exulte. Ce je n’sais quoi qui nous met dans un drôle d’état, c’est sûr elle l’a ! Et sait comment transcender l’héritage musical de son pygmalion. C’est sa façon à elle de faire perdurer le mythe et surtout de le rendre plus vivant que jamais. Mais pour une fois, Michel n’est pas le seul responsable du bonheur retrouvé de France Gall. Dans l’ombre, depuis quelques mois, un autre homme veille tendrement au bien-être de la chanteuse. Stéphane Lohr

Bruck Dawit – Son amour secret

C’est aux Etats-Unis, en 1995, que France a rencontré ce talentueux ingénieur du son. Les présentations ont été faites chez des amis communs en Californie.

Compositeur, arrangeur et producteur, Bruck est né en Éthiopie mais vit à New York. Dans le monde de la musique, il est surtout une référence, ayant travaillé avec les plus grands, de Sting à Prince, en passant par les Rolling Stones et Eric Clapton. Grand, charmant, charismatique, l’homme aurait même beaucoup de succès auprès de la gent féminine. Pourtant, c’est lui qui, très vite, tombe en premier sous le charme de France Gall. Il y a chez cette femme à la fois tant de force et de fragilité, tant d’audace et de douceur que Bruck n’y résiste pas. Il ne fait d’ailleurs rien pour résister et n’a qu’une envie : l’aimer et la protéger. La rendre heureuse, lui redonner le sourire et cette légèreté qui parfois manque cruellement dans son sourire mutin. France aussi est séduite. Elle qui pensait ne jamais pouvoir redire “je t’aime” à un autre que Michel, éprouve des sensations très fortes dans les bras de Mister Dawit … Bruck qui n’a pas à faire office de pygmalion mais juste de compagnon. Un compagnon tendre et attentionné, toujours à l’écoute des besoins de France et ne voulant surtout pas s’imposer trop tôt dans sa vie. Du coup, malgré la force et la sincérité de leurs sentiments, pas question de vivre sous le même toit. Pour ne pas trop perturber Pauline et Raphaël qui ressentent encore très douloureusement le vide béant laissé par leur père, Bruck s’installe donc dans une maison voisine. Mais tout doucement, l’homme va prendre ses marques et devenir indispensable. Entre Bruck et France, c’est une histoire qui durera jusqu’au dernier souffle de la chanteuse. Une complicité à la fois affective et professionnelle. Avec lui, grâce à lui, France reprend le chemin de la scène et remastérise bon nombre de ses tubes et ceux de Michel.

Une façon pour elle de prolonger son amour pour le père de ses enfants. Une façon de ne jamais oublier que c’est lui, et lui seul, qui lui a appris à aimer ce métier. Mais aujourd’hui, la vie continue et c’est avec Bruck que France s’autorise le droit d’être enfin heureuse. Une relation de plus de vingt ans qui lui permettra de retrouver, doucement le chemin de la sérénité. Hélas, le pire est à venir et dans cette impossible souffrance, France pourra compter sur le soutien de Bruck, homme de l’ombre, mais compagnon de tous les instants. Stéphanie Lohr

L’adieu – “Pauline, respire maintenant !”

A un journaliste qui lui avait dit un jour, “vous avez tout ! Une carrière, un mari, des enfants …” France l’avait longuement regardé avant de lui répondre. “Qu’est-ce que vous en savez qu’on a tout ?”

Non, France et Michel n’avaient pas tout. Le secret avait été longtemps gardé. Mais depuis ce jour de 1982 où les médecins leur avaient annoncé que leur petite fille était atteinte de mucoviscidose, tous deux ne faisaient que survivre. Survivre au rythme des soupirs douloureux de Pauline … Dix-neuf ans que la jeune fille lutte pour trouver son souffle, en quête d’un peu d’oxygène. Chaque inspiration est une vraie douleur, chaque respiration, un tour de force ! Mais en ce jour de décembre 1997, Pauline n’a plus la force. C’est trop dur, ça fait trop mal.

Pourtant, à 19 ans, on n’a pas le droit de mourir. Pas quand on est une brillante étudiante en dessin et qu’on a toute la vie devant soi pour rire et aimer. Mais Pauline n’en peut plus. Ces dernières semaines, elle a eu tellement de mal à respirer qu’elle ne pouvait même plus dormir allongée. Ces dernières nuits ont été terribles, assise dans son lit, tenant fermement la main de sa mère, terrifiée à l’idée de s’endormir … Et de ne pas se réveiller. Et puis soudain, le vendredi 12 décembre, son état s’est très vite dégradé au point que même l’appareil respiratoire mobile qui ne la quittait pas n’a pas suffi à lui faire reprendre son souffle. Transportée d’urgence à l’hôpital Necker, Pauline va lutter encore quelques jours. Le 15 décembre, après un ultime soupir, tout est fini. Un ange a rejoint Michel dans son paradis blanc.

Le 18 décembre, France et Raphaël sont à nouveau réunis devant le caveau familial. Cinq ans seulement après la mort de Michel, le destin leur fait vivre l’horreur en leur arrachant Pauline. Devant le cercueil de sa fille adorée, France s’accroche désespérément à son fils. Deux survivants à l’âme définitivement brisée. Une pluie de pétales de roses tournoie dans les airs. Un vibrant alléluia déchire le ciel. Pauline respire enfin en paix, tout près de son papa.

Pour France, le plus dur est à venir. La voilà prisonnière de son propre enfer. Car la vie sans Pauline, c’est bien l’enfer sur terre. Dans le monde des vivants, France n’est plus qu’une ombre qui se perd, une silhouette qui s’étiole. Richard Berry, l’ami de toujours, se souvient de ces instants atroces. “Elle s’est refermée, recroquevillée sur elle-même. Elle a quitté le monde du showbiz pour vivre cachée. Le décès de Pauline a été terrible.” Cette fois, France Gall ne se relèvera pas. Son cœur s’est arrêté de battre quand sa fille a cessé de respirer. La douleur est si atroce, le chagrin si profond qu’elle fait vœu de silence et devient fantôme parmi les vivants. Seul le Sénégal lui apporte alors un peu de réconfort. Chaque 18 décembre, elle retrouve son île de Ngor. Une telle épreuve “on n’en revient jamais”, avouera-t-elle plus tard, bien plus tard. Car la mort de Pauline, France va mettre des années avant de pouvoir l’évoquer. “On n’en revient pas de vivre un truc pareil, on n’en revient pas de vivre ça car c’est justement le truc qu’on ne veut pas et qu’on ne peut pas vivre. Tout le monde dit que c’est impossible, inhumain et pourtant, on me le fait vivre et je n’en revenais pas que ce soit possible … Ma fille avait disparu et donc plus rien n’avait de sens. J’ai eu envie de me taire …” Dans sa bulle de silence, France tente de se reconstruire. Grâce au Sénégal, grâce à Bruck, grâce à Raphaël, France tente de survivre. Mais pas comme avant. Quelque chose est mort en elle pour toujours. Stéphanie Lohr

Retour à la vie – Quelque chose en elle de Johnny

Août 2000. Sur la scène de l’Olympia, Johnny met le feu. Après trois années de silence absolu, France est à son côté et va donner, une fois encore, tout pour la musique.

Il n’y avait que lui pour avoir ce pouvoir-là. La faire revenir dans le monde des vivants. La faire renaître en pleine lumière. Trois ans que France Gall a disparu des ondes et presque de la surface de la terre. Où est-elle ? Que fait-elle ? Que veut-elle ? Trois ans qu’elle se cache, qu’elle se terre, préférant l’ombre et le silence de l’anonymat pour panser ses plaies, cicatriser ses blessures.

“La souffrance est quelque chose de tellement personnel qu’on ne peut pas la partager.” En cet été 2000, Johnny est en concert à l’Olympia. Pour interpréter Quelque chose de Tennessee, cette magnifique chanson que Michel Berger lui avait écrite en 1985, le rocker rêve d’un duo avec sa vieille amie France Gall. Tout le monde l’a prévenu : elle n’acceptera jamais. Depuis la mort de Pauline, c’est comme si la chanteuse était devenue une autre. Pourtant, Johnny tente le coup. Pour lui et aussi pour elle. En lui proposant ce duo, ce retour sur scène, il lui propose surtout un retour à la vie. Une façon de lui dire : “France, je suis là, tu n’es pas seule”. Entre l’idole des jeunes et la poupée de son, c’est un passé commun fait de yé-yé, de Salut les copains, de folles tournées et de tendres moments. Johnny et France, c’est le temps de l’insouciance sans peur du lendemain. Il sait déjà qu’elle ne peut rien lui refuser et surtout pas cette main tendue vers une miraculeuse renaissance.

“C’est Johnny qui a su trouver les mots et les gestes pour me sortir de l’ombre que je recherche. Me retrouver en pleine lumière a été comme un éblouissement.”

Le 12 août 2000, sur la scène de l’Olympia, les premières notes de musique s’égrènent quand, soudain, la voix de France s’élève et sa minuscule silhouette apparaît sur scène : “A vous autres, hommes faibles et merveilleux/Qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu/Il faut qu’une main posée sur votre épaulé/ Vous pousse vers la vie/ Cette main tendre et légère …” La main de France se pose tendrement sur l’épaule de Johnny et c’est parti pour le plus magique des duos. Dans la salle, le public retient son souffle, les briquets s’allument, c’est un moment unique au monde. France est de retour chez elle, sur scène. Pour la dernière fois.

“Je regarde les gens s’agiter, j’ai l’impression par moments d’être spectatrice de la vie. Je me suis beaucoup battue pour vivre dans le silence ces dernières années. Il était urgent d’attendre que le temps passe …” Le temps est passé et France est revenue à la vie. Stéphanie Lohr

De l’ombre à la lumière – “Résiste, prouve que tu existe !”

Parce que la vie continue, parce que son fils Raphaël lui donne tous les courages, parce que Michel et Pauline l’auraient voulu ainsi, la chanteuse se relève, se redresse et revient sur le devant la scène.

En 2012, sur les ondes d’Europe 1, la chanteuse annonce travailler à l’écriture d’un spectacle musical autour de la musique de Michel Berger. Ce projet qui répond selon elle “à une attente du public” consiste à monter un spectacle, revivre les tournées même si elle ne va pas chanter. La scène, c’est fini pour elle, mais grâce à cette comédie musicale, elle espère bien faire perdurer l’héritage artistique de Michel Berger.

Bruck Dawit, son compagnon, l’aide à écrire le spectacle dont la mise en scène est confiée à Ladislas Chollat. France Gall supervise tout de A à Z, elle est présente à toutes les auditions et autres répétitions. Le 4 novembre 2015, la première a lieu au Palais des sports de Paris et c’est un triomphe ! Ce spectacle, c’est son clin d’œil à la vie, son pied de nez au destin. Sa façon à elle de défier les dieux. Résiste se joue à guichets fermés jusqu’au 3 janvier, avant de partir en tournée en France, en Belgique et en Suisse. La troupe joue une dernière fois au Zénith de Lille le 23 décembre 2016. Ce soir-là, France n’est pas dans la salle ni dans les coulisses. Depuis un an, la chanteuse est victime d’une récidive de son cancer.

Le 7 janvier 2018, son attachée de presse et amie de toujours, Geneviève Salama, nous annonce ce que personne ne veut ou ne peut accepter. “Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le paradis blanc le 7 janvier à 70 ans après avoir défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer.”

Le 12 janvier 2018, France Gall est inhumée dans la plus stricte intimité au cimetière de Montmartre. Elle a rejoint pour l’éternité Michel et Pauline, les deux anges de sa vie. Stéphanie Lohr

Raphaël – Gardien du Temple

Aujourd’hui, que reste-t-il de cette histoire de France ? Il reste Raphaël, désormais seul gardien du temple et du temps, unique héritier d’un incroyable royaume musical. Beaucoup parlent du poids de son destin, de sa terrible solitude. C’est vrai, à 36 ans, Raphaël est orphelin, seul survivant, et pourtant, il ne sera jamais seul. Riche des chansons de son père, des sourires de sa sœur et des souvenirs de sa mère, le jeune homme a surtout retenu la leçon d’une vie: résister, exister et surtout profiter. “Comme, comme bébé comme la vie passe vite avec ses amis. C’est l’heure de dire bonjour comment ça va et c’est fini déjà.

Comme comme bébé

comme la vie

Passe vite avant qu’on ait compris

C’est l’heure de dire où suis-je

Quel est ce monde-là

Et adieu déjà

Adieu déjà.”

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